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samedi 17 octobre 2015

De l’hystérie de la gestion politique dans nos services de santé publics
Lettre ouverte au ministre de la Santé, Gaétan Barrette

par Marie-Pier Daveluy






Écrits d'Élaine Audet



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Je souhaite que ce bref récit soit dédié à notre ministre de la Santé, le très vénérable Docteur Gaétan Barrette. Du haut de l’autorité indécente que lui confère son double titre, cet homme s’octroie le pouvoir d’imposer des réformes qui contraignent le corps médical à "produire" davantage tout en lui soutirant la majeure partie des ressources nécessaires pour exercer son métier. Monsieur Barrette, l’abus de pouvoir dont vous faites preuve est une insulte envers vos collègues d’hier, ainsi qu’envers les malades dont vous leur confiez la responsabilité.

Seriez-vous, à tout hasard, en train d’amputer le système de santé pour y greffer de force un modèle de pensée économique à la Milton Friedman ? Je me demande, bien naïvement, combien de temps tiendront les illusions dont vous bercez la population vis-à-vis l’indignation croissante de toutes et tous les professionnels directement touchés par la question.



Il y a de cela quelques jours à peine, le docteur Barrette a commis une manoeuvre politique odieuse, autant pour l’esprit de l’audience moyenne des médias qui choisissent d’alimenter son discours, que pour les adeptes du parti libéral qui, d’un simple crochet, ont choisi de lui accorder taxes et confiance lors des dernières élections provinciales.

Du haut de ses fonctions et sans la moindre honte, monsieur Barrette a osé prétendre que les spécialistes sont suffisamment nombreux pour répondre à la demande des malades attendant, dans la rue, ou encore, plus chanceux, profitant du paysage éclectique de nos salles d’urgence débordées. Le maigre 70 millions que son gouvernement nous offre, à nous, peuple ou population, ne serait soi-disant voué qu’à améliorer « le » système de services psychiatriques. Un système déjà bien en place, mais dont les mailles du filet sont malheureusement aussi larges que les trous des poches des "bénéficiaires" de l’assistance sociale.



Je serais curieuse de savoir ce qu’aurait à en dire le Dr. John A. O’Neil, psychiatre faisant également office de thérapeute à l’hôpital St Mary’s de Montréal, qui doit répondre pratiquement à lui seul aux besoins des femmes et des hommes atteints de troubles dissociatifs. Et cela, des traumas complexes, jusqu’aux symptômes les plus disparates dont souffrent les malades atteints de troubles dissociatifs de l’identité (TDI). Malades, qui nécessitent à la fois des soins médicaux et psychologiques soutenus. Malades, également, dont la boussole traumatique s’aligne difficilement avec le fuseau horaire de sa liste d’attente. Une liste, qui s’allonge à un point tel qu’on en vient à informatiser tellement le papier manque. Heureusement pour nos fonctionnaires, l’enregistrement de la plupart de ces soi-disant "bénéficiaires" requiert peu de l’industrie de nos pâtes et papiers, puisque les domiciles fixes nécessaires à cet enregistrement se font aussi rares que les retours d’appel. Certaines voix maladives semblent douées d’un anonymat aussi compulsif que la disparition systématique de nos téléphones publics. Que voulez-vous ? Le monde tourne, certains déraillent et d’autres étouffent. Les choses semblent ainsi faites.

Dans ces moments de renoncement, il m’arrive encore d’entendre la langue de nos grands-mères murmurer à travers nous "qu’il faut savoir s’y faire, car c’est comme ça". Le vivant est une malbête parfois bien mauvaise, et c’est tenace en sapristi.



Chers malades, ce soir j’aurais bien envie de céder à l’apitoiement, de courber l’échine, et de me mettre à réciter, un trémolo de nonne dans la voix, l’un de ces fameux Pater Noster à genoux. Je sais, je m’en effraie moi-même, mais j’ai bien peur que ce soit la seule chose que je sois à même de faire pour vous.

Je sais, nous savons tous, que vos intérêts se conjuguent difficilement avec ceux des politicailleries orchestrées par le parti libéral provincial, aujourd’hui en pleine campagne de revampage d’image, alors que ce long marathon d’élection fédérale tire à sa fin. Les transferts provinciaux promis par le gouvernement fédéral sont attendus avec impatience (et sont stratégiquement programmés pour savoir se faire attendre). Ainsi donc, au gré de l’humeur du calendrier Harper, nos responsables libéraux du service de Santé se revêtent de leurs plus beaux atours afin de cueillir les redevances avec la grâce qu’impose la noblesse cérémonielle du politique.

Avec la touche d’ironie que requiert le traitement d’une situation si désespérante qu’elle en devient risible, j’aimerais tomber dans l’outrance pour m’accorder la satisfaction d’en rajouter « une couche de plus ». Et je m’adresse cette fois à vous, peuple, population, malades, corps médical. Ensemble, nous formons la mosaïque électorale sur le dos de laquelle l’on greffe les réformes et l’on impose les coupures. À force d’être malmenée de la sorte, la couverture sociale en frise la rupture. Prendrons-nous le bord de la poubelle ou nous est-il encore permis d’espérer au recyclage ?



Peu importe l’étiquette médiatique avec laquelle l’on nous musèle subrepticement (en toute douceur), il me semble que malgré les apparences, la prise en charge de cette "clientèle" laissée pour compte peut s’avérer un bien meilleur investissement pour vos impôts que le genre de manoeuvre à intérêts politiques qui a cours présentement. Et cela, je vous le rappelle, à travers une comédie médiatique que nous consommons à souhait et à toute heure du jour, jusqu’à combler les cieux de nos plus profondes satiétés.

À l’ère du web 2.0, l’heure comme le lieu importent peu. La lumière du jour fait désormais place aux regards placides des caméras qui tournent sans relâche. Causant, par le fait même, abrutissement, maux de coeur passagers, et écoeurement sans borne, lorsque l’aveuglement auquel nous astreint cette impuissance crasse conditionnée au gré du discours médiatique nous prend par les tripes ou encore à même nos crédits d’impôts.

Bienvenue dans l’existence de pataugeoire dans laquelle le politico-médiatique nous condamne à ramer avec patience et diligence !



Cet abus de pouvoir politique s’impose à travers une violence médiatique qui maîtrise les rouages de la nouvelle à un point tel qu’elle parait inoffensive, et plus souvent qu’autrement, d’un ennui à mourir. Cependant, nous y contribuons toutes et tous, ne serait-ce qu’en consommant les produits dont nous bombarde chaque grand média. Il est urgent que nous prenions conscience de notre responsabilité collective vis-à-vis cet enjeu de santé publique si criant, qu’à force de fermer les yeux, il menace de s’essouffler.

Quant à vous, docteur Barrette, je considère vos récentes actions comme un affront éhonté envers vos anciens collègues, ainsi qu’envers les malades dont ils ont la responsabilité. En quelques mois à peine, vous avez réussi l’exploit de vous muer en une insulte vivante envers votre propre profession. Mes compliments, cher monsieur.



Marie-Pier Daveluy,
Montréal, Québec,
16 octobre 2015,
À l’aube d’un jour de plus au sein du règne libéral "Dr. Barrette-Couillard" incorporé.



De l’hystérie aux cornes de bouc

La femme gueule à en crever l’écran, à en brouiller le radar, les ondes hertziennes des petites misères privées, privatisées, et revomies en boucle en plein collimateur des violeurs d’enfance, qui à leur tour ensperment copieusement paupières comme boyaux.

Les prises d’air se font rares. À l’évidence, elle suffoque, patauge, s’ébroue, se couvrant de la honte la plus abjecte qu’il m’ait été donné d’entrevoir les yeux fermés.

Elle s’empêtre dans la semence aqueuse des temps pervers, qui jadis, encore aujourd’hui, écoeurent, et continueront d’écoeurer. Corbeaux comme charognards n’émettent plus que de subtils gémissements. Le cri résonne, dissonant à un point tel que l’animalité se terre, renonce, et prend son trou.

L’on pourrait dire, en toute candeur, qu’elle pleure des cordes. Les sels se répandent de leur lenteur répugnante à travers les jours et les images périmées, formant l’auréole d’une Madeleine digne de nos plus célèbres internées.



À travers l’unique carreau, que lors d’une crise de rage, elle avait accidentellement laissé vif et intact, un bouc broute sereinement sur les terres brûlées. Dans un fol espoir, elle y avait foutu le feu sur toute surface que la couronne de sels dont elle s’était piteusement recouverte lui permettait encore d’entrevoir. Sperme, corps et paysage confondus. Or, contre toute attente, les cordes ont tenu et ses beaux épis d’or ont cramé.

Un malheur providentiel lui a permis de conserver la vue.



Il semble qu’une fois empêtré dans les quelques remugles qui animent désormais le cirque médiatique contemporain, "le dérèglement de tous les sens" ne soit plus forcément le remède indiqué. Or, le foutoir dans lequel il faudrait s’investir avec ardeur pour en arriver à l’aveuglement dûment réclamé n’est pas tâche aisée.

Malgré le martèlement que je lui fis subir avec force passions, le téléviseur éructait des râles immondes, dignes d’un postexotisme tout à fait grossier. J’espérais l’éjaculation précoce, mais j’ai dû me rendre à l’évidence, l’écran insultait allégrement lois de la manufacture comme lois du temps et de la gravité. L’engin devait appartenir à l’un de ces derniers modèles freudiens, qui pousse nobles intellectuels comme ramancheux de tout acabit à la dépression nerveuse et à l’arrachage de cheveux.



J’ai alors fait la seule chose envisageable. Je veux dire par là, envisageable du point de vue individuel, il va sans dire. De celui de la lentille crasseuse des moi solitaires condamnés à patauger en pleine immondice de désastre humain.

Après constat et sans conclusion, j’ai donc rendu tripes et boyaux, et je suis sortie prendre l’air. Le vent frais matinal saturé des cendres acariâtres de nos ancêtres me ferait le plus grand bien.

Entre quelques pénibles inhalations d’Histoire qui rythmaient mon parcours dans l’absence, j’entraperçus le bouc qui traînait encore, désoeuvré et assourdi. Au hasard du récit et de la morale bien-pensante, je n’ai donc pas hésité, et l’ai écorné. Par acquit de conscience, je l’ai achevé à coups de marteau pour ensuite le laisser à lui-même, mort et bienheureux.



De retour aux quelques débris qui faisaient office de calvaire ménager, j’ai procédé à l’épandage d’un ramassis d’ordures paysagères sur la tête de l’éplorée, espérant par là couvrir les amas de sels qui l’ornaient et qui, de jour en jour, menaçaient de me soulever âme comme estomac.

Après quelques tentatives de greffes, qui l’on s’en doute, ne se sont pas faites sans heurts, la pauvre femme s’est trouvée affublée d’une paire de cornes qui meublaient son vide intérieur à merveille.

Je dois bien avouer, un peu à contrecoeur, qu’elle a dû dévorer les quelques restes de quincaillerie freudienne qui ornaient sa bicoque avant d’émettre quelque rapport digne d’une saine digestion.



Par la suite, elle n’a plus jamais reparlé de télévision.



Note de l’auteure :

Au seizième siècle, la corne de bouc macérée dans l’alcool était réputée comme remède contre l’impuissance dont étaient affligées certaines virilités vieillissantes. Or, vous savez tout comme moi, que l’on ne s’émeut guère plus devant les Madeleine braillant et écumant, sous leurs couronnes désuètes et écorchées. Le marché des drames est aujourd’hui en pleine ébullition, il nous faut savoir s’adapter. À ce titre, la corne de bouc me semble un produit empli de promesses, qui contribuerait à la fois à la croissance de l’économie et au soulagement de l’hystérie mystérieuse dont semblent atteintes de nombreuses femmes. Par la même occasion, j’ai bon espoir qu’une campagne de greffes intensive soit à même d’atténuer la misère quotidienne infligée aux tympans de leurs contemporains. De nombreux hommes sont désormais soumis à une sollicitation auditive des plus scandaleuse, qui grandissante, en viendra à menacer l’équilibre de l’oreille interne. En mon humble avis, nous aurions tout avantage à tirer quelques leçons de l’Histoire, à se défaire de nos téléviseurs, et à redécouvrir tout le potentiel de cette ressource gratuite et entièrement naturelle.



Textes et poèmes de Marie-Pier Daveluy
- Les cosaques des frontières
- Créneaux, le blogue de l’auteure.
- Poème sale

Financement dédié aux problèmes de santé mentale
Vicky Fragasso-Marquis, "Santé mentale - Barrette veut améliorer l’organisation des soins", Le Devoir, 10 octobre 2015.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 16 octobre 2015


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Marie-Pier Daveluy


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