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vendredi 26 février 2016


Assises pour l’abolition universelle de la GPA
Gestation pour autrui (GPA) - Rupture avec l’éthique et fausse notion de l’altruisme

par Irène Corradin






Écrits d'Élaine Audet



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Le 2 février 2016, Irène Corradin a assisté aux Assises pour l’abolition Universelle de la GPA (Gestation pour autrui), qui se tenaient à l’Assemblée nationale française sous l’impulsion de Laurence Dumont, députée PS du Calvados et première vice-présidente de l’Assemblée et organisées par des associations de gauche.* Voici son compte-rendu.

*

L’objectif ces Assises était de rassembler des responsables politiques de toute l’Europe, des associations féministes et de défense des droits humains, des chercheuses et des chercheurs de toutes disciplines, en vue de montrer et de combattre l’injustice d’une pratique sociale qui porte atteinte aux droits fondamentaux de l’être humain.

Les participantes et participants aux Assises

. ont dressé un état des lieux de la maternité de substitution dans le monde, c’est-à-dire du marché des femmes et des nouveau-nés ;
. ont appellé à la responsabilité politique des États pour lutter contre une pratique aliénante pour la personne humaine et source d’une exploitation sexiste et inégalitaire.

Intervention de Marie Jauffret pour le CoRP :

« Il faut que la gauche se réapproprie ces sujets, nous devons mobiliser dans ce sens ».
Plusieurs initiatives, aux niveaux européen et international, ont récemment suscité l’inquiétude, en particulier la récente nomination de la sénatrice belge Petra de Sutter comme rapporteur du groupe de travail sur « les droits humains et questions éthiques liées à la GPA » à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (=Cour européenne des droits de l’homme).

Le CoRP dénonce un grave conflit d’intérêts, cette gynécologue étant notamment associée à l’une des cliniques indiennes proposant les services de mères porteuses contre rémunération, « dans ce qui se fait de pire en matière d’exploitation des femmes pauvres par les pays riches ».

Ensuite, Marie Jauffret pointe du doigt les travaux de la conférence de la Haye, organisation intergouvernementale chargée de la coopération juridique, concernant le statut des enfants nés par GPA, qui permettent un contournement de la loi. Le principal risque est de voir encouragée la pratique des mères porteuses, soit à travers la revendication d’une GPA « éthique », soit via la régularisation systématique du statut des enfants.

De fait, des couples commanditaires contournent l’interdiction de la gestation pour autrui dans leur pays en recourant à une mère porteuse à l’étranger, puis réclament la régularisation de leur situation au nom de l’intérêt de l’enfant. « Cela a pour effet de fragiliser les lois nationales », d’où l’importance d’allumer des « contre-feux » et de poursuivre un travail de sensibilisation sur les conséquences de la GPA

Intervention de Geneviève Azam, économiste

Économiste, universitaire, auteure de Osons rester humain, Les impasses de la toute puissance (2015), Geneviève Azam fait remonter le problème au Sommet de la terre à Rio en 1992, date à laquelle les brevets vont concerner le Vivant qui devient donc un ensemble de pièces détachées : la matière biologique devient une ressource biologique. La naissance, acte naturel inouï, unique, passe dans le registre de la bioéconomie. La procréation est aujourd’hui construite comme un service économique.

C’est la pratique du donnant-donnant (qui est la figure typique de l’échange marchand) : une fois la transaction réalisée, il n’y a plus de lien, plus de dette, le paiement clôt l’échange. C’est ce qui permet et légitime la rupture totale entre la mère porteuse et l’enfant qu’elle a porté.

Là où le système est pervers, c’est qu’il ne parle pas d’ « achat » d’un enfant sur un marché des enfants, mais d’un marché de la location d’utérus (que G. Azam appelle service corporel), avec livraison d’un « produit » qui a été « porté » par la mère porteuse (et non fabriqué comme on fabrique une voiture). Cette notion de « portage » élimine également les liens pendant la grossesse entre la mère et l’enfant, et réduit cette grossesse à un acte purement technique.

Ce sur quoi il faut insister, c’est la déshumanisation radicale de la "mère porteuse", réduite à un utérus-machine, et la chosification de l’enfant produit (inversion des fins et des moyens). Tout est prêt pour constituer un marché, il y a là tous les ingrédients... On a exactement la même chose avec la marchandisation de la biodiversité en général : ce qui s’échange, ce sont les "services écosystémiques".

Précisons que, pour qu’il y ait un échange marchand, il FAUT préalablement réduire les femmes à un utérus et l’utérus à une machine. La GPA devient un acte délocalisé, le corps de la femme étant appelé à être un jour remplacé par un utérus artificiel. Volonté de construire des "usines-mères". C’est pourquoi la GPA ne pourra JAMAIS être éthique car elle a supposé une rupture préalable avec toute éthique.

Or, aujourd’hui, nos adversaires sont aussi ceux et celles qui disent qu’on va pouvoir faire une GPA éthique. Nos sociétés sont en panne d’utopie. Nous sommes tous et toutes hantéEs par l’espérance technicienne de l’allongement indéfini de la durée de vie, dans laquelle s’inscrit la GPA.

Intervention de Regula Stämpfli, politologue allemande

Auteure de Frauen ohne Maske, elle dénonce "ce nouveau marché cannibale" et fait remarquer les termes "banque d’ovules, de sperme", etc. Elle dénonce une numérisation en cours des êtres humains et remarque la complicité des médias qui refusent de traiter la question comme une question politique et renvoient à des cas privés, ce qui émeut dans les chaumières et camoufle un juteux business !!!

Sheela Saravanan, indienne, docteure en géographie et en "Development Planning from India"

Spécialiste des questions liées au genre en Asie du Sud, auteure de nombreux articles et rapports sur l’infanticide des filles, la violence contre les femmes, le commerce de la maternité de substitution, Inde.

Elle dénonce les abus liés à l’exploitation de la situation de pauvreté vécue par les femmes indiennes (coût 4 fois moindre qu’aux USA), le développement de cliniques casernes aux pratiques scandaleuses : femmes cloîtrées pendant 10 mois, sans bouger, "bétail à pondre à engraisser", accouchement par césarienne obligatoire, implantation possible de 5 embryons, avortements sélectifs, abandon des enfants « commandés » du fait d’une fragilité, d’un handicap, aucune protection légale pour l’enfant. La clinique, par contrat, décide de tout et assurance est prise pour que la femme porteuse n’ait aucun droit sur l’enfant.

Jean-Daniel Rainhorn, Médecin, Chaire Inégalités sociales à Genève, santé et action, humanitaire au Collège d’Étude mondiale, Paris Editor de New Cannibal Markets, Globalization and Commodification of the Human Body, Paris, 2015, France

Jean-Daniel Rainhorn analyse l’ONU et d’autres organisations internationales, et il déplore l’absence de réflexion et de prise de position commune : impasse et confusion sont la règle au niveau mondial. Il remarque l’extension récente de ce type de marchés, les profits énormes, la forte demande et, vu l’accroissement de la pauvreté, une offre quasiment illimitée. Il souligne la déshumanisation du Marché et la disparition de l’Humain.

Il remarque que la maternité de substitution n’est pas le seul domaine dans lequel on a recourt au corps des uns pour résoudre les problèmes du corps des autres :

. le besoin en produits sanguins a été résolu par la commercialisation de la collecte du sang ;
. idem pour la transplantations d’organes (ex. : effondrement du "cours" du rein depuis la guerre de Syrie !!) ;
. idem pour les biobanques ;
. idem pour le pillage des cerveaux (ex : un quart des médecins exerçant au Royaume Uni ont obtenu leurs diplômes dans des pays pauvres) ;
. dernière en date : la GPA.

Il dénonce ces nouveaux esclavages qui ne pourraient se développer sans la complicité de scientifiques et de médecins.

Eva Maria Bachinger, écrivaine, auteure de Enfants sur commande, a enquêté en Autriche.

Aujourd’hui, la société veut tout planifier, contrôler, veut échapper à la Nature, elle vit dans l’illusion du "tout est possible, tout est à vendre".

Eva Maria Bachinger fait remarquer que nous manquons d’information ; ce type d’activité, fort lucratif, reste souterrain et clandestin.

Exemples :
. aux Pays-Bas, il existe un tourisme de la reproduction, or seulement 2 cas ont été officiellement enregistrés en 2013 ;
. en Russie, seulement 300 enfants seraient ainsi nés par GPA en 2013 alors qu’il existe dans le pays 140 cliniques où la GPA peut se pratiquer officiellement, 900 programmes lancés !!

Elle n’a pas trouvé de cas de femme riche se proposant comme mère porteuse.

Elle insiste sur le type de contrat imposé par les commanditaires avec des clauses sur 22 pages allant de l’obligation de certaines nourritures à l’interdiction de voyager, interdiction d’avoir durant la grossesse des relations sexuelles, interdiction de voir et de tenir dans ses bras ses propres enfants, interdiction de tatouage, de mettre du vernis à ongles, avortement obligatoire si l’enfant présente un risque de malformation, accouchement par césarienne, non paiement en cas d’échec, aucun droit à l’enfant pour la mère-porteuse, aucune droit pour l’enfant à naître à connaître la manière dont il a été conçu, etc.

Elle précise que la notion des Droits de la personne avait été élaborée pour défendre les plus faibles dans la société et qu’aujourd’hui le DROIT protège le fort.

René Frydman, gynécologue des hôpitaux de Paris, France

Il se présente comme médecin de la reproduction. Il est pour la greffe d’utérus mais contre la GPA. Il ne veut ni tout freiner ni tout accepter. Il dénonce l’élimination de la femme porteuse, les risques pour l’enfant, les risques d’aliénation physique et psychique. La ligne rouge, pour lui, c’est la commercialisation du corps.

Kajsa Ekis Ekman, journaliste, auteure de L’Être et la marchandise, fondatrice de "Féministes contre la GPA", Suède

Elle met en parallèle la prostitution et la GPA. Pour elle, ces deux industries se développent à l’intersection du patriarcat et du capitalisme. Elle insiste sur la dissociation ; dans la GPA, il s’agit d’acheter un enfant sans mère !

Notre premier adversaire dans cette lutte, c’est l’altruisme : cette industrie se donne des allures de charité, on vient en aide à des femmes pauvres qui ainsi pourront nourrir, soigner, faire faire des études à leurs enfants, offrir plus de confort à leur mari et à leur famille. La femme est replongée dans l’idéologie patriarcale de la femme bonne, la bonne mère, celle qui se sacrifie.

Julie Bindel, journaliste indépendante britannique, lesbienne et activiste politique, fondatrice du groupe « Justice for Women » contre les violences faites aux femmes

Elle a enquêté sur le terrain en Inde. Elle remarque :
. Le côté patriarcal du business (c’est le mari qui autorise sa femme à devenir mère-porteuse) ;
. Le côté raciste (les ovules "blancs" coûtent 4 fois plus que des ovules indiens !!) ;
. La parenté idéologique des arguments pro-prostitution et pro-GPA (libre choix, entreprenariat parfois encouragé par l’État, acte altruiste, les femmes y trouvent du plaisir !) ;
. La profonde misogynie du lobby gay.

Pour finir, signature solennelle de la Charte pour l’abolition universelle de la GPA par les associations présentes, dont la MMF, Bagdam, CMPDF, une délégation de femmes italiennes, et des personnalités politiques comme Marie-George Buffet, Élisabeth Guigou, José Bové, Benoît Hamon, Laurence Cohen.

* À l’appel de La Coordination Lesbienne en France (CLF), Jocelyne Fildard et Catherine Morin Le Sech, La CADAC, Maya Surduts et Nora Tenenbaum, Le CoRP (Collectif pour le Respect de la Personne), Sylviane Agacinski et Mjosephe Bonnet-Marie Jauffret.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 24 février 2016


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Irène Corradin


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