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jeudi 10 août 2017

La violence masculine est le problème et les “transfemmes” s’y livrent aussi

par Jacqueline Sephora Andrews, blogue Gender Apostates






Écrits d'Élaine Audet



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L’ampleur dévastatrice de la violence masculine à l’égard des femmes et des “transfemmes” est sous-déclarée et sous-reconnue, et la violence perpétrée par certaines “transfemmes” contre les femmes est niée en bloc.

L’hostilité venimeuse que ressentent ces “transfemmes” envers la vie et les convictions des femmes se constate, notamment, dans la guerre qui déferle actuellement sur l’internet, et de plus en plus dans le monde réel, entre les féministes et les transactivistes. Une guerre sur ce que signifie être une femme, être une transfemme et être membre d’une espèce humaine qui présente un dimorphisme sexuel. À titre d’homme transsexuel qui veut analyser le système de genre dans lequel je vis et contester une culture des “transfemmes” reflétant les comportements et les attitudes des hommes non transsexuels, j’analyserai ici ce désaccord, ainsi que les attitudes et comportements qui surgissent dans ce contexte.

Réalité de la violence masculine envers les femmes et les personnes transsexuelles

La violence masculine est réelle, perverse, dégoûtante, abyssale, et elle constitue une pandémie mondiale. Les femmes et les filles vivent aux mains des hommes, partout dans le monde, des niveaux de violence vraiment horribles : 35 % des femmes ont été victimes " soit de la violence physique et/ou sexuelle d’un partenaire intime, soit de la violence sexuelle d’un non-partenaire " (1). Donc, 35% de PLUS DE LA MOITIÉ DE LA POPULATION MONDIALE vivent des violences sexuelles. Il s’agit d’une violence infligée à des femmes par des hommes pour le seul "crime" d’être des femmes.

Cette culture de la violence masculine est également omniprésente dans la violence infligée aux personnes transsexuelles. Un sondage mené au sein de l’Union européenne a révélé que 79% de 2669 répondants et répondantes avaient vécu une forme de harcèlement allant de commentaires transphobes à des violences physiques et sexuelles. Un autre rapport a constaté que 50% des personnes trans avaient vécu des violences sexuelles. Toutes ces études, indépendamment de leur exactitude, peuvent mettre en lumière la même conclusion : il existe, dans le monde entier, une culture d’hommes agissant avec violence, y compris la violence sexuelle, à un niveau vraiment sous-reconnu, contre les personnes que ces hommes considèrent comme des non-hommes et, donc, méritant cette violence (que ce soit à cause de leur nature féminine ou d’une masculinité jugée insuffisante).

La violence masculine est un problème qui marque et continuera à marquer la vie de plusieurs personnes, et c’est aussi vrai pour moi. J’ai été tyrannisé sans relâche durant mes années d’étude parce que je ne m’acquittais pas assez bien du rôle "masculin", parce que j’étais visiblement homosexuel et non conforme aux stéréotypes de genre. Cela m’a causé des dommages irrémédiables, a inhibé ma capacité de créer des amitiés et des relations saines avec les hommes, et cela m’imposera toujours les séquelles d’une grave tentative de suicide. Donc, veuillez m’excuser d’avoir une relation hésitante avec les hommes et avec les personnes qui agissent de la manière dont d’autres hommes m’ont traité – et cela inclut plusieurs autres “transfemmes”. Mon expérience n’est pas exceptionnelle ; mes conversations avec beaucoup de “transfemmes” m’ont appris qu’il est courant de vivre des violences dirigées contre nous comme conséquence directe de notre non-conformité de genre, de ne pas correspondre au rôle de genre masculin.

Qu’est-ce qu’une "transfemme" ?

Avant de continuer, permettez-moi de préciser ma définition de "transfemme", afin d’éviter tout malentendu. À mon sens, les transfemmes sont des hommes qui modifient leur corps pour se permettre de vivre, au meilleur de leurs capacités, dans le rôle social de "femme". Ce comportement ou traitement peut s’expliquer par diverses raisons, y compris une dysphorie sexuelle intense, un dégoût de la masculinité, ou plus communément - comme c’est le cas pour moi -, un mélange de ces deux motifs. Voilà comment j’interprète la transsexualité et le statut de transfemme, et si vous souhaitez en savoir plus, je vous invite à lire mon essai intitulé "Transwomen Are Women Period… Or Not (And That’s Okay" (2)

Pour revenir à mon argument de départ, et tenant compte de cette définition, si des “transfemmes” souhaitent vivre dans le rôle social de "femme ", les “transfemmes” devraient – et insérez ici un massif "EN THÉORIE " – être des individus tolérants qui agissent et se comportent en faisant preuve d’empathie pour les femmes. En tant qu’êtres humains, nous devons nous respecter, et nous avons certaines expériences en commun ; et nos deux groupes connaissent (à des degrés différents et variables) la difficulté de vivre en régime patriarcal où nous sommes considérés comme inférieurs (les femmes pour être des femmes, et les “transfemmes” pour être incapables de performer la masculinité violente, nous révélant ainsi être des "hommes inutiles"). Malheureusement, cette solidarité ne s’avère pas. Au lieu de cela, nous habitons un monde où des “transfemmes” attaquent des femmes parce que ces dernières comprennent que la biologie existe et que les femmes et “transfemmes” diffèrent biologiquement. Quant aux lesbiennes, on les informe qu’elles doivent voir les hommes comme des partenaires sexuels si ceux-ci affirment posséder une "identité féminine".

Ce phénomène est de plus en plus fréquent chez des "transfemmes" dont la transition s’effectue après une vie entière à bénéficier du privilège masculin et du patriarcat "en tant qu’hommes" conformes aux stéréotypes de genre, ceux-là même qui ont promu et continuent à promouvoir des violences misogynes et homophobes à l’égard des femmes et des hommes non conformes en matière de genre. Ces “transfemmes” font étalage de leur domination masculine et, loin de lutter contre les entraves du rôle masculin, ils y ont prospéré.

Les comportements dont font preuve ces "transfemmes" (j’utilise des guillemets parce que nous ne sommes pas dupes, mais aussi pour reconnaître que ces gens partagent ma condition, malgré ma consternation) sont inexcusables : ils reflètent explicitement ceux des hommes violents qui attaquent les femmes et les "transfemmes". Il existe une culture croissante de ce comportement non seulement excusé mais encouragé, puisque ceux qui se livrent à de violentes attaques contre les femmes sont récompensés par des éloges. Je trouve incroyablement bouleversant que ce comportement soit commis au nom d’un mouvement, le transactivisme, qui est censé exister à mon intention. Je trouve également troublant le recours croissant à l’expression "transphobe " comme étiquette servant à censurer des femmes de manière socialement acceptable. Ces "activistes des droits des transgenres" défendent non pas un monde où nous pourrions vivre exempt.e.s de violence masculine, mais un monde qui nous exempterait toute critique de la part de celles auprès de qui (ou plutôt "en tant que qui", comme on le dit plus souvent) nous souhaitons nous "identifier", ce qui ne cesse de me dégoûter.

Les alliés masculins non transsexuels

Si vous entretenez encore l’illusion que ce comportement ne reflète pas ceux que les hommes utilisent contre les femmes et contre les "transfemmes", vous n’avez pas à chercher plus loin que du côté des "alliés masculins " non transsexuels du mouvement transgenre, qui reprennent joyeusement les termes utilisés par des militants transgenres pour faire taire les femmes. Le hasard faisant bien les choses, ces hommes accumulent ainsi des points comme "super-justiciers" alors même qu’ils réitèrent l’oppression des hommes envers les femmes. Ces "alliés masculins" démontrent ainsi que le transactivisme est vraiment un mouvement destiné à ramener les femmes au silence, à la soumission et à l’obéissance, et à permettre aux hommes de se libérer de l’obligation de penser aux femmes comme à des êtres humains et égaux, des êtres ayant leurs propres expériences, vies, droits et opinions.

Je constate de plus en plus que des gens qui prétendent être comme moi et partager mon vécu sont des personnes qui répètent les paroles, les comportements et les actes de ceux qui m’ont harcelé, insulté, agressé et violenté. Les personnes qui disent "défendre mes droits" dans cette guerre contre les femmes utilisent les mêmes techniques et actions que celles qui ont servi à me pousser au suicide, et je trouve cela angoissant. Nous avons des "transfemmes" qui exigent que je les considère comme des égales, faute de quoi je suis un "Truscum" (3), qui exigent de parler en mon nom et qui exigent que je me plie à leurs diktats "sinon…" Nous avons des "transfemmes" aux comportements prédateurs qui refusent de reconnaître que mes expériences existent et sont valides, pour ensuite prétendre qu’elles sont "exactement comme moi " et que nous avons une "sororité" indestructible.

Chaque acte, chaque mouvement de ces personnes s’éloigne un peu plus de l’aide dont les gens comme moi (les transsexuels) et moi-même avons besoin ; il se rapproche un peu plus d’un effacement de mes expériences vécues comme transsexuel, qui était un garçon non conforme aux stéréotypes de genre avant sa transition. Il devient impossible pour moi de parler de mon passé ou d’analyser ma vie, car dès que je suggère que je ne suis pas et que je n’ai jamais été une femme, on m’insulte, on me dénonce et on m’enjoint de dénoncer "les TERFs " et d’abdiquer mes opinions.

Je suggère que ce qu’on appelle les "guerres du genre" est moins une guerre qu’une offensive à sens unique. Une offensive qui reflète la dynamique de pouvoir déjà mise en place dans la société où des hommes de pouvoir décident qui ils attaquent, et où des femmes sont dominées et forcées de modifier la façon dont elles vivent leur vie (par exemple en se qualifiant de "cis-femmes" et en renonçant même au mot "femme ") afin de ménager de fragiles ego masculins et de se prémunir contre la menace et l’exercice de violences.

Ces attaques menées contre des femmes au nom du transactivisme sont inutiles, dégoûtantes et ne font que créer un écran de fumée dissimulant le fait que le véritable problème et la vraie menace proviennent des hommes, du système de genre et du patriarcat.

La vérité, en fin de compte, est que je fais de mon mieux pour me débarrasser de ma socialisation masculine mais que je dois accepter mes limites. Je suis et je serai toujours une "transfemme", donc par définition un homme, et mes 18 ans de socialisation en tant qu’homme imprégneront toujours mes expériences et ma vie. En dépit de mes tentatives de lutte et de dissidence, j’ai été socialisé dans la classe de l’oppresseur : celui qui commet la violence et celui qui pratique l’assujettissement des femmes. Je ne peux changer ce fait ni y échapper.

Notes

1. Lien.
2. Lien.
3. Lien.

• Version originale : le blogue Gender Apostates.

• Traduit par TRADFEM. Lire d’autres textes traduits sur TRADFEM.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 avril 2017


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Jacqueline Sephora Andrews, blogue Gender Apostates


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