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samedi 2 mars 2019


Traduction : Marie Josèphe Devillers
L’utérus aux œufs d’or. Une dystopie
Que serait-il arrivé si la "gestation pour autrui" était née à l’initiative d’un groupe de femmes ?

par Berta O. García






Écrits d'Élaine Audet



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Que serait-il arrivé si la « gestation pour autrui » était née à l’initiative d’un groupe de femmes ? Y avez-vous déjà pensé ?

Texte initialement publié en espagnol sur
https://tribunafeminista.elplural.com/2018/12/pte-el-utero-de-los-huevos-de-oro-una-distopia/
Traduction : Marie Josèphe Devillers

Imaginez un groupe de femmes prêtes à louer leurs ventres et à vendre leurs bébés en tirant parti de l’énorme marché que représente l’infertilité dans les pays développés. Un groupe de femmes entreprenantes et déterminées à s’enrichir en apportant une solution à toutes ces personnes prêtes à payer pour réaliser leur souhait sans avoir à tremper dans le trafic d’enfants volés. Parce que, bien sûr, la convoitise pour les nouveau-nés a toujours existé et a toujours été à l’origine de multiples abus et crimes ; il ne serait donc pas étonnant que les premières à se rendre compte qu’il y avait là un nouveau marché furent les femmes elles-mêmes.

« Quel filon ! » – s’exclamèrent-elles en se frottant les mains. Et elles ont immédiatement arrêté leur plan d’action. « Faisons comme les pays de l’OPEP avec le pétrole : créons une organisation internationale de femmes et fixons la production, la distribution et le prix de nos mômes. On va les faire casquer ! »

Aussitôt dit, aussitôt fait, elles s’organisèrent.

Comme leur business se devait d’être légal, elles ont déposé des propositions de loi devant les institutions démocratiques – et moins démocratiques – de leurs pays respectifs afin de réglementer la vente de leurs propres enfants. À mesure qu’elles obtenaient gain de cause et qu’elles développaient cette activité innovante, elles engrangeaient des sommes folles et, en peu de temps, se sont hissées au niveau d’autres industries très puissantes, telles que le commerce des armes, l’industrie pharmaceutique, voire même le narcotrafic. Elles se faisaient de l’or ! Et plus encore, elles pouvaient se permettre d’acheter des consciences.

Dans certains pays ça n’était pas si facile, car elles se heurtaient à des groupes ouvertement opposés à la légalisation de ce commerce. Mais ces femmes entreprenantes et endurcies – déjà devenues un puissant lobby économique – ont su allier habilement action politique et propagande. Elles n’ont pas ménagé leurs moyens pour arroser les principales chaînes de télévision et elles ont acheté des espaces en prime time pour anéantir les réticences de cette partie de la société encore influencée par des principes têtus, réfractaires au progrès et ancrés dans un passé où on défendait encore des balivernes telles que « droits humains » et autres vieilleries de ce type. Et elles ont également investi d’énormes sommes d’argent dans la publicité : annonces internet, dépliants, affiches…, dans les grandes villes, elles ont couvert les rues les plus fréquentées de gigantesques panneaux publicitaires. Très beaux, très lumineux, avec des slogans issus des luttes féministes pour le droit à l’avortement qu’elles ont détourné à leur profit, tels que « Mon corps, mon choix de vendre mon enfant » ou « De mon utérus à votre maison sans intermédiaires ».

Cette dystopie est terminée, pirouette cacahouète ! Tout le monde sait que ça ne s’est pas passé comme ça.

En fait, si les femmes avaient eu l’idée de vendre leurs nouveau-nés, elles auraient été l’objet d’un rejet social immense et généralisé et pourraient même risquer d’être lapidées dans certains pays, car, selon les termes de Silvia Federici : « La femme qui demande de l’argent pour la reproduction est la pire, elle est la servante du diable ».

Depuis le début, ce fut une affaire d’hommes.

D’entrepreneurs, ça va de soi. Ils avaient les mains libres pour créer un empire très juteux avec l’achat et la vente de nouveau-nés. Seulement voilà… ils avaient besoin de femmes pour les mettre au monde, parce que, bien sûr, les hommes ne le peuvent pas. Et comme les femmes éprouvent un attachement naturel pour ces enfants qui se développent dans leur ventre, ils ont convaincu ceux qui voulaient bien les écouter que ces femmes ne sont pas des mères, mais seulement des « gestatrices ». Gestatrices ! Un point c’est tout ! Allons donc ! Les acheteurs fournissent deux cellules, seulement deux – les leurs où bien celles qu’ils ont achetées – et cela suffirait pour dire que la femme qui engage tout son corps et son psychisme pendant les neuf mois de grossesse n’est pas la mère. Hé bé !

Et qui plus est, ils réduisent la femme enceinte à être le maillon le moins payé de la chaîne, voire même à exiger qu’elle soit « altruiste », ce qui est, pour l’entreprise, un excellent argument publicitaire pour diverses raisons : premièrement, parce que selon les préceptes patriarcaux que tout le monde connaît, les femmes doivent se sacrifier et se dévouer (et les mères encore plus) ; deuxièmement, parce que l’altruisme des mères porteuses est le meilleur moyen de réduire le prix du produit ce qui en encourage la consommation ; et troisièmement, parce que le soi-disant altruisme heureux donne bonne conscience, en particulier à ceux qui achètent un être humain.

Mais pas que ça. Ils ont conçu pour les femmes qui ont décidé de devenir gestatrices, toutes sortes de filtres, examens, analyses et évaluations supposés satisfaire aux critères rigoureux imposés par les acheteurs. Autrement dit : « celles qui ne répondent pas à nos critères ou qui ne s’adaptent pas au prix que nous voulons leur payer, peuvent se mettre le principe "mon corps, mon choix" où je pense ». La grande majorité d’entre elles sera évincée et une sur dix seulement sera acceptée. Dès lors, elle devra signer un contrat par lequel elle renonce à ses droits fondamentaux tels que le contrôle de son propre corps, la filiation et la garde de l’enfant qu’elle mettra au monde. Rien, des bagatelles, quoi !

Mais ces messieurs les entrepreneurs auront beau usurper les slogans de la lutte pour notre émancipation et nos droits et prétendre qu’il y a beaucoup de femmes prêtes à devenir gestatrices, à mettre au monde des enfants et à les donner –pas seulement à leur sœur ou à leur meilleur ami, mais à quiconque passe et a besoin de leur « aide » –, la vérité est que la grande majorité des femmes qui y consentent le fait pour répondre à un besoin économique plus ou moins exprimé, plus ou moins dissimulé, plus ou moins pressant, et aucune d’entre elles ne renoncera au paiement prévu dans la GPA commerciale ni aux miettes de compensation pour les dépenses encourues en cas de GPA altruiste.

Et le plus curieux est que ceux qui profitent de cette dystopie et qui commercialisent notre capacité de reproduction et achètent des bébés exigent le respect. Un respect qui n’aurait jamais été accordé aux femmes si c’était nous qui avions monté cette entreprise infâme et obtenu des millions de profits de la vente de nos propres enfants, des êtres humains nouveau-nés, vulnérables et sans défense.

Berta O. García @Omnia_Somnia
Avec l’aimable autorisation de l’auteure et de la traductrice Marie Josèphe Devillers.
http://abolition-ms.org/tribunes-fr/655/

Mis en ligne sur Sisyphe, 5 janvier 2019



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Berta O. García


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