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jeudi 10 décembre 2020

Thérapies de conversion – Plaidoyer pour un débat honnête

par Diane Breton et Clémence Trilling






Écrits d'Élaine Audet



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Les projets de loi C6 (au fédéral) et 70 (au provincial) pour bannir les thérapies de conversion n’ont presque pas été couverts par les médias. Le Devoir est, à notre connaissance, le seul quotidien québécois à avoir dépêché un journaliste aux consultations publiques pour C6. Il est cependant malheureux que les personnes ou les groupes qui remettent en question ces projets de loi sous leur forme actuelle soient caricaturés, notamment dans l’article du correspondant parlementaire Boris Proulx. (1)

Si nous ne savions pas lire l’anglais et si Le Devoir était notre seule source d’information, la seule conclusion que nous pourrions en tirer c’est qu’il y a de terribles bigots qui se vautrent dans leurs préjugés et leur ignorance et qui veulent empêcher les trans de vivre authentiquement et de s’exprimer. La réalité est tout autre.

Pour commencer, le titre même de l’article véhicule « des éléments de désinformation », ce que pourtant le journaliste prétend dénoncer. En effet, ni l’allocution de Lisa Bildy au Parlement d’Ottawa (2) ni le mémoire du Centre de justice pour les libertés constitutionnelles (JCCF), ne permettent de conclure que le groupe « défend les thérapies de conversion ». Bien au contraire, il suffit de lire les deux premiers paragraphes du mémoire pour savoir que les auteurs sont favorables à l’interdiction des pratiques coercitives liées aux tentatives de changer l’orientation ou l’identité sexuelle d’une personne. D’ailleurs, à notre connaissance, personne ne remet en question le fait que transitionner est la meilleure solution pour certains adultes, qu’être trans est valide, ou que les thérapies coercitives sont des pratiques condamnables. Là-dessus, il semble y avoir un large consensus social.

Là où il y a des dissensions, tant chez les experts que dans la population, c’est sur l’approche thérapeutique à privilégier pour traiter les enfants qui souffrent de dysphorie de genre, décrit comme une détresse de ne pas s’identifier à son sexe biologique dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-V). Comme l’ont souligné des psychothérapeutes dans le cadre de C6, ce projet de loi risque d’avoir un effet dissuasif sur les professionnels de la santé (3) qui pratiquent une thérapie exploratoire, ne valident pas immédiatement la « transition de genre » et ne prescrivent pas une médicalisation invasive dès la puberté. Or, à terme, l’essentiel n’est-il pas que l’enfant se sente bien dans sa peau ? Si la thérapie exploratoire permet à un enfant de gérer son mal-être en gardant son corps intact, n’est-ce pas un succès plutôt qu’une conversion ?

Nous avons de sérieux doutes à savoir si le gouvernement est l’institution la mieux indiquée pour se prononcer sur ce qui constitue une pratique thérapeutique légitime, ou sur la capacité de l’enfant, aussi jeune que 11 ans à donner un consentement éclairé à des interventions potentiellement irréversibles.

À ce sujet, un jugement vient d’être rendu par la Haute Cour de Londres en faveur de Keira Bell, une jeune fille qui portait plainte contre la Tavistock and Portman NHS Trust pour l’avoir « transitionnée » trop jeune. Le jugement indique qu’il est peu probable qu’un enfant de moins de 16 ans puisse donner un consentement éclairé à un traitement aux bloqueurs de puberté. Le jugement reconnait également qu’il n’y a aucune preuve que ces médicaments soulagent la détresse, qu’ils ne sont pas complètement réversibles, qu’ils ont des conséquences à long terme, notamment la stérilité et la perte de fonction sexuelle, et qu’ils constituent des traitements expérimentaux.

Pour ce qui est de la « désinformation » dont parle Boris Proulx concernant le pourcentage d’enfants qui se réconcilient avec leur sexe biologique avant l’âge adulte, selon les articles scientifiques, ce nombre varie entre 61 et 98 % . Alors que l’on prenne les études qui indiquent 85%, comme Linda Bildy, ou celles qui indiquent plutôt 65-70% comme le Dr Richard Montoro de McGill, cela fait toujours une majorité. Ce que nous craignons c’est qu’une affirmation trop hâtive puisse contribuer à enfermer un enfant ou un adolescent dans une « identité de genre », alors qu’il est en construction de sa personnalité.

Mais qu’ils soient 60% ou 98%, le pire est surtout que l’on refuse de les entendre. Le groupe Detrans Canada, des jeunes détransitionneuses qui regrettent amèrement leurs traitements hormonaux ou opérations d’« affirmation de genre », a déposé un mémoire pour C6 mais n’a pas été invité à témoigner. C’est particulièrement regrettable, car son témoignage aurait permis de jeter une ombre sur le mythe voulant que la transition soit la solution à la dysphorie de genre ou qu’il y a de vrai et de faux narratif (false narrative) concernant la transition. Toutes ces expériences de vie sont vraies et valides, y compris celles des détransitionneus.

Nous comprenons que l’intention du législateur est de protéger les enfants contre les pratiques dangereuses et coercitives, et nous sommes en parfait accord avec cet objectif. Mais comment, dans un tel climat toxique où l’on accuse de transphobie tous ceux qui remettent en question la définition de « thérapie de conversion de l’identité de genre », peut-on espérer que des décisions politiques éclairées soient prises et que nos politiciens ne regrettent pas, dans quelques années, d’avoir manqué à leur devoir de protection des jeunes, comme c’est le cas au Royaume-Uni et en Suède ?

Pour finir, nous voudrions faire remarquer que le JCCF est loin d’être le seul groupe critique du projet de loi C6. En effet, pas moins de 290 mémoires ont été déposés à la Chambre des communes, dont un grand nombre est critique du projet de loi.

En simplifiant à outrance les enjeux et en caricaturant les intervenants qui émettent des réserves sur ces projets de loi, les médias desservent le débat public.

Notes

1. Le Devoir
2. Centre de justice pour les libertés constitutionnelles
3 Chambre des Communes C6

Mis en ligne sur Sisyphe, le 08 décembre 2020



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Diane Breton et Clémence Trilling


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