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mardi 2 mars 2004


La ministre Courchesne gagne du temps
Une commission parlementaire pour débattre d’un nouveau concept d’égalité

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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Dans l’esprit qui inspire le démantèlement de l’État entrepris par le gouvernement Charest, la ministre Michelle Courchesne a confirmé hier lors d’un point de presse son intention d’abolir éventuellement des structures qui travaillent avec succès depuis plusieurs années à la promotion de l’égalité des femmes au sein de l’appareil gouvernemental (Conseil du statut de la femme, Secrétariat à la condition féminine). La ministre songe à un Conseil soi-disant de l’égalité - elle l’a déclaré à nouveau en répondant à un journaliste - et annonce une commission parlementaire où individus et groupes pourront s’exprimer sur les modalités de réalisation d’un nouveau concept d’égalité. Dans un tel conseil élargi, les questions touchant spécifiquement la discrimination à l’égard des femmes se trouveraient noyées (neutralisées).

La ministre reconnaît que les femmes n’ont pas encore l’égalité de fait dans maints domaines et que l’égalité concerne l’ensemble de la société, ce en quoi elle n’a pas tort. Mais Rome ne s’est pas construit en un jour, et renverser les mentalités et faire bouger les institutions qui maintiennent les inégalités de fait à l’égard d’un sexe et les privilèges de l’autre sexe est une affaire de siècles... Si la ministre pense avoir trouvé une recette magique pour contourner l’incontournable, elle passera sans doute à l’histoire...

Toutefois, ce n’est pas en détruisant des institutions qui ont fait beaucoup pour transformer les mentalités qu’on avancera sur la voie de l’équité et de l’égalité sociale, juridique, politique et économique.

Comme pour l’équité salariale, dans tous les domaines la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes (les hommes ne sont le sexe défavorisé dans aucune société du monde et placer leurs problèmes spécifiques sur le même pied que la situation collective des femmes revient à nier les inégalités de genre) requiert des investissements que le gouvernement Charest ne veut plus consentir. Voilà la véritable raison de ce travail de sape envisagé par la ministre Courchesne qui se drape dans un discours édifiant sur la nécessité de redéfinir le concept d’égalité, comme s’il fallait croire, à la lumière des lois adoptées en décembre dernier, que l’égalité et la justice sociale sont des préoccupations du gouvernement Charest.

En même temps qu’il entend économiser pour financer les baisses d’impôts et les privilèges accordés au monde des affaires, ainsi qu’aux multinationales qui n’attendent que le démantèlement des institutions nationales pour intensifier leur oeuvre de prédation au Québec, le gouvernement de Jean Charest (la ministre Courchesne n’a pas décidé seule de changer ce qui fonctionne bien) tente de satisfaire les critiques antiféministes et masculinistes qui se sont faites très agressives sur la place publique depuis environ un an. Ces hommes et ces groupes, qui ravalent la quête d’égalité et de justice du mouvement féministe au rang de projet "fémisexiste" ou "féminazi", ont des partisans au sein du gouvernement Charest comme dans les médias, les universités et ailleurs où l’égalité de fait menace les privilèges masculins. Ils demandaient précisément ce que la ministre veut accomplir.

Que certain-es se disent rassuré-es par les propos de la ministre et que le principal intéressé, le Conseil du statut de la femme, se dise disposé à préparer lui-même son enterrement de première classe avec l’aide d’"expertes", voilà qui mérite réflexion sur la tourmente que traverse depuis quelques années le féminisme québécois, dont les objectifs d’égalité et de changement ont toujours été contesté par une minorité, mais soutenus par la majorité des Québécoises et des Québécois. Voilà qui renseigne également sur la compréhension que ces personnes et des membres du CSF ont des enjeux et conséquences à moyen terme de cet éventuel travail de démolition. Certaines se réjouissent que la ministre maintienne le CSF et le Secrétariat à la condition féminine. Ce n’est pas tout à fait ce que disent son communiqué de presse et les propos qu’elle a tenus à des journalistes. La ministre semble vouloir gagner du temps et calmer la protestation qui s’étend un peu partout au Québec, et elle annonce une commission parlementaire, non sur le maintien des structures actuelles mais sur un nouveau concept d’égalité. Sisyphe reviendra plus en détail sur le sujet.

En attendant, deux pétitions circulent en faveur du maintien de structures gouvernementales (Conseil du statut de la femme, Secrétariat à la condition féminine, ministre en titre disposant des budgets nécessaires pour atteindre ses objectifs) qui ont fait leurs preuves dans la quête de l’égalité de fait, que dit rechercher également la ministre. Pour se démarquer nettement du discours masculiniste ambiant, des centaines d’hommes ont décidé de s’opposer publiquement à l’abolition de ces institutions. De leur côté, des femmes ont lancé un appel pour signifier à qui de droit qu’on n’allait pas balayer 30 ans d’acquis sous le tapis du gouvernement Charest sans qu’elles aient leur mot à dire. Quoi qu’en pense la ministre Courchesne, elle n’a pas reçu le mandat de démolir 30 ans de féminisme d’État, pas plus que son parti n’a reçu, le 14 avril dernier, le mandat de détruire l’État québécois et d’écraser les classes les moins nanties.

Pour appuyer la pétition des femmes, on peut prendre connaissance du texte à cette adresse (http://sisyphe.org/article.php3?id_article=959), puis expédier un courriel d’appui (nom, profession ou affiliation) à sisyphesite@yahoo.ca. Pour signer la pétition des hommes, on peut aller sur le site antipatriarcat.org ou sur Sisyphe, et on adresse les appuis à info@antipatriarcat.org

Ce sont là des moyens de contester la "réingénierie" Charest.

Mis en ligne sur Sisyphe le 27 février 2004


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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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