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samedi 31 octobre 2009
Iran, 4 novembre, grande manifestation contre la dictature d’Ahmadinejad, par Élaine Audet

Le gouvernement d’Ahmadinejad a interdit de prendre part à des manifestations, mais nombre d’Iraniennes et d’Iraniens opposés à la réélection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, ont prévu de détourner le trentième anniversaire de la prise d’otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran, le 13 aban prochain (4 novembre). Cette journée, qui autorise traditionnellement une poignée de fidèles à défiler contre l’Occident et Israël, pourrait être prise d’assaut par l’opposition iranienne qui verrait là une occasion parfaite de manifester en toute légalité.

À l’origine, ce ne sont pas les leaders de l’opposition, MirHossein Moussavi et Mehdi Karoubi, mais le peuple iranien, surtout le mouvement étudiant et des femmes, qui ont sauté sur l’occasion et vite répandu l’information par tous les moyens de communication possibles depuis des semaines. Une manifestation de grande ampleur a déjà eu lieu le 18 septembre dernier, à l’occasion de la “Journée de Jérusalem” que les Iranien-nes avaient
détournée en journée anti-Ahmadinejad. Il s’agit d’un autre signe que le soulèvement contre le régime ne faiblit pas depuis son déclenchement au lendemain de l’élection frauduleuse du 12 juin.

Toute une génération se souvient que, durant la révolution anti-monarchique, chaque jour après les cours, les élèves des lycées affluaient en grand nombre vers l’Université de Téhéran et ses alentours pour participer à des manifestations monstres aux cris de "A bas la tyrannie". Ces manifestations n’ont cessé que le 4 novembre 1978, quand les soldats du Chah ont ouvert le feu sur les manifestant-es devant le portail de l’Université, faisant plusieurs victimes. Le 4 novembre est alors devenu en Iran, le symbole de "l’unité entre les élèves des lycées et des universités" pour la défense de la liberté. Mais, l’année suivante, à cette même date, sous la République islamique, des étudiants ont déclenché la prise d’otages à l’ambassade des États-Unis et, par la suite, le régime a appelé à commémorer annuellement cet événement, le détournant ainsi de sa signification originelle de lutte pour la démocratie et la liberté.

Il semble que cette année, la population et sa jeunesse, comptent redonner à cette journée son vrai sens de résistance et de combat contre la dictature en déferlant en grand nombre dans toutes les rues du pays. Les autorités tremblent déjà à l’idée de voir une répétition des manifestations post-électorales qui ont montré la volonté du peuple iranien de renverser la dictature d’Ahmadinejad-Khamenei. « Nous comptons empêcher tout rassemblement visant à provoquer des tensions au sein de la société », a déclaré Ahmadi-Moghadam, commandant des forces de sécurité de l’État (FSE).

"Soyons des millions dans les rues pour affirmer le vrai pouvoir, celui du peuple", lance Moussavi qui, avec les autres leaders Karoubi et Khatami, n’a jamais baissé les bras face à la brutale répression qui continue de sévir en Iran pour faire taire toute contestation du régime intégriste. Un peu partout dans le monde, la diaspora iranienne manifestera sa solidarité avec le mouvement démocratique à l’intérieur de l’Iran.

Sources :

  • Blog Le Monde
  • Iran Focus

    5 novembre 2009 - Commentaires d’une manifestante à Téhéran

    Je suis arrivée très tard, à 8 heures du soir, après avoir reçu quelques gaz lacrymogènes ! Il faisait noir, car on avait une panne d’électricité jusqu’à une heure du matin.

    J’ai vu que les "communistes" pour être fidèles à leur dogmatisme et à leur résistance envers la réalité, la solidarité internationale et l’unité nationale, ont inventé un slogan qui n’existait pas : "Ni Ahmadi Nejad, ni Moussavi, la domination ouvrière et la république socialiste" ! Il faut vraiment être dans la lune ou en pleine hallucination pour donner de tels slogans !

    Passons. Hier, malgré les milliers de bassiji (miliciens) qui avaient peur et lançaient les gaz n’importe comment (pendant que je parlais avec eux, ils voulaient échanger ma canne contre leur baïonnette que j’avais prise !), il y avait quelques milliers de gens qui se retrouvaient un peu plus loin, après la dispersion.

    L’avenue Takhté Jamshid (Taleghani), devant l’ambassade des E.U., était bien ridicule. Malgré tous leurs efforts, ils n’avaient pu rassembler que 2 ou 3 mille personnes (des enfants en uniformes et quelques autres). Les autobus qui les avaient amenés circulaient... C’était vraiment lamentable. Il paraît qu’à la télévision nationale, au moment du discours de Hadad Adel devant l’ambassade, on entendait "A bas le dictateur".

    Karoubi a été blessé par le gaz lacrymogène et son gardien qui l’avait reçu en plein visage a été hospitalisé. Moussavi a été encerclé, dans son bureau par les bassiji et les Lebass shakhssi, bloquant les deux entrées et essayant de pénétrer dans le bureau. Ils ont lancé des gaz lacrymogènes et ont battu les gens qui étaient proches de l’endroit. En fait, il est prisonnier, dans sa demeure ou dans son bureau (ils essayent de le mettre à la porte de son bureau Farhanguestan é Honar (c’est lui-même qui a conçu le plan architectural de Farhanguestan).

    Je t’envoie ces nouvelles que tu as sûrement entendues. D’accord qu’il y a eu des coups et toute l’histoire. Je préfère te dire ce que j’ai vu d’intéressant en dehors de la violence qui était "naturelle". À un moment (il faut dire que je suis une personne âgée et je me permets de parler à ces "durs" !), en marchant avec ma canne, car j’avais le vertige et je ne pouvais garder mon équilibre, je suis allée vers eux, qui me regardaient avec mon foulard et mon pardessus verts, et je les entendais dire : " N’ayez pas peur, nous sommes tous unis" (le slogan des verts) !

    L’un d’eux avait vraiment peur et l’autre le traînait dans la rue. Un autre me dit :"Je viens uniquement pour la question économique (on leur donne 100 ou 200,000 mille toumans par jour pour battre les gens), sans ça, nous sommes avec vous". Je suis sûre que dans les prochains jours ou mois, il y aura une partie de ces bassiji ou yéguanan vigeh qui ne voudront plus écouter le pouvoir.

    D’ailleurs à 2 heures de l’après midi, quand j’ai pu prendre une voiture pour aller plus loin, nous avons reçu le gaz lacrymogène sur la vitre de notre voiture qui s’est brisée. Dans cette rue, il n’y avait que des voitures et le type a lancé son gaz pour rien ! Probablement pour faire son devoir ! Tout en sachant qu’il n’y avait pas de manifestants.

    Bien sûr, ils en jetaient aussi parmi les manifestants et même ils tiraient pour les blesser. Je te raconte AUSSI les choses que j’ai vues et que les autres ne racontent pas ou n’ont pas vues. Pour moi, tout est important. C’est lent (heureusement). Mais on y arrivera. Je n’aime pas tellement les enfants gâtés qui veulent arriver tout de suite à un résultat momentané.

    ***

    À Montréal, le 7 novembre

    Mis en ligne dans Sisyphe, 30 octobre et 5 novembre 2009.



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