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samedi 7 novembre 2009
Un hidjab intégré à l’uniforme officiel des élèves - Lettre à la Fédération des Commissions scolaires du Québec

Mesdames et messieurs,

Militantes des Droits Humains et des Droits des Femmes, nous sommes choquées et très inquiètes par la décision de la direction du Collège Marguerite De Lajemmerais de Montréal.

La direction de ce collège public a mis à disposition des élèves DITES « musulmanes » un hidjab à l’effigie de l’école comme faisant partie de l’uniforme officiel de l’établissement.

Nous connaissons les divergences qui opposent La Centrale de l’enseignement du Québec qui s’oppose au port du voile dans l’école publique, et la Commission des Droits de la personne, qui voit une discrimination dans son interdiction.

La Fédération des Commissions scolaires du Québec a proposé de laisser la décision à la direction de chaque école.

Le fait « d’offrir » le hidjab aux élèves « musulmanes » donne une légitimité au voile islamique alors que le port du voile est contesté par la majorité des musulmans qui vivent leur religion dans l’intimité, ainsi que par de nombreuses autorités musulmanes.

Cette décision démontre que l’on considère automatiquement comme « musulmanes » des filles qui sont nées dans des communautés ou des familles musulmanes qui peuvent elles-mêmes ne pas se définir comme telles et qui ne veulent surtout pas que la religion soit leur marqueur identitaire. Par ailleurs, cette décision ignore aussi la volonté de ceux qui, bien que croyants, veulent pratiquer leur religion sans imposer le port du voile à leurs filles.

Vous participez de ce fait à une discrimination envers des jeunes canadiennes qui veulent être simplement considérées comme citoyennes canadiennes.

Comment pensez-vous éviter que les filles au « hidjab » ne fassent pression sur celles qui refusent le communautarisme dans lequel on veut les enfermer ?

Comment ignorer, à nos jours, les différentes formes de pression que subissent les filles, les femmes, au nom de lois ou de coutumes prétendues islamiques ?

C’est en criant au racisme et à la discrimination que les fondamentalistes musulmans sont arrivés à faire valoir leurs revendications religieuses et communautaristes auxquelles vous avez répondu par ce que vous considérez comme « accommodements raisonnables »

Nous nous élevons contre tout racisme et toute discrimination mais nous nous déclarons contre les accommodements au nom des religions.

Aussi est-il de notre devoir de vous dire que le respect des cultures tel que vous semblez le concevoir nous amène à une différence de droits, à une sous-citoyenneté, et à un recul des droits des femmes.

Le Droit International, la Charte internationale des Droits de l’Homme, la Convention relative aux droits de l’Enfant, la Convention sur l’Élimination de toutes les formes de Discriminations à l’égard des Femmes, auxquels le Canada a souscrit doivent nous guider pour ne pas adopter des décisions, des politiques, qui ont un effet discriminatoire sur la majorité des citoyens.

Je vous prie de voir dans notre démarche la préoccupation de voir une école libre de toute pression communautariste et, ou religieuse.

Nous vous prions, Mesdames et messieurs d’accepter l’expression de notre considération.

Premiers signataires : 

Women’s Initiative for Citizenship and Universal Rights (WICUR) ; Lalia Ducos, militante associative, présidente de l’association WICUR, Initiative de Femmes pour la Citoyenneté et les Droits Universels (IFCDU) ; SIAWI—Secularism Is A Women s Issue ; Marieme Helie Lucas, sociologue algérienne, fondatrice du reseau Women Living Under Muslim Laws, coordinatrice de SIAWI ; Samia Allalou, journaliste algérienne secrétaire de Wicur ; Hakim Arabdiou, militant associatif ; Soad Baba-Aissa, militante associative, trésorière de Wicur ; Cherifa Kheddar, présidente de DJAZAIROUNA, association des Familles Victimes du terrorisme islamiste ; Harsh Kapoor, South Asia Citizens Web (WWW.sacw.net) ; Jeanine Caraguel, Algérienne, linguiste Paris ; Amel Feve, responsable qualité, Paris ; Catherine Deudon, photographe Paris ; Bernice Dubois, féministe et déléguée du MAPP à l’ ONU ; Annie Sugier, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes ; Aouicha Ouamrane, juriste algérienne ; Aouïcha Ouamrane, membre de la direction du Parti pour la Laïcité et la Démocratie(Algérie) ; Françoise Liassine, professeur agrégée de philosophie ; Rita Moreira, journaliste, Sao Paulo, Brasil ; Lucette Hadjali, militante algérienne, fait partie des Anciennes Moudjahidates (combattantes) algériennes ; Jeanne Favret Saada, directeur d’études, EPHE (Paris) ; Jean Pierre LLedo, cinéaste algérien ; Anissa Lemouchi-Baba-Ali Turqui, pédiatre urgentiste, Paris ; Danielle Charest, lesbienne politique ; Micheline Carrier, éditrice de Sisyphe (Québec) ; Daisy Attali, membre de la Commission de lutte Contre les Intégrismes, Paris ; Marthe Orfus, membre de la Commission de lutte Contre les Intégrismes, Paris ; Monique Bouaziz, membre de la Commission de lutte contre les Intégrismes, Paris ; Luce Sirkis, membre de la Commission de Lutte contre les Intégrismes, Paris ; Malika Zouba : Ioana WIEDER Centre Audiovisuel Simone de Beauvoir ; Marie Claude baldo, enseignante ; Gerard Baldo, membre KIWANIS, Asnieres France ; Azar Majedi, Chair of Organisation for Women’s Liberation, Organisation for Women’s Liberation ; André Gomar, militant de la laïcité, Saint Denis 93 ; Souad Inal, Algérie ; Françoise Davignon, ambulancière SAMU Paris ; Vanina Royer, infirmière anesthésiste, Paris ; Dr Azzedine Ayachi, praticien Hospitalier, responsable médical SMUR pédiatrique SAMU, Paris ; Linda Wiel-Curiel, avocate au Barreau de Paris, Ligue du Droit International des Femmes ; Michèle André, sénatrice, présidente de la délégation Droits des Femmes du Sénat, ancienne Ministre Initiative Féministe Européenne (IFE- EFI) ; Huguette Chomski-Magnis, professeur agrégée, responsable associative Paris ; Fewzi Benhabib, professeur de physique, Saint Denis Paris ; A. Michard, Paris ; Rym Helal, Montréal, Québec ; Christine Bouchara, réviseuse, Paris France ; Sabine Salmon, Présidente de l’association Femmes Solidaires, Paris, France ; Michèle Viannes, Présidente de l’association Regards de Femmes, France ; Anne Marie Lizin, Sénatrice belge, ancienne présidente du Sénat belge, Bruxelles, Belgique ; Monique Dental, animatrice du Réseau « Ruptures » ; Réseau Féministe « Ruptures » ; Aisha Lee Shaheed, networker Wluml Canada/Pakistan.

Liste non close.

- Pour signer cette lettre, envoyez un message courriel à laliaducos@gmail.com.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 2 novembre 2009
Mis à jpour, 23 novembre 2009


Malaise à la CSDM, par Robert Dutrisac, Le Devoir

Québec - La Commission scolaire de Montréal (CSDM) veut bannir le voile, ou hidjab, qui fait partie de l’uniforme scolaire, comme c’est le cas à l’école Marguerite-De Lajemmerais. Mais il n’est pas clair que la commission scolaire en ait le pouvoir ; il revient à l’école et à son conseil d’établissement de définir le code vestimentaire des élèves.

L’école Marguerite-De Lajemmerais, une école publique pour filles de l’est de Montréal, a innové en intégrant le voile islamique à l’uniforme officiel de l’établissement. Les jeunes filles n’ont plus le droit de porter le hidjab de leur choix, mais doivent se coiffer d’un voile, blanc ou noir, qui porte le logo de l’école et qui provient du fournisseur autorisé. Le port du voile n’est évidemment pas obligatoire, mais si une élève de foi musulmane choisit de le porter, c’est le voile de l’école qu’elle doit revêtir.

Pour la présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Christiane Pelchat, il est inadmissible que le voile fasse partie de l’uniforme de l’école, même s’il est optionnel. « Le problème, c’est l’accommodement généralisé, que le port du voile devienne une norme sociale imposée par l’école », a-t-elle signalé au Devoir.

Une école ne peut pas interdire à une élève en particulier de porter le hidjab, et c’est un phénomène courant dans les écoles de Montréal. Il s’agit là d’un accommodement raisonnable que les établissements scolaires ont l’obligation d’accorder en vertu des chartes, comme l’a statué en 1995 la Commission des droits des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). L’accommodement est accordé à la personne et ne doit pas se confondre avec une norme, a rappelé Mme Pelchat. « La pression sociale sur les jeunes filles est très forte, si en plus ça fait partie de l’uniforme, c’est inacceptable », estime-t-elle.

La présidente de la CSDM, Diane De Courcy, est du même avis. « On a un malaise, a-t-elle dit. On institutionnalise un signe religieux. »

« Le conseil d’établissement a voulu faciliter un "vivre-ensemble", a fait valoir Mme De Courcy. Pour cette année, nous comprenons que le conseil d’établissement a pris sa décision en toute bonne foi en voulant rendre son uniforme complet. »

« Mais pour 2010-11, il est hors de question qu’il y ait des signes religieux distinctifs comme celui-là, ou autre, à l’effigie d’une école ou d’une commission scolaire », a indiqué Mme De Courcy. Pas question non plus qu’un hidjab fasse partie de l’uniforme d’une école.

La CSDM entend adopter une politique et une directive portant sur les signes religieux et les uniformes, ce qui n’existe pas encore. D’ailleurs, l’école Marguerite-De Lajemmerais, qui est fréquentée par de nombreuses élèves musulmanes parce qu’il s’agit d’un établissement réservé aux filles, est la seule école de la CSDM à avoir adopté un uniforme qui comprend le voile islamique.

Mme De Courcy reconnaît que le code vestimentaire d’une école ou l’imposition d’un uniforme relèvent des prérogatives de l’école et de son conseil d’établissement. À la CSDM, on se demandait hier si, en vertu de la Loi sur l’instruction publique, les commissions scolaires pouvaient imposer aux écoles leur code vestimentaire ou la composition de leur uniforme.

« Il faut bien se baliser, croit Diane De Courcy. Le ministère de l’Éducation a mis en place des commissions scolaires pour s’occuper de ces choses-là. »

La ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, est du même avis que Diane De Courcy. « À partir du moment où le port du hidjab est un choix, ma position, c’est que normalement l’institution publique n’a surtout pas à fournir le hidjab », a-t-elle indiqué au Devoir.

Sa position s’inspire largement du rapport Bergman Fleury rendu public par la ministre en décembre 2007. Ce rapport insistait sur l’importance des « repères communs » et d’un cadre de référence pour l’accommodement raisonnable et « l’ajustement raisonnable ». À tout événement, c’est aux commissions scolaires, et non pas au gouvernement ou au ministère, d’encadrer les conseils d’établissement en la matière, estime Michelle Courchesne.

« Le port de l’uniforme, c’est un choix du conseil d’établissement, a-t-elle toutefois fait observer. À la limite, la commission scolaire pourrait ne pas avoir de pouvoir là-dessus. »

La ministre n’a pas voulu aborder la question de la laïcité de l’État et du livre blanc sur le sujet, dont la commission Bouchard-Taylor recommandait la rédaction. « C’est un débat qui est plus large », a-t-elle dit en se défilant.

C’est certainement un débat que le gouvernement Charest veut éviter puisqu’il a jeté aux oubliettes le projet de loi 16 « favorisant l’action de l’administration à l’égard de la diversité culturelle », un projet de loi qui avait donné du fil à retordre à la ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, le mois dernier en commission parlementaire.

Même si la CSDM émet une directive pour prohiber le hidjab de l’uniforme, le problème reste entier, estime Christiane Pelchat. « C’est au gouvernement à définir ces balises-là. Et tant que gouvernement ne le fera pas, on va assister à des dérapages comme celui de l’école Marguerite-De Lajemmerais. Ça m’inquiète. »

« Combien y a-t-il de cas qu’on ne connaît pas, qui sont gérés à la petite semaine par des gens de bonne volonté qui ne veulent froisser personne ?, s’est demandé la présidente du CSF. Le projet de loi 16, c’était une belle occasion pour le gouvernement de fixer des balises. »

Source : Le Devoir, 13 novembre 2009.

- Lire aussi : « De l’urgence d’une charte sur la laïcité », par Louise Beaudoin, députée du Parti québécois dans Rosemont, à l’Assemblée nationale du Québec.



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