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jeudi 9 septembre 2004
Pour en finir avec la violence conjugale, par Élaine Audet

Les médias, plus enclins à privilégier le sensationnalisme que l’action patiente menée quotidiennement par des centaines de femmes au Québec pour lutter contre la violence conjugale, ne s’attarderont peut-être pas au magnifique livre , des pas sur l’ombre, de Diane Trépanière, publié aux éditions du remue-ménage, il y a quelques mois. Ils auront tort, car il est rare que l’on puisse assister à une rencontre aussi réussie entre l’art et le militantisme. Une telle initiative a pu se réaliser grâce à Engrenage Noir, un organisme qui vise à créer des occasions de rapprocher la pratique de l’art tant de l’organisation communautaire que de l’activisme social et politique.

Il s’agit d’une œuvre originale, animée d’une profonde humanité, écrite à plusieurs voix, réunies et illustrées par Diane Trépanière de photographies-tableaux d’une qualité exceptionnelle. Cette artiste engagée, n’en est pas à ses premières armes, elle est l’auteure de plusieurs expositions dont un cri, un chant, des voix, une installation dédiée aux quatorze jeunes femmes tuées par la misogynie le 6 décembre 1989. Pour réaliser des pas sur l’ombre, elle a sillonné le Québec durant cinq mois, de l’Abitibi à la Côte-Nord, afin de recueillir le témoignage des intervenantes des maisons d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale ou en difficulté.

Elle voulait savoir ce qui les a amenées à choisir un travail si exigeant ainsi que les sentiments qu’il provoquait en elles. Elles lui ont parlé de gratification, de révolte, de frustration, de solidarité, d’espoir. De désespoir aussi devant l’indifférence de la société face à cette violence enracinée dans les rapports sexuels de domination que les stéréotypes de féminité et de virilité charriés par la culture entretiennent dès la plus tendre enfance. Il a fallu le meurtre de l’actrice Marie Trintignant, l’été 2002, pour attirer l’attention des médias sur le fléau de la violence conjugale et montrer que le désir de contrôle masculin et la jalousie meurtrière sévissent dans tous les milieux. Pour Marlène, 41 ans, "c’est pas de l’amour ça, c’est un meurtre, du contrôle car lorsqu’on aime on laisse vivre…"

Le livre rassemble les voix de plus de 300 intervenantes de 58 maisons d’hébergement ainsi que de femmes qui les ont appelées à l’aide. Elles y parlent de leur engagement, de leur définition du féminisme, de leurs conditions de travail et cherchent ensemble les raisons de cette violence honteuse, cachée dans la vie la plus intime du couple et de la famille, qui frappe aveuglément les femmes et les enfants. En dépit de tant de malheur, elles ont l’espoir de laisser des traces et de changer le monde.

Diane Trépanière a aidé ces "intervenantes à tout faire" à libérer leur voix par des ateliers d’écriture, qui lui paraissaient le meilleur moyen pour faciliter l’"exercice de dévoilement" auquel elle les conviait. Elle les a encouragées à utiliser la forme qui leur convenait le mieux, la prose, la poésie ou le style épistolaire. Même si elles disent leur révolte face à la destruction systématique de tant d’êtres humains par la violence conjugale, c’est, comme l’écrit Liette Brousseau, l’amour qui domine. "Car il faut aimer au-delà de tout pour continuer à aider les femmes à se reconstruire, à se redéfinir".

Pour Isabelle, 25 ans, "c’est difficile parfois dans nos maisons. Difficile de croire que nous ne faisons pas tout ça pour rien. Difficile de voir ces femmes retourner à leurs bourreaux et de voir la réalité de jeunes enfants à qui on a volé l’enfance. Difficile de se battre dans cette société où les féministes ne sont plus à la mode, où la plupart des gens croient que l’égalité entre les hommes et les femmes est chose faite et même que les femmes ont dépassé les bornes !"

Dans le silence de milliers de foyers québécois, 100,000 femmes sont annuellement victimes de violence conjugale, mais aucun gouvernement ne fait sienne la nécessité de mettre fin à cette violence révoltante et inacceptable. En 2002-2003, apprend-t-on, "69 maisons d’hébergement ont accueilli 4 530 enfants, dont plus de 80% avaient moins de 13 ans, et 6 399 femmes, dont la majorité étaient âgées de 18 à 40 ans.

Diane Trépanière, des pas sur l’ombre, Montréal, les éditions du remue-ménage, 2004.

Élaine Audet

Mis en ligne sur Sisyphe, le 7 septembre 2004.



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