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vendredi 4 août 2006
Créer des places dans les maisons de naissance, par Érika Leclerc-Marceau

Lettre adressée à M. Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec

Verdun, 15 juin 2006

À monsieur Philippe Couillard, Ministre de la Santé et des Services Sociaux,

Il y a 3 mois, je donnais naissance à ma fille à la maison de naissance de Pointe-Claire. Ce fut un moment formidable, incroyablement intense, rempli de respect, de support et de confiance. Selon moi, donner naissance demande d’abord et avant tout de la confiance et je sentais de la confiance de la part des gens qui m’entouraient. On était là pour moi, je pouvais me sentir à l’aise et prendre le temps qu’il fallait. Ça a pris 3 heures, ma fille est née sans complication. Je ne me considère pas exceptionnelle, je pense qu’on avait créé autour de moi un environnement sain, calme, sécuritaire, chaleureux et accueillant. Je n’étais pas malade, alors pourquoi aller à l’hôpital ? Accoucher, est-ce une maladie ? Les hôpitaux sont des lieux remplis de virus et de microbes où il y a menace de maladies, même pour des gens en santé.

L’approche des sages-femmes redonne aux femmes la confiance dont elles ont besoin pour accoucher. Cette façon de faire nous branche sur l’instinct tant pendant l’accouchement que pendant les premiers moments avec le bébé. Jamais mon mari et moi n’avons été séparés de notre enfant à la maison de naissance. Les liens se créent rapidement avec le bébé, on trouve et on sent vite ce qu’on doit faire en tant que parents quand nous sommes laissés à notre instinct.

Tout au long de la grossesse, les sages-femmes ont répondu à toutes mes questions et celles-ci étaient nombreuses. Ces femmes ont pris le temps. Je me suis sentie importante et valorisée. On m’a toujours traitée avec respect et considération avant, pendant et après l’accouchement. Le suivi auquel j’ai eu droit a été exceptionnel : ce n’est pas une infirmière inconnue qui s’est présentée chez moi pour les conseils d’allaitement, c’est plutôt ma sage-femme, celle qui m’avait suivie, que je connaissais déjà bien. Elle est venue deux fois à la maison et je l’ai revue deux fois à la maison de naissance. Ma fille avait 6 semaines à sa dernière visite. Elle s’est assurée que tout allait bien, m’a donné les conseils dont j’avais besoin et m’a écoutée. Je ne me suis jamais sentie seule et sans ressource. Du premier mois de grossesse jusqu’à ce que le bébé ait 6 semaines, je pouvais la joindre n’importe quand, de n’importe où, à l’aide de son téléavertisseur.

J’aimerais vous raconter une anecdote qui parle par elle-même… Enceinte de 7 mois, j’ai rencontré ma nouvelle voisine qui m’a demandé où j’allais accoucher. Quand je lui ai dit que j’allais en maison de naissance et elle m’a dit : « Un accouchement naturel ! T’es courageuse ! » Pourquoi un accouchement naturel serait-il un acte courageux ? N’est-il pas justement naturel ? Je crois que les hôpitaux déforment la nature réelle de l’accouchement sans avoir comme priorité de respecter les besoins de la femme. Quand j’apprends que l’hôpital de Sherbrooke a dépensé plusieurs centaines de milliers de dollars pour l’achat d’une trentaine de lits d’accouchement qui permettent aux docteurs d’être à la bonne hauteur pour accoucher leurs patientes, je me dis qu’on est loin d’avoir priorisé les besoins de la femme qui accouche.

Je trouve inacceptable qu’en 2006 les Québécoises n’aient pas véritablement le choix de leur lieu d’accouchement. On leur dit qu’elles ont le choix mais c’est un faux choix quand on sait qu’il existe une liste de 900 femmes en attente pour la maison de naissance de Côte-des-Neiges, qu’à Pointe-Claire ce n’est pas moins de 30 à 40 femmes par mois qui sont mises sur une liste d’attente et qu’il n’est pas possible d’accoucher avec une sage-femme dans toutes les régions du Québec. Je me sens privilégiée d’avoir eu une place en maison de naissance, mais n’est-ce pas là un droit ?

Je crois qu’il est impératif de répondre au besoin de ces femmes en créant plus de places en maison de naissance. De nouvelles maisons de naissance doivent être construites à travers le Québec pour répondre à la demande des femmes de toutes régions. De plus, on doit accroître le nombre de places dans la grande région de Montréal. Un accouchement en maison de naissance coûte moins de la moitié du prix d’un accouchement à l’hôpital. Il faut, selon moi, revoir la façon de subventionner les lieux de naissance.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 21 juin 2006.



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