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mardi 25 octobre 2005
Désaccord au sous-comité parlementaire canadien sur la légalisation de la prostitution, par Élaine Audet

Un article du Calgary Herald, publié le 11 octobre 2005, affirme que le sous-comité parlementaire pour l’examen des lois sur le racolage au Canada déposera bientôt un rapport recommandant la décriminalisation totale de la prostitution et du proxénétisme.

Selon le député conservateur, Art Hanger, membre du sous-comité, les quatre autres membres n’auraient nullement tenu compte de l’expérience désastreuse des pays qui ont décriminalisé ce commerce. Selon lui, les rapports en provenance d’Australie et de Nouvelle-Zélande montrent clairement que la décriminalisation totale de la prostitution renforce le contrôle du crime organisé sur la prostitution de rue, "terrorise" les quartiers, augmente la création de bordels illégaux, la victimisation des enfants et la traite pour fins de prostitution. "On refuse de voir le sort terrible réservé aux femmes prostituées et le danger que ce commerce fait courir à la société entière", déclare le député conservateur. "Ça change complètement la vie d’un quartier", ajoute-t-il, en citant des rapports qui démontrent que plusieurs quartiers sont confrontés à la prolifération de la prostitution et de la drogue, et de clients qui harcèlent les résidents.

En dépit de cette insupportable réalité, rapporte la journaliste du Calgary Herald, la députée libérale, Hedy Fry, membre du sous-comité, se déclare en faveur du changement des lois canadiennes qui, en criminalisant le racolage, victimiseraient les femmes qui choisissent de travailler comme prostituées. "Si une personne décide d’être prostituée, l’État se doit d’établir des règlements", déclare la députée de Vancouver, Libby Davies, qui se dit "désespérée de constater que le fait de gagner ce qu’il faut pour nourrir leur famille devient un crime pour les femmes prostituées". Elle pense qu’on ne peut considérer la prostitution d’un point de vue moraliste et qu’il faut trouver une solution à partir de ce qui se passe au Canada.

Les cinq membres du sous-comité, Art Hanger, député conservateur de Calgary NE, Hedy Fry, députée libérale de Vancouver Centre, Libby Davies, deputée de Vancouver Est du NPD, Paule Brunelle, députée de Trois-Rivières du Bloc Québécois, et le député libéral de Welland, John Maloney, qui présidait les travaux du sous-comité, présenteront le rapport du sous-comité de la Justice dans un mois, selon la députée Fry. Ceux et celles qui prônent la légalisation de la prostitution affirment qu’elle enrayera la violence envers les femmes prostituées et contrôlera la participation du crime organisé. L’objectif des tenant-es de la légalisation est le retrait du Code criminel canadien des lois concernant le proxénétisme, le racolage et les maisons de tolérance.

On a décriminalisé la prostitution en Nouvelle-Zélande en 2003, poursuit le Calgary Herald. Un rapport de juillet 2005 du Conseil municipal de Manukan affirme que le facteur de nuisance a grimpé et que le nombre de personnes prostituées a quadruplé en dépit des lois réglementant la localisation des bordels. "On s’attendait généralement à ce que la décriminalisation totale de la prostitution permettent de prostituer les personnes en toute sécurité dans des bordels réglementés et légaux. À Manukan, ce n’est pas ce qui est arrivé", peut-on lire dans le rapport.

L’État de New South Wales en Australie a décriminalisé la prostitution en 1995. Un rapport des analystes de l’Institut Maxim déclare que "la décriminalisation de la prostitution non seulement ne met pas fin aux problèmes inhérents à la prostitution mais contribue à les aggraver. Le rapport signale que 3700 enfants travaillent dans les rues, la majorité à Victoria et à New South Wales, où la prostitution a été légalisée. Il montre également que le taux de gonorrhée a ‘monté en flèche’ et que la drogue ‘imprègne’ 85% de l’industrie depuis qu’on a changé les lois en Australie. Pour sa part, la police de Nouvelle-Zélande déclare que le crime organisé contrôle plusieurs secteurs de la prostitution.

"J’aimerais avoir un autre angle sur la question", insiste Mme Fry, ajoutant qu’elle a déjà lu ces rapports. Elle rappelle que la députée néo-démocrate Davies a visité brièvement la Nouvelle-Zélande et l’Australie en août et que ses recherches sur le sujet l’ont amenée à une conclusion différente.

Le sous-comité a entendu les témoignages d’environ 200 personnes, dont plusieurs prostituées. Mme Fry affirme croire celles qui disent que "les proxénètes ne jouent pas un rôle important" dans l’industrie et que les femmes prostituées dans les agences d’escortes sont en sécurité. Selon elle, les prostitué-es de rue sont les plus exploitées et les plus vulnérables face aux prédateurs du fait qu’elles doivent souvent se réfugier dans les ruelles pour "faire une passe". Les bordels au Canada seraient contrôlés, poursuit Fry, qui préconise que seulement trois femmes travaillent dans chacun d’eux. Cependant, ni l’Australie ni la Nouvelle-Zélande n’ont pu arriver à un tel résultat.

Le fait que les employé-es des bordels paieraient des taxes n’est pas un argument valable pour le député Hanger : "Les municipalités locales récoltent les taxes. Ça fait d’elles des proxénètes. Est-ce cela que nous voulons ? Pourquoi le Canada veut-il subir les mêmes conséquences de la légalisation de la prostitution qu’aux Pays-Bas, en Australie et en Nouvelle-Zélande ? Leurs conseils municipaux ont hérité du problème parce que ce n’est désormais plus une question fédérale, policière ou criminelle", déclare Hanger, qui remettra un rapport minoritaire au ministre de la justice, Irwin Cotler.

Quatre membres du sous-comité auraient donc endossé les arguments de l’industrie du sexe et des groupes pro-prostitution sans tenir compte des nombreux témoignages de spécialistes et d’intervenant-es qui ont expliqué au sous-comité pourquoi le Canada doit éviter de suivre l’exemple des pays qui ont décriminalisé la prostitution et le proxénétisme. Il faudra attendre la sortie du rapport et la réaction du gouvernement pour en mesurer toutes les conséquences et déterminer le genre d’action à entreprendre pour barrer la route à cette légitimation sociale des rapports sexuels de domination.

Source : Linda Slobodian, "MPs at odds over legalizing prostitution", Calgary Herald, 11 octobre, 2005.

Sur les travaux du sous-comité, lire :

- Les compte-rendus des audiences..
- Le Canada s’apprête-t-il à libéraliser la prostitution ? et Trois positions dans le débat sur la prostitution, par Élaine Audet.
- OUI à la décriminalisation des personnes prostituées, mais NON à la décriminalisation de la prostitution, par Élaine Audet et Micheline Carrier. Position signée par plusieurs personnalités et intervenant-es engagé-es.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 17 octobre 2005.



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> Désaccord du sous-comité parlementaire canadien sur la légalisation de la prostitution, par Élaine Audet
18 octobre 2005, par Jamay



> Désaccord du sous-comité parlementaire canadien sur la légalisation de la prostitution, par Élaine Audet
18 octobre 2005, par Jamay   [retour au début des forums]

Je suis bouleversée... Je me sens impuissante. Comment le Canada peut-il étudier la possibilité de décriminaliser le proxénétisme ? Mxxxx, c’est la première fois de toute ma vie où je me sens plus près, moralement, des conservateurs...

Ce sentiment d’impuissance ne peut pas continuer... J’ai écrit, depuis belle lurette, à tous les députés et chefs de partis inimaginables. Que faire de plus ? Pourquoi n’allons-nous pas manifester, pourquoi ne pas nous afficher ?

[Répondre à ce message]

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