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Le voile est-il islamique ou non ?

4 mars 2010

par Abderrahmane Fraikech, avocat

L’onde de choc produite par la loi française sur l’interdiction du port des signes religieux dans les établissements scolaires publics n’a pas manqué de traverser l’Atlantique pour interpeller la société québécoise, francophone et francophile, sur le devenir de ses citoyennes porteuses du voile dit islamique.



Des voix se sont élevées ici et là, à la télé, à la radio ou dans la presse pour se demander si le Québec ne devrait pas sévir contre ce phénomène ou, pour les moins alarmés, s’il ne s’agit que d’une mode passagère, et enfin, pour les apôtres du multiculturalisme, si ce n’est qu’une nouvelle vague d’immigrants comme il y en a eu d’autres telles que les Sikhs ou les Hassidim, et que cela ne devrait déranger personne.

Je pense que la campagne menée en France pour ou contre ces signes religieux, sous-entendu, avouons-le, pour ou contre le voile dit islamique, a raté un grand rendez-vous historique en omettant de s’attaquer au coeur du problème, à la question cruciale qu’il fallait débattre et trancher avant toute autre question. Je dirais même que cela aurait pu rendre service non seulement à l’Islam en France mais à l’Islam tout court.

En effet, tout le monde en France et d’ailleurs, même dans les pays musulmans, se demande si ce fameux voile est forcément islamique ! S’agit-il vraiment d’une obligation religieuse ? Car si la réponse était négative, le problème aurait été posé autrement ainsi que les solutions.

Étant appelé inéluctablement à prendre position, tôt ou tard, sur cette question, ne serait-ce qu’au niveau des écoles, le Québec ne devrait pas faire l’économie de cette interrogation préjudicielle afin de ne pas tomber dans la même omission qu’en France.

Le sens du mot "voile"

Pour parler le même langage et éviter toute confusion possible, nous sommes tenus, tout d’abord, de déterminer le sens du mot "voile". Tout d’abord, force est de constater que la traduction du mot arabe "hijab" par "voile" n’est pas exacte, car le terme adéquat est "rideau". Le mot "voile" devrait traduire "nikab" ou "khimar", car le nikab et le khimar sont, comme le voile, une pièce d’étoffe servant à cacher le visage.

Donc, le hijab, utilisé récemment par les islamistes, n’est pas non plus approprié, puisqu’il ne désigne ni ne signifie ce fichu dont certaines musulmanes se sont couvertes la tête récemment. J’insiste sur "récemment", car le phénomène n’est apparu qu’avec l’avènement de Khomeiny et la propagation du wahabisme grâce aux pétrodollars, et aussi, il faut le souligner, à la complaisance de l’Occident qui trouvait dans ces doctrines rigoristes le meilleur rempart contre l’extension du communisme, voire même contre la gauche et les progressistes du monde arabe.

D’où vient le mot "hijab" ?

On trouve le terme hijab par huit fois dans le Coran. Sans obéir à un ordre chronologique quelconque, on pourrait les citer comme suit :

- Au chapitre 7, verset 46, le hijab est cité pour désigner la muraille qui sépare les gens du Paradis de ceux de l’Enfer. Il n’est pas question donc de "voile" islamique ni même de femmes.

- Au chapitre 38, verset 32, le hijab a signifié le soleil voilé quand Salomon a été distrait de la prière du crépuscule par la revue de ses chevaux, et a ressenti des remords d’avoir omis de prier avant que le soleil ne se voile. Il n’est pas là non plus question de voile islamique ni de femmes.

- Le chapitre 41, verset 5, informe les mécréants koraichites (habitants de la Mecque) que les voies du Message leur sont impénétrables à cause d’un hijab (rideau) qui les sépare du Prophète. Là encore il ne s’agit que de mécréants, hommes et femmes, et d’un voile qui sépare des antagonistes.

- Le chapitre 17, verset 45, ainsi que le chapitre 83, verset 15, reprennent pratiquement les mêmes termes que précédemment.

- Le chapitre 42, verset 51, où Dieu nous informe qu’étant invisible, Il ne s’adresse à l’Homme que par messager interposé ou derrière un hijab. Ici, c’est Dieu lui-même qui se voile et non la femme.

- Au chapitre 19, verset 17, l’isolement volontaire de Marie, au moment de la gestation, est considéré comme un hijab la protégeant des regards des siens. Une fois que Jésus est né, Marie n’est plus cachée ou voilée.

Enfin, on arrive au huitième et dernier verset citant le mot hijab et qui dit, au chapitre 33, verset 53 :

    "Vous qui croyez, n’entrez dans les appartements du Prophète que si vous êtes conviés à un repas (et dispensez-vous) d’attendre (à l’extérieur) que le repas soit confectionné. Après avoir mangé, dispersez-vous sans chercher avec familiarité (un sujet) de conversation. En vérité, cela nuit au Prophète qui a honte (de vous blesser), mais Dieu n’a pas honte de la vérité. Quand vous demandez (à ses épouses) quelque chose, adressez-vous à elles derrière un rideau. (HIJAB DANS LE TEXTE) C’est plus décent pour vos coeurs et pour les leurs. Vous ne devez pas offenser l’envoyé de Dieu, ni jamais épouser ses femmes après lui. Ce serait une énormité auprès de Dieu." (Traduction de Cheikh Si Boubakeur HAMZA, "Le Coran", édition Fayard / Denoël, 1972).

Ce verset concerne effectivement les femmes, mais pas n’importe quelles femmes. Il vise clairement les mères des croyants qui ne sont autres que les femmes du Prophète, auxquelles on doit respect, et que l’on ne peut prendre pour épouses, veuves ou divorcées, puisque le Coran leur a octroyé le titre de mères de tous les croyants.

Du respect de l’intimité à la ségrégation des femmes

En effet, à l’époque de ce verset, la petite maison modeste du Prophète jouxtait sa mosquée, ce qui lui permettait, après la prière du soir qui est la cinquième et dernière de la journée, de passer d’un édifice à l’autre par une porte mitoyenne, mais ses disciples lui emboîtaient le pas pour partager son souper et deviser avec lui et sa famille, ce qui l’incommodait fort quand il désirait s’isoler avec ses femmes. Ces intrusions n’étaient pas non plus du goût de Omar, bras droit du Prophète et deuxième Khalife de l’Islam, connu pour son extrême sévérité envers les femmes, contrairement au messager de Dieu qu’il trouvait trop indulgent envers elles.

Ces va-et-vient ont connu leur paroxysme à l’occasion du mariage du Prophète avec Zaineb, fille de Jahch, connu pour sa volupté, quand ses compagnons ont manqué de délicatesse en s’attardant sur les lieux après la noce, sans toutefois remarquer l’impatience de leur hôte de se retrouver avec sa nouvelle élue.

Pour mettre fin à cette intolérable situation, le message divin est intervenu par le verset intitulé "verset du hijab" afin d’assurer à la maison du Prophète un minimum d’intimité, en ordonnant de pendre un rideau sur la porte mitoyenne, ce qui n’a pas manqué de donner, du même coup, satisfaction à Omar.

Aussi, les rigoristes musulmans, mais également les misogynes, soucieux de maintenir la femme dans l’avilissement, ont usurpé le terme hijab, cité par ce fameux verset dans des circonstances bien déterminées, pour le coller arbitrairement à ce fichu de tissu, même si l’appellation n’est pas exacte, et même si les destinataires du message divin sont exclusivement des hommes, en l’occurrence les compagnons du Prophète, et que les seules concernées sont les femmes de celui-ci.

Par cette démarche biaisée, on a ainsi décrété que le port du fichu, appelé abusivement hijab, est une obligation religieuse en Islam et, bien entendu, celles qui s’avisent d’ignorer cette règle sont considérées comme impies par les tenants de cette aberration.

Des interprétations arbitraires

Pour étayer leur dogme, les défenseurs de ce hijab évoquent d’autres citations coraniques et des propos attribués au Prophète, et interprétés avec le même arbitraire intellectuel, mais que l’on peut contredire aisément. En fait, ces gens considèrent la femme comme étant une « fitna », mot arabe qu’on pourrait traduire par trouble, éblouissement, envoûtement à la fois. Ils la considèrent également « aaoura », mot arabe difficile aussi à traduire, mais qui signifie partie honteuse du corps humain. Adam a découvert sa aaoura, et l’a cachée quand il a croqué dans la pomme. Aussi pour éviter aux hommes la fitna, et pour ne pas regarder la aaoura, il y a lieu donc de voiler la femme. Ainsi, un cheveux d’une femme est une partie honteuse.

Le hijab n’est donc nullement une obligation religieuse et encore moins islamique, car toutes les femmes du monde ont porté, à un moment ou un autre, une coiffe, qui diffère selon les régions, le climat ou la mode, et qu’elles s’empressent de troquer contre une coiffure de leur choix à la première occasion d’émancipation. Le seul aspect religieux qu’on pourrait attribuer quelquefois à ces fichus, et toujours dans toutes les sociétés du monde, se limite aux règles de pudeur dans les lieux du culte.

En conclusion, on peut avancer que la pratique répandue du voile islamique, au cours de ces dernières années, tient davantage à des causes conjoncturelles que religieuses. Le phénomène vise essentiellement à pousser les islamistes de tout bord à revendiquer partout l’intrusion du religieux dans le domaine politique !

Que deviendrait alors la laïcité, voire la raison ?

Mis en ligne le 21 mai 2008

Abderrahmane Fraikech, avocat


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