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Candidature de Pauline Marois
L’intérêt supérieur de la nation

16 septembre 2005

par Ginette Pelland, professeure et écrivaine

Les réalisations sociales et politiques objectivement vérifiables de Pauline Marois font en sorte qu’elle dépasse à l’évidence d’au moins une tête tous les autres candidats à la chefferie du PQ. Récemment, un sondage a incidemment fait état de l’appui de 80% de la population québécoise à l’élection éventuelle d’une femme Première Ministre. Cela signifie toutefois que, malgré les progrès accomplis à ce jour, la discrimination en raison du sexe se porte très bien chez au moins 20% de la population. Ce n’est pas rien, considérant notamment qu’en politique, chaque vote compte.

Lors d’une élection générale, 50% des gens qui votent au Québec sont des femmes. A mon sens, il est plus que temps qu’une femme de talent exerce ici le leadership politique au plus haut niveau, si tant est que l’accès à l’égalité ne relève pas de voeux pieusement hypocrites. Mme Marois a plus que les qualités et compétences nécessaires pour assumer la plus haute responsabilité politique et constituer de ce fait pour les femmes québécoises un modèle qui stimulera leur implication à tous les niveaux d’exercice du pouvoir social.

La chose est connue et vérifiée, c’est malheureusement dans les hauts-lieux du pouvoir qu’on retrouve les derniers bastions de la résistance machiste. Pour justifier la persistance de la représentation inégale quant au sexe, en politique notamment, on avance encore candidement l’idée que le pouvoir n’intéresse pas les femmes, ce pourquoi elles seraient si peu nombreuses à l’exercer. A ce sujet, il faudrait bien relire John Stuart Mill, philosophe et parlementaire britannique : dans De l’asservissement des femmes, il faisait ressortir l’inanité de l’argument selon lequel les femmes auraient pour ainsi dire une propension naturelle à aller vers certains métiers, choix de carrière et activités sociales prévus pour elles, comme par hasard, propension qui expliquerait leur absence des lieux de pouvoir.

Mill, qui a lui-même présenté en son temps, au 19e siècle, un projet de loi au Parlement britannique pour promouvoir la possibilité de vote des femmes, montre bien l’impact et la force qu’exercent les préjugés ambiants sur les choix de vie des personnes. Dans cette optique, il lui apparaît plus qu’évident que les femmes ont hélas traditionnellement intégré et suivi les diktats idéologiques prévalents dans les sociétés occidentales et qui allaient dans le sens de les écarter systématiquement de toute responsabilité sociale et politique. Or, l’idéologie n’a rien à voir avec une propension naturelle des femmes à opter pour telle ou telle forme d’existence sociale, mais elle influence grandement les choix qu’elles font.

Il faut certainement beaucoup d’assurance personnelle pour agir à l’encontre des préjugés reçus et s’inscrire en faux contre la discrimination machiste persistante dans notre société. Dans cette perspective, la classe politique doit servir l’intérêt supérieur de la nation, expression notamment chère à M. Bernard Landry, notre ex-premier ministre et chef du Parti Québécois. En ce sens, ceux qui oeuvrent et militent dans les partis politiques doivent avoir à coeur de faire cesser une fois pour toutes la discrimination sexiste, par exemple en choisissant une femme compétente comme chef politique.

Aux Etats-Unis, le "White House Project" travaille activement à faire accéder des femmes au plus haut niveau du pouvoir politique. Qu’y a-t-il de semblable au Québec, au Parti québécois ? On le sait, ceux qui exercent généralement le pouvoir politique et ceux qui y aspirent sont très souvent des gens qui ont une formation en droit. Ils ne sauraient donc invoquer l’excuse irrecevable de l’ignorance de la loi et prétendre ne pas connaître l’esprit et la lettre des programmes d’accès à l’égalité.

Présentement, le Parti québécois a une fort belle occasion de faire la preuve de son ouverture d’esprit en cette matière et de saisir la chance qu’il a de pouvoir se donner comme chef la seule candidate en lice à la chefferie. Est-ce donc à ce point difficile de reconnaître le mérite supérieur d’une femme ?

Si le PQ tient réellement à rajeunir son image, il doit démontrer qu’il n’a plus rien à faire avec une vieille garde idéologique machiste qui n’envisage pour les femmes que des seconds rôles d’humble service pour la cause. Ce sont précisément les relents vicieux d’une telle idéologie qui propagent l’image d’une Marois tracassière, qui aurait eu le culot d’exiger une course à la chefferie du PQ, présentant par la suite sa candidature avant tout le monde en exprimant la fierté de ses réalisations sociales et politiques. Mais pourquoi diable aurait-elle honte de sa propre excellence ?

Venir à bout du sexisme qui sévit encore largement dans les hauts-lieux du pouvoir relève indéniablement des intérêts supérieurs de la nation québécoise. Cet objectif transcende les chicanes entre les individus et les groupes politiques, de quelque allégeance qu’ils soient. Les membres du Parti québécois sont-ils bien conscients de la chance historique qu’ils ont actuellement, celle de porter au pouvoir la meilleure candidature à la chefferie de leur parti, celle d’une femme ?

De la même auteure : La vie politique devant soi.

Ginette Pelland, est l’auteure de l’ouvrage L’Homophobie : un comportement hétérosexuel contre nature, Québec-Amérique, 2005, qui sera disponible en librairie à partir du 21 septembre.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 16 septembre 2005.

Ginette Pelland, professeure et écrivaine

P.S.

Suggestions de Sisyphe

- L’intérêt supérieur de la nation
-  Le Parti québécois a besoin d’une femme, dit Marie Malavoy, Le Devoir et La Presse canadienne, 10 septembre 2005.
- Dure charge de Lebel contre Marois et Boisclair, La Presse canadienne, 10 septembre 2005.
- Appuis à Pauline Marois
- Pour une "vraie" nouveauté au PQ
- Le site de Pauline Marois




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