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La poète québécoise Hélène Dorion reçoit le prix Mallarmé

30 octobre 2005

par Élaine Audet

Le Prix de poésie de l’Académie Mallarmé vient d’être décerné à Hélène Dorion, pour son recueil Ravir : les lieux, publié en France aux Éditions de La Différence. C’est la première fois depuis sa création en 1937 que cette prestigieuse « société de gens de lettres » récompense un auteur québécois.

Née à Québec en 1958, Hélène Dorion a fait des études universitaires en philosophie et en littérature. Elle a publié une trentaine de recueils, dont Les Retouches de l’intime (Noroït, 1987), Les Corridors du temps (Forges, 1988), l’Issue, la Résonance du désordre (Noroît, 1994), D’argile et de souffle : poèmes choisis (Typo, 2002), qui lui ont valu de nombreux prix.

Directrice littéraire des éditions du Noroît de 1991 à 1999, elle a collaboré à de nombreuses publications et ses livres ont été édités et traduits dans une douzaine de pays. Au fil du temps, elle est devenue l’ambassadrice de la poésie québécoise en France, comme l’a été Gaston Miron à une autre époque.

Hélène Dorion est une des poètes les plus accomplis de sa génération. Cette poésie philosophique et méditative, rigoureuse et sensible, est d’une grande richesse intérieure. Ses thèmes de prédilection sont le passage du temps, l’intime tension entre l’infime et l’infini, et une insatiable quête d’absolu.

Peut-être n’ai-je qu’un désir
de vivre l’univers entier
à travers toi n’ai-je qu’une histoire
marcher du désastre au commencement

La terre tourne et la vie
le sait-elle
qui reste là
dans la pièce vide.

(Les Corridors du temps, 1988)

Quelque chose de toi vivrait
plus longtemps que toi
cette ligne brisée du désir
où disparaît le désir
j’ai pris des notes des scènes
de la vie où tu circules
toujours il y a cet aujourd’hui
qui détache ton ombre du silence
et reconduit ton corps
dans la vie privée de la phrase

(Revue Arcade, 1996)

Quel visage, dans l’arc du ciel
trace l’aube, traverse, silencieux
le fleuve de mes pas ? Quel visage
porte mon âme sur l’arête de sa vie ?

Peut-être ainsi passons-nous
par l’infini corridor
de notre errance et l’au-delà
en partage telle une eau bue
À même l’obscur qui relie

J’adviens entourée de vide
et de plénitude, je passe
comme passe la pierre enfouie.

(Portraits de mers, 2000)

Mis en ligne sur Sisyphe, le 25 octobre 2005.

Élaine Audet


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