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Dossier prostitution - Importants développements à l’échelle internationale

1er juin 2008

En 1999, en Suède, après dix ans de lobbying auprès de l’ensemble des partis politiques de ce pays, le mouvement féministe suédois a réussi, il y a 9 ans, à obtenir que l’État sanctionne non les personnes en situation de prostitution mais celles qui les exploitaient : trafiquants, proxénètes et prostitueurs (« clients »). Elles ont aussi obtenu la mise en place de mesures de soutien concret permettant réellement aux femmes d’échapper au milieu : fermeture des dossiers criminels, ressources de désintoxication, programmes facilitant d’accès des femmes au revenu, au logement, à l’instruction, à l’emploi et à du counseling, au besoin. Une campagne publicitaire a systématiquement dissuadé les hommes de devenir des prostitueurs, au pays comme à l’étranger. Résultat : une baisse marquée de l’emprise de l’industrie du sexe en Suède, preuve qu’un monde sans prostitution est possible quand on s’organise pour le réclamer.

Depuis, des recherches-actions se multiplient sur les préjudices réels causés aux femmes par la prostitution et de plus en plus de collectivités et d’États adoptent des mesures similaires, en appui aux femmes après avoir constaté l’échec des expériences de libéralisation extrême de l’industrie. Ce mouvement s’accélère à l’échelle internationale, donnant tort aux pessimistes. En voici quelques exemples, diffusés récemment par la Coalition Against the Trafficking of Women et par d’autres sources féministes sur Internet :

Parlement européen, fin mai - La Commission sur la prostitution forcée et la traite des femmes à des fins d’exploitation sexuelle du Parlement européen va être interpellée à sa réunion du 26 mai au sujet des risques de trafic et de prostitution forcée à l’occasion d’une compétition internationale de football - l’UEFA Euro 2008 - tenue en Autriche et en Suisse à compter du 7 juin 2008.

Japon, 17 mai - La coalition au pouvoir du Parti libéral démocratique et du parti New Komeito vient de déposer un projet de loi qui vise à contrer la prostitution des mineurs en faisant de la possession de pornographie juvénile une infraction criminelle. On prévoit cependant que le parti d’opposition, le Parti libéral du Japon, qui dit préparer sa propre version d’une telle loi, bloquera l’adoption du projet de loi gouvernemental.

Allemagne, 17 mai - La coalition gouvernementale du Parti démocrate chrétien et des Sociaux-Démocrates veut faire adopter d’ici l’automne 2009 un projet de loi qui ferait une infraction criminelle de rapports sexuels avec les personnes retenues de force dans une situation de prostitution. La prostitution est légale en Allemagne mais beaucoup de femmes sont amenées de l’étranger et maintenues de force dans des bordels par la nécessité de « rembourser » de prétendus frais de recrutement. L’État veut menacer de sanctions non seulement les trafiquants et les proxénètes mais les hommes qui utilisent ces femmes sans tenir compte de signes évidents de leur état de captivité.

Inde, mai 2008 - Les autorités indiennes étudient actuellement une réforme de la législation en matière de traite et de prostitution. Le projet de loi de 2006 portant sur la réforme de la loi relative à la traite immorale (prévention) [Immoral Trafficking (Prevention) Amendment (ITPA) Bill 2006] propose des changements importants dans un certain nombre de domaines, parmi lesquels la dépénalisation de la prostitution pour les femmes prostituées et la pénalisation de l’achat de femmes prostituées. Des groupes tels qu’Apne Aap Women Worldwide, une organisation dirigée par des survivantes, née en 1998 sous la forme d’une initiative locale destinée aux femmes prostituées des bas fonds de Mumbai, ont fait du plaidoyer en faveur des changements proposés. Ils doivent toutefois faire face à une opposition croissante à la disposition qui pénaliserait les acheteurs, contenue dans l’article 5C du projet de loi.

Pays-Bas, le 16 mai - Le gouvernement néerlandais, qui a légalisé la prostitution en 2000, vient d’annoncer son intention de criminaliser le recours des acheteurs de sexe à des prostituées non dûment enregistrées, en vue de combattre la traite. L’exigence de s’enregistrer pour les femmes auprès de l’État n’était respectée que par les principaux bordels et services d’« escortes », ce qui laissait le champ libre aux trafiquants. Les clients pourront demander à voir le certificat en question. La ville d’Amsterdam applique des mesures semblables depuis plusieurs années dans sa lutte contre la traite des femmes.

Colombie-Britannique, le 18 mai - La Presse canadienne rapport que, selon le Cedars Project, une enquête menée entre 2003 et 2005 auprès de 605 Autochtones de Colombie-Britannique, 69% des femmes et 31% des hommes avaient subi au moins une agression sexuelle au cours de leur enfance et celles et ceux à qui c’était arrivé étaient presque deux fois plus susceptibles que le reste du groupe d’avoir ensuite passé par la prostitution. La responsable principale de l’étude, la Dre Patricia Spittal, rapporte que l’élément le plus troublant découvert par son équipe était l’âge moyen de la première agression subie : six ans. Vingt-sept pour cent des personnes ainsi agressées n’en avaient jamais parlé à personne et 48% d’entre elles disent avoir été agressées sexuellement à nouveau par d’autres personnes au cours de leur vie.

Estonie, 16 mai - Les experts demandent un renforcement de la coopération dans le cadre de l’aide aux victimes de la traite. Le réseau Nordique/Baltique, qui rassemble des experts de la traite, gouvernementaux et des ONG, s’est réuni à Tallinn (Estonie) les 15 et 16 mai 2008. Les principaux succès du projet pilote Nordique/Baltique, dont le but est d’améliorer l’aide et le soutien aux femmes victimes de la traite dans un but d’exploitation sexuelle, ont été évalués et mis en avant durant cette réunion du réseau. Ce projet pilote de trois ans est unique à bien des égards : il est régional, il implique les huit pays nordiques/de la Baltique, et il s’appuie sur une coopération renforcée entre les ONG, la police, les autorités judiciaires et les autorités publiques. De plus, c’est le seul projet régional à cette échelle à se concentrer sur l’assistance aux femmes victimes de la traite. Pour en savoir plus, contactez la directrice du projet, Malin Björk ou surfez sur la page.

Colombie-Britannique, 15 mai - Le ministre de la Santé Tony Clement a annoncé l’ouverture d’un centre de désintoxication de 20 lits destinés aux femmes en situation de prostitution du quartier Downtown Eastside de Vancouver. C’est un élément d’un plan quinquennal fédéral de 111 millions $ de la lutte contre la drogue. Installé sur deux étages de l’ancien Hôtel Roosevelt, l’établissement offrira aux femmes quittant la prostitution des soins de santé mentale et un traitement de désintoxication d’une période de six à neuf mois après quoi elles auront accès à des logements à loyer modique. Les 10 millions de fonds fédéraux consacrés à la Colombie-Britannique serviront également à mettre sur pied une équipe de suivi intensif dans le milieu comptant 12 personnes et s’occupant de psychiatrie, médecine, soins infirmiers, traitement et réhabilitation. Cette équipe entend assurer 24 heures par jour de l’aide à quelque 70-75 personnes de la collectivité aux prises avec les plus sévères incapacités fonctionnelles, qui les tiennent à distance des ressources normales en soins de santé.

Espagne, 12 mai - Le chef de police de la ville de Coslada, près de Madrid, a été arrêté avec 30 de ses subalternes cette semaine après avoir été dénoncé pour traite de personnes, trafic de drogue et racket de protection par 5 Roumaines en situation de prostitution. Elles ont révélé que ces hommes et leurs amis de la mafia organisaient régulièrement des orgies dans les clubs de nuit de Coslada. On a trouvé beaucoup d’argent et d’armes à feu non enregistrées chez les accusés, tandis que les Roumaines ont eu droit à un programme de protection des témoins et à de nouvelles identités. L’Espagne est avec le Portugal une des principales portes d’entrée du trafic des femmes vers l’Europe aux fins de prostitution.

États-Unis, 12 mai - Un programme de réduction de la demande, axé sur une sensibilisation aux conséquences de la prostitution des hommes faisant l’objet d’une première arrestation pour sollicitation de services sexuels, le First Offender Prostitution Program, de San Francisco, démontre une baisse marquée de la récidive chez les sujets. Les candidats jugés admissibles se voient offrir le choix entre le dépôt d’accusations contre eux et ce programme (payant) d’une journée. Le programme résulte d’un travail commun de l’organisation Standing Against Global Exploitation, d’autres ONG et des services de police et du procureur général de San Francisco. Pour Infos.

États-Unis, le 6 mai - Une recherche de grande envergure vient d’être publiée au sujet de la traite à des fins sexuelles de femmes et de jeunes filles dans la région de Chicago. Menée par le Schiller DuCanto & Fleck Family Law Center du DePaul University College of Law cette étude porte sur 100 jeunes femmes de moins de 25 ans. Elles étaient toutes sous la coupe d’un proxénète. Intitulée « Domestic Sex Trafficking of Chicago Women and Girls », l’enquête a été rendue possible par une subvention de la Chicago Foundation for Women. On a examiné les stratégies et niveaux de coercition utilisés pour recruter ces femmes et les retenir contre leur gré dans l’industrie. On a comparé cette dynamique de la traite intérieure aux méthodes de la traite internationale de femmes amenées dans la région de Chicago. « Comme face aux victimes de la traite internationale, a dit Madame Jody Raphael, avocate et chercheure principale, il faut mettre en oeuvre des solutions alternatives aux accusations, condamnations et peines de prison imposées à ces femmes. » Elle a entre autres recommandé la mise à leur disposition de ressources en services sociaux et en logement, financées adéquatement. L’étude a notamment constaté que :

  • L’âge moyen du début d’engagement systématique en prostitution des répondantes était 16,4 ans.
  • 33 pour cent de l’échantillon étudié était entrée en situation de prostitution entre 12 et 15 ans et 56 pour cent à 16 ans ou avant.
  • Les tactiques de recrutement utilisées étaient souvent identiques à celles des trafiquants internationaux, y compris de la violence (20 pour cent des cas), de la coercition (35 pour cent) et de fausses promesses (57 pour cent).
  • Une fois les femmes recrutées, la violence à leur égard augmentait graduellement, ainsi que le nombre de clients auxquels elles devaient vendre chaque jour et le nombre de régions où elles devaient se rendre pour vendre leurs services : ainsi, 28 pour cent d’entre elles ont été transportées vers d’autres États, aussi éloignés que la Californie et la Floride. « Les données recueillies justifient que les jeunes femmes contrôlées par des proxénètes soient considérées au même titre que des victimes de violence conjugale nécessitant une aide pour quitter le milieu, » a précisé Madame Raphael.

    Écosse, avril 2008 - Un rapport de recherche vient d’être publié sur la base d’entrevues réalisées avec 110 hommes acheteurs de femmes en situations de prostitution, en Écosse. Jan MacLeod, Melissa Farley, Lynn Anderson et Jacqueline Golding signent « Challenging Men’s Demand for Prostitution in Scotland », cette étude de 40 pages qui reflète un souci croissant de problématiser la demande plutôt que l’offre dans les interventions face à la prostitution. Pour les auteures, « l’acceptation de la prostitution fait partie d’un ensemble d’attitudes nocives qui encouragent et justifient la violence faite aux femmes. Des comportements violents envers les femmes ont été associés aux attitudes qui encouragent les hommes à croire qu’ils ont droit à un accès sexuel aux femmes, qu’ils disposent d’une sorte de permis d’agression sexuelle. » En plus de chercher à mieux cibler des interventions anti-demande, l’étude a exploré les attitudes de ces acheteurs à l’endroit des femmes en général, et notamment des femmes en situation de prostitution.

    Royaume-Uni, 8 mai - « Vous entrez comme client ; vous en sortez comme violeur. » Une campagne publicitaire provocatrice, diffusée sous forme d’affichettes en Grande-Bretagne dans les salles de toilette masculines, confronte les hommes à la réalité du trafic des femmes à des fins d’exploitation sexuelle en invitant ceux-ci à dénoncer eux-mêmes les situations de prostitution où des femmes sont retenues contre leur gré.

    Afrique subsaharienne, le 9 mai - Un rapport vient d’être publié dans la revue Science par des chercheurs de la School of Public Health de l’Université Harvard, aux USA. Le chef de cette équipe, le Dr Daniel Halperin, dénonce l’argent gaspillé en campagnes de promotion du port du condom et de recherche d’un vaccin alors que des résultats démontrent une efficacité bien plus grande - pour réduire les infections transmises sexuellement, y compris le sida - de la circoncision masculine et des efforts de réduction du nombre de partenaires sexuelles chez les hommes. Une campagne intitulée « Zero Grazing » (Couraillage Zéro) a entraîné, en 1987 en Ouganda, une baisse de moitié du nombre de gens signalant des partenaires multiples ou occasionnel-les. Plus de 12% des adultes ont le sida dans neuf pays du sud de l’Afrique.

    Nouvelle-Zélande - Un rapport récent de commission d’enquête sur les effets d’une décriminalisation instituée en NZ en juin 2003 révèle que des femmes travaillant en bordels sont parfois forcées de pratiquer des actes sexuels contre leur gré, et que la prostitution de rue n’a pas baissé du fait de reconnaître des « bordels légaux ». Les mineur-es sont plus susceptibles de se retrouver dans la prostitution de rue. Dans les bordels où les femmes étaient maltraitées par les proxénètes, ces conditions ne se sont pas améliorées du fait de la légalisation.

    Norvège, avril 2008 - Le gouvernement norvégien s’apprête à mettre en oeuvre sa promesse de rendre illégal l’achat de services sexuels, tout en amnistiant de toute poursuite les personnes en situation de prostitution, comme en Suède. Le parti travailliste avait adopté cette résolution sur division il y a un an. « Les gens ne sont pas une marchandise, a déclaré le ministre de la Justice Knut Storberget, et la criminalisation de l’achat de services sexuels rendra la Norvège moins intéressante pour les trafiquants de personnes. »

    Luxembourg, mars 2008 - Le Conseil National des Femmes du Luxembourg (CNFL) se prononce en faveur d’une législation agissant directement sur la demande de "services sexuels". Le ministère de l’Égalité du Luxembourg installera une affiche dans les abribus et sur les panneaux dans les stationnements, le long des routes, etc., afin de sensibiliser la population au fait que la prostitution alimente la traite des femmes et des enfants. Cette affiche dit : « Se payer une personne prostituée, c’est financer le commerce d’êtres humains. » Lire plus d’information sur le Luxembourg.

    Pour s’abonner aux informations diffusées par la CATW, visiter son site Internet ou lui adresser un courriel avec « help » dans la ligne Objet.

    Source : Martin Dufresne

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 31 mai 2008.




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