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Réponse à Lysiane Gagnon
Laïcité au Québec - Protéger les valeurs fondamentales propres à l’Occident démocratique

18 mars 2010

par Pierre K. Malouf, écrivain

L’auteur répond à l’article de Lysiane Gagnon, « La laïcité pure et dure », publié dans La Presse du 17 mars 2010.



Chère Madame Gagnon,

Je n’y suis pour rien dans la rédaction du manifeste Pour un Québec laïque et pluraliste, mais on m’a fait l’honneur de m’inviter à me joindre au noyau fondateur. Cela étant, je vous écris aujourd’hui à titre personnel. Personne ne m’a autorisé à parler en son nom.

Dans votre chronique d’aujourd’hui, vous faites part de votre perplexité. Vous dites que le manifeste reconstruit le passé. Je réponds que c’est l’histoire « officielle » qui l’avait déconstruite. Le manifeste se contente de rétablir les faits. Les véritables progrès accomplis au Québec depuis cent cinquante ans sont dus pour la plupart à des individus qui n’appartenaient pas au courant cléricaliste ou nationaliste. S’agissant de laïcisation progressive de notre société, le manifeste ne pouvait que prendre acte. Les auteurs auraient pu mentionner, et vous faites bien d’en parler, Jean-Charles Harvey. Mais aussi Louis Fréchette, Honoré Beaugrand, Jean-Louis Gagnon, Thérèse Casgrain, etc. De fait, le manifeste, sans nier qu’il ait pu en exister, ne mentionne aucun héros nationaliste et ne présente comme appât aucun des poncifs identitaires qu’on nous sert habituellement pour établir la différence entre les autres et « nous ». C’est voulu, Mme Gagnon.

Vous écrivez : « Il est tout aussi intrigant de voir les Bernard Landry, Yves Martin et Guy Rocher sortir l’ancien premier ministre Adélard Godbout du placard... » Vous auriez pu vous étonner davantage de l’apparition de Télesphore-Damien Bouchard. Il y eut en effet peu d’hommes politiques québécois plus anti-nationalistes que le fondateur et premier président d’Hydro-Québec, qui, devenu sénateur, prononça un retentissant discours dans lequel il dénonçait la « Patente » (Ordre de Jacques-Cartier) et ses accointances avec l’Église et le pouvoir séculier. Pourquoi ne pas vous étonner aussi que Bernard Landry, Yves Martin, Guy Rocher, Robert Comeau, Andrée Ferretti, Jean-François Lisée aient accepté d’accoler leurs noms à ceux de fédéralistes et anti-nationalistes notoires comme Marc Angenot, Jocelyn Coulon ou Daniel Laprès ? La réponse est simple : le combat pour la laïcité concerne TOUS les Québécois, qu’ils soient indépendantistes ou fédéralistes, de gauche ou de droite, catholiques, juifs, musulmans ou athées. Ces personnes se rassemblent pour protéger les valeurs fondamentales propres à l’Occident démocratique, qui sont mises en danger par le fondamentalisme religieux. Tant mieux si ces valeurs correspondent à ce qu’on a coutume d’appeler les valeurs québécoises, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit en l’occurence.

Il n’est pas dit dans le manifeste qu’actuellement l’islamisme (je dis bien l’islamisme et non pas l’islam) est plus menaçant que l’intégrisme catholique ou le judaïsme ultra-orthodoxe. Cela n’est pas dit mais n’en est pas moins vrai. Le phénomène est nouveau en Occident, le Québec n’est pas épargné. Le reste du Canada et les États-Unis non plus, sans parler de l’Europe... Cela dit, le renforcement de la laïcité ne mécontentera pas que les Frères musulmans égarés chez nous (tout en réjouissant par ailleurs la plupart des musulmans, qui en ont marre des imams jihadistes). L’interdiction de la prière dans les assemblées municipales, le décrochage du crucifix de Maurice Duplessis à l’Assemblée nationale, l’interdiction du port du hidjab pour toutes les employées de l’État dans les cours de justice, les hôpitaux, les écoles ; la mise hors la loi du niqab et de la burka dans les institutions publiques ; la fin des subventions aux écoles privées qui font de l’enseignement religieux, et, surtout, la mise à la poubelle du funeste programme Éthique et culture religieuse, feront sans doute bien des malheureux et des malheureuses. Il n’empêche que toutes ces mesures sont nécessaires. Je ne doute pas qu’il sera difficile de les imposer et parfois pénible de les appliquer. Mais en à peine trois jours, notre manifeste a récolté trois fois plus de signatures que le Manifeste pour un Québec pluraliste en deux mois et demi. N’en déplaise aux laïcistes mous et pluralistes flous comme MM. Daniel Weinstock et Georges Leroux, des Québécois de toutes obédiences et de toutes origines disent aujourd’hui qu’il faut cesser de tergiverser.

Pierre K. Malouf, écrivain,
signataire du manifeste Pour un Québec laïque et pluraliste

- Pour lire et signer la Déclaration Pour un Québec laïque et pluraliste, voir cette page.

Pierre K. Malouf, écrivain

P.S.

- Signer aussi en ligne l’Appel pour une charte de la laïcité au Québec.




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