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La nécessaire laïcisation de l’éducation au Québec

10 avril 2011

par la Centrale des syndicats du Québec

La mise en place de structures scolaires confessionnelles s’est opérée au milieu du XIXe siècle, après la défaite des Patriotes qui emportait du même coup leur projet d’école laïque. Le compromis historique entre les représentants de la Couronne britannique et ceux des Églises a conduit à la reconnaissance d’une double structure confessionnelle, l’une pour les catholiques, l’autre pour les protestants, à une époque où langue et religion étaient presque synonymes. Ces protections furent par la suite incluses dans l’Acte de l’Amérique du Nord britannique afin de garantir aux groupes minoritaires le contrôle de leurs institutions éducatives.

La société québécoise a bien évolué depuis. Les protections linguistiques se sont peu à peu substituées aux protections religieuses. Les diverses institutions se sont sécularisées. La diversité religieuse s’est accrue, conséquence de l’immigration certes, mais aussi d’une liberté beaucoup plus grande. De telle sorte que la confessionnalité scolaire s’oppose désormais à une école publique commune qui favorise l’intégration sociale et qui respecte la liberté de conscience et de religion reconnue par les chartes.

La laïcisation des structures scolaires et de l’école publique s’impose comme une condition d’intégration sociale. Il devient de plus en plus difficile de justifier les privilèges conférés historiquement aux catholiques et aux protestants et le Québec ne peut se permettre de voir se développer une multitude de petites « sociétés distinctes » en fonction des croyances religieuses de ses citoyens.

Ainsi donc, la confessionnalité des institutions scolaires publiques constituera, sans nul doute, un des enjeux majeurs des États généraux sur l’éducation annoncés par le gouvernement. Un large débat sur le sujet est désormais inévitable dans l’ensemble de la société québécoise. Or, le sujet, admettons-le, demeure délicat. Tout devra être mis en oeuvre pour créer une démarche et un environnement qui soient respectueux des convictions - à cette profondeur, il s’agit bien plus que d’opinions - mais qui soient aussi garants de décisions démocratiques.

    Confronté quotidiennement à une diversité ethnoculturelle croissante, le personnel de l’éducation de la grande région montréalaise s’affirme très favorable à la laïcité.

La consultation que vient de mener, pour son compte et à son échelle, la Centrale de l’enseignement du Québec a permis de prendre conscience des évolutions à ce chapitre, mais aussi des divergences et des confusions qui subsistent. Par rapport à une démarche de même nature menée à la fin des années soixante-dix, cette consultation a révélé à quel point les mentalités et les opinions avaient évolué. La société québécoise a profondément changé et c’est sans doute ce qu’exprime l’opinion majoritaire du personnel de l’éducation en faveur de la laïcité.

Toutefois, d’importantes divergences d’opinion subsistent toujours entre les milieux, notamment entre les centres urbains et les régions, et même à l’intérieur de chaque milieu. Ainsi, confronté quotidiennement à une diversité ethnoculturelle croissante, le personnel de l’éducation de la grande région montréalaise s’affirme très favorable à la laïcité alors que dans les régions plus homogènes, on manifeste des réserves plus ou moins grandes. D’importantes confusions demeurent, notamment quant aux notions de liberté religieuse et de décision majoritaire, la première devant, selon certains, être soumise à la seconde. Langue française et religion catholique sont parfois placées sur le même pied et identifiées, comme autrefois, à la culture québécoise ; on sait pourtant que si une démocratie peut décider de la langue commune des institutions publiques, les croyances religieuses, quant à elles, relèvent des convictions personnelles et ne sauraient être imposées.

Par ailleurs, un peu partout, de nombreux témoignages sont venus confirmer les problèmes que pose la confessionnalité scolaire en regard du respect de la liberté de conscience et de religion des enseignantes et des enseignants, mais aussi des élèves. En principe, cette liberté de conscience est admise, mais on accepte souvent de « faire semblant » plutôt que de compliquer la vie de l’école ou de se voir marginalisé.

Étant donné le rôle central que la CEQ et ses membres jouent en éducation et l’importance de leur point de vue sur une question aussi fondamentale, j’ai choisi de présenter dans les pages qui suivent tous les éléments nécessaires à la compréhension de la position adoptée récemment en faveur de la laïcité. Je m’attarderai d’abord à la démarche elle-même, à son origine, aux inévitables tensions que le débat a suscitées. Puis je m’appuierai directement sur le document qui supportait cette consultation pour présenter les orientations retenues et les arguments à leur soutenance ; j’aborderai alors successivement les changements qu’implique la laïcisation des structures scolaires et des écoles publiques et le sens à donner à une école laïque.

Une longue démarche

Tout a commencé en septembre 1993, alors que la CEQ soumettait à la consultation de ses affiliés un énoncé de politique sur l’éducation interculturelle. On y affirmait notamment que « la fréquentation de l’école commune par les enfants des divers groupes ethnoculturels est un élément central de l’éducation interculturelle et un des meilleurs moyens d’assurer la diffusion de la culture commune »(1). Notant que la confessionnalité encourageait la ségrégation de plusieurs façons, on proposait que les commissions scolaires et les écoles soient structurées sur une base linguistique et que le curriculum comprenne un enseignement culturel sur les diverses religions. Le texte précisait que l’enseignement religieux confessionnel devait relever des Églises et des familles.

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Mis en ligne sur Sisyphe, le 4 avril 2011

la Centrale des syndicats du Québec


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