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Le mouvement masculiniste - dit "des droits des hommes" - ment à propos des femmes

31 janvier 2013

par Mark Potok et Evelyn Schlatter, Southern Poverty Law Center

Des misogynes appartenant aux mouvements des droits des hommes et des pères ont élaboré un ensemble de prétentions à propos des femmes en appui à l’image qu’ils donnent d’elles comme des menteuses violentes et des manipulatrices des hommes. Certains suggèrent que les femmes agressent les hommes, même sexuellement, dans la même proportion que les hommes agressent les femmes. D’autres prétendent qu’un grand nombre de viols signalés par les femmes - jusqu’à la moitié, voire plus - sont de fausses allégations visant à détruire des hommes qu’elles n’aiment pas ou à s’approprier un avantage dans des litiges de garde d’enfants.

Voici un bref aperçu de certaines de ces prétentions en regard de ce qu’indiquent réellement les meilleures données scientifiques disponibles.


Prétention No 1 : Les militants des droits des hommes affirment souvent avec insistance que les hommes sont victimes de crimes et de violences sexuelles en proportion égale aux femmes, sinon plus. Cette affirmation vise à soutenir leur prétention que les tribunaux et les lois favorisent outrancièrement les femmes.

La réalité : Une étude d’envergure menée en 2010 par le National Center for Injury Prevention and Control, affilié aux Centers for Disease Control, dément complètement ces allégations. Selon cette étude, la proportion de femmes ayant été violées atteint aux États-Unis presque une femme sur cinq (18,3%), en regard d’une proportion de un sur 71 (1,4%) chez les hommes. Non seulement cela, mais plus de la moitié (51,1%) des femmes victimes de viol ont déclaré que leur agresseur était un partenaire intime : un conjoint ou un partenaire actuel ou ancien, ou une fréquentation. Selon une étude réalisée en 2000 par le ministère de la Justice, les femmes victimes de viol ont aussi été environ deux fois plus susceptibles que les hommes victimes de viol d’être blessées à l’occasion de l’agression (31,5% contre 16,5%), même si beaucoup de femmes n’ont pas physiquement résisté à leur(s) agresseur(s) par peur d’être blessées.

Dans l’ensemble, les études menées ont noté que la majorité (64%) des violences de toutes sortes infligées aux femmes provenait de partenaires intimes actuels ou anciens, alors que ce n’était le cas que d’environ un sixième (16,2%) des hommes. Les femmes étaient aussi beaucoup plus susceptibles d’être traquées et harcelées que les hommes (16,2% contre 5,2%) ; les deux tiers (66,2%) des harceleurs criminels des femmes étaient d’actuels ou anciens partenaires intimes, comparativement à quatre sur dix pour les hommes (41,4%). Pour ce qui est de la violence conjugale, une étude menée en 2005 par le ministère américain de la Justice a également constaté que, entre 1998 et 2002, 84% des victimes d’un conjoint étaient des femmes, comme l’étaient 86% des victimes d’une fréquentation. Les hommes représentaient 83% de tous les meurtriers d’une épouse et 75% des meurtriers d’une fréquentation.
 


Prétention No 2 : Dans un autre effort pour montrer que les hommes sont victimes de discrimination, beaucoup de masculinistes affirment que les femmes attaquent les hommes tout autant que les hommes attaquent les femmes, si ce n’est plus. Le site Web MensActivism.org est l’un des nombreux forums où ils critiquent ce qu’ils appellent « le mythe que les femmes sont moins violentes que les hommes ».

La réalité : Les groupes masculinistes citent souvent à l’appui de leur prétention le travail de Deborah Capaldi, une chercheuse du Oregon Learning Center. Capaldi a effectivement trouvé que les femmes étaient parfois les initiatrices de violence conjugale, bien que les femmes impliquées dans des relations de violence réciproque fussent plus susceptibles que les hommes de subir des blessures graves. Mais Capaldi s’est contentée de n’étudier qu’un sous-ensemble très particulier de la population – les jeunes à risque – plutôt que l’ensemble des femmes, ce qui invalide toute prétention que ses conclusions méritent une application générale.

En fait, l’étude menée en 2000 par le ministère de la Justice des États-Unis a constaté que la violence exercée contre les femmes et les hommes était majoritairement d’origine masculine. Neuf femmes sur 10 (91,9%) à avoir été agressées physiquement depuis l’âge de 18 ans avaient été attaquées par un homme, alors que seulement une victime masculine sur sept (14,2%) avait été agressée par une femme. De façon semblable, toutes les femmes victimes de viol repérées dans l’étude avaient été attaquées par un homme, alors qu’un tiers seulement (35,8%) des victimes de sexe masculin avaient subi l’agression sexuelle d’une femme.
 


Prétention No 3 : À en croire les masculinistes, près de la moitié, voire plus, des agressions sexuelles déclarées par des femmes n’auraient jamais eu lieu. Des sites comme Register-Her.com, qui se spécialise dans la diffamation de femmes dont on allègue qu’elles ont menti au sujet de leur viol, sont des piliers de différentes versions de cette prétention. De telles affirmations sont parfois lancées par des hommes impliqués dans des litiges judiciaires de garde d’enfants.
 


La réalité : Cette prétention, qui a acquis une certaine crédibilité ces dernières années, est surtout basée sur un article paru en 1994 dans les Archives of Sexual Behavior, où Eugene Kanin a conclu que 41% des allégations de viol sur lesquelles portait son étude étaient « fausses ». Toutefois, la méthodologie de Kanin a été largement critiquée, et ses résultats ne concordent pas avec la plupart des autres résultats publiés. La recherche de Kanin s’est limitée à une seule ville non identifiée du Midwest américain, et il n’a pas précisé les critères dont se sont servis les policiers pour décréter qu’une allégation était fausse. La ville a notamment imposé ou menacé d’imposer le test du polygraphe à toutes les plaignantes, une pratique maintenant discréditée dont on sait qu’elle amène beaucoup de femmes à abandonner leur plainte, même quand celle-ci est faite de bonne foi. En fait, la plupart des études qui suggèrent des taux élevés de fausses accusations comportent une erreur clé : elles assimilent les signalements classés par la police comme « sans fondement » à de faux signalements.

La vérité est que les rapports classés comme non fondés comprennent très souvent ceux pour lesquels aucun élément de corroboration n’a pu être trouvé ou la victime a été considérée comme un témoin peu fiable (souvent à cause d’un usage de drogue ou d’alcool ou en raison d’un contact sexuel précédent avec l’agresseur). Ils comprennent également les cas où les femmes retirent leur plainte, souvent en raison d’une crainte de représailles, de méfiance envers le système juridique ou de l’embarras causé par la consommation de drogue ou d’alcool.

Les meilleures études, celles où les allégations de viol ont été étudiées en détail, suggèrent un taux de faux signalements compris entre 2% et 10%. La plus complète de ces études, menée par le Home Office britannique en 2005, a conclu à un taux de fausses accusations de viol de 2,5%. La meilleure enquête menée aux États-Unis, « Making a Difference » (2008), a évalué ce taux à 6,8%.

- Texte original : "Men’s Rights Movement Spreads False Claims about Women", Intelligence Report, Spring 2012, Issue Number : 145.
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Traduction : Martin Dufresne

©Tous droits réservés Southern Poverty Law Center, mai 2012.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 11 janvier 2013

Mark Potok et Evelyn Schlatter, Southern Poverty Law Center


Source - http://sisyphe.org/article.php3?id_article=4352 -