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Lorraine Pagé trace un tableau de la situation des femmes dans le monde

7 octobre 2016

par Micheline Carrier

Quelques centaines d’aîné-es de l’arrondissement Ahuntsic à Montréal ont une bien belle façon de passer leur mercredi après-midi.

L’Alliance culturelle d’Ahuntsic leur propose des activités passionnantes, qui n’ont pas de culturelles que le nom : conférences sur une variété de sujets - politique, arts visuels, histoire et autres-, prestations musicales, films, etc. Et présentés par des invité-es de grande compétence.

(Évidemment, les activités ne sont pas réservées aux aîné-es ni à aux résident-es de cet arrondissement, mais la majorité des personnes qui les fréquentent sont dans cette catégorie et de ce quartier.)

Le mercredi 28 septembre, l’Alliance culturelle a accueilli Lorraine Pagé, conseillère municipale de Montréal (Arrondissement Ahuntsic), qui avait intitulé sa conférence : "La condition des femmes dans le monde".

La conférencière a pris pour point de départ une déclaration de l’ONU, en 1993, sur la nécessité d’appliquer aux femmes les cinq grands droits fondamentaux reconnus à l’être humain :
- la sécurité,
- la liberté,
- l’intégrité,
- la dignité
- l’égalité.

Lorraine Pagé n’a pas manqué de souligner, au passage, que l’ONU est une organisation qui met bien du temps à agir. 1993, c’est relativement récent, et c’est 18 ans après l’Année internationale des femmes décrétée par la même ONU.

La conférencière a averti son auditoire (200 personnes environ) qu’il serait peut-être découragé à la fin de son exposé. Mais, a-t-elle ajouté, cela peut être aussi un déclencheur pour l’action.

Elle a présenté, sans complaisance, en une heure 45 minutes une synthèse remarquable de la plupart des crimes contre les femmes et des atteintes à leurs droits fondamentaux, en citant des exemples de différents pays, y compris les pays occidentaux. Féminicide, prostitution, traite des personnes, violences physiques et sexuelles, esclavage domestique, négation des droits civils et civiques, tutelle imposée aux femmes, mariages forcés, crimes d’honneur, port du voile imposé sous peine de mort dans certains pays, obstacles à l’éducation, à l’action politique, image corporelle imposée, tout y a passé.

C’était clair, précis et passionnant. Ni relativisme ni tergiversation. On parlait ici de droits universels, et la conférencière a éteint en passant quelques mythes sur la liberté et la responsabilité des femmes dans leur situation.

Par exemple, dans la prostitution, des études démontrent, a dit Lorraine Pagé, que la grande majorité des femmes y sont entrées vers l’âge de 14 ans, et les principaux facteurs qui les y ont plongées sont la drogue et la misère. Ce ne sont pas les hommes pauvres des pays développés qui prennent l’avion pour pratiquer le tourisme sexuel en Thaïlande, a-t-elle dit, ce sont les hommes riches des pays occidentaux.

Elle a donné aussi l’exemple de l’Iran où l’ayatollah Khomeini, qui a délogé le Shah du pouvoir par une révolution, s’est empressé de supprimer les droits des femmes et d’imposer le voile sous peine de sanctions allant jusqu’à la lapidation.

Pour ce qui est des femmes en politique, la conférencière a noté que les femmes représentent 7% des chefs d’État dans le monde, mais aucun pays n’a jamais fait élire un nombre égal de députées et députés. Rares sont les Parlements qui ont atteint et encore moins dépassé 30% de députées. Ce n’est pas parce que la population n’y est pas favorable, mais parce que les partis dominés par des hommes ne présentent pas suffisamment de femmes candidates.

Lorraine Pagé a identifié et développé trois grands facteurs responsables de la situation des femmes dans le monde :
- le néolibéralisme,
- les cultures et lois patriarcales,
- les intégrismes religieux.

Elle a mentionné que ces crimes et restrictions des droits expriment de la haine contre les femmes.

Elle a conclu que, si des hommes vivent des situations de discriminations, à celles-ci s’ajoutent pour les femmes toutes celles qu’elle a exposées. Ce sont les hommes qui dictent les règles dans tous les domaines, a-t-elle rappelé, et le féminisme est toujours nécessaire.

Des propos doux à l’oreille d’une féministe, en dépit du tableau d’ensemble désolant sur les femmes dans le monde.

Des groupes militants inviter Lorraine Pagé à ranimer la flamme féministe de leurs membres... Ne serait-ce que pour rappeler à celles qui sont tentées par la facilité du relativisme, que les droits sont universels et que le féminisme l’est aussi.

*

Si les activités de l’Alliance culturelle d’Ahuntsic vous intéressent, voici son site.

Mercredi prochain, 5 octobre, il y aura une matinée musicale avec un pianiste et une violoniste réputés. Mercredi, le 12, Michèle Ouimet de La Presse parlera de l’Afghanistan, où elle est allée huit fois, et parlera aussi de son roman.

Et ainsi de suite. À ne pas manquer notamment : "Les écrivains et l’opéra", avec Pierre Vachon, le 2 novembre ; "La condition féminine en Russie et en URSS", le 9 novembre ; "Du nomadisme au féminisme, la voix des femmes résonne toujours", avec Michèle Audette, le 16 novembre, et plusieurs autres sujets au cours des semaines suivantes.

Je n’ai pas parlé des cours que propose l’Alliance culturelle d’Ahuntsic. Sur l’histoire, la musique, les arts, la science, la littérature. Je vous les laisse découvrir dans le programme sur le site de l’organisme.

Pour celles et ceux qui ne détiennent pas la carte de membre annuelle (40$) de l’Alliance culturelle d’Ahuntsic, le coût d’entrée à la conférence est de 10$.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 28 septembre 2016

Micheline Carrier


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