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vendredi 6 mars 2009

Être féministe et faire route ensemble

par Marcela Villalobos Cid, avocate et militante






Écrits d'Élaine Audet



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Quand je me suis posée la question à savoir comment je suis devenue féministe et pourquoi je le suis encore, mon cœur et ma tête se sont mis à mijoter, à faire une relecture de l’expérience vécue jusqu’à aujourd’hui. Je me considère comme une jeune femme qui est train de devenir une adulte féministe, et ce, avec les incohérences qui m’accompagnent.

Il faudrait commencer par le début. Qui suis-je ? Et d’où je viens ? Je suis une femme mexicaine qui a grandi dans une famille de classe moyenne, très traditionnelle, dans un État très conservateur et très hypocrite du Mexique. J’ai 30 ans. Dès mon adolescence, j’étais engagée dans des mouvements de jeunes, dans le combat pour la justice sociale dans un contexte de théologie de la libération. Je suis avocate et, pendant quelque temps, je me suis engagée dans le domaine des droits humains au Chiapas et à Oaxaca.

Le premier rôle de femme que j’ai connu était celui de ma mère. Ma mère est une femme extraordinaire, une personne de parole et d’action. À la maison, il n’y avait pas de différences : mon père et mes frères devaient participer aux tâches ménagères et aux services.

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Marcela et sa mère

Ma mère n’a pas fait de « grandes études », par choix, elle a décidé de rester à la maison, chose qui ne l’a pas empêchée de s’engager au sein de la communauté, plus précisément auprès des femmes exclues, des femmes paysannes de chez nous. Elle a collaboré à un projet appelé « Travail avec dignité » qui consistait à monter un programme permettant aux femmes de disposer d’un revenu indépendant de celui de leur mari. Ce projet offrait aussi des ateliers sur la santé et la régulation de naissances, car les femmes de la campagne étaient fatiguées de ne pas avoir le droit de décider combien d’enfants elles voulaient. Chose qui a amené à une confrontation direct avec les maris.

Ce qui m’a toujours frappée, c’est que ma mère, critique et tolérante à la fois, était une femme engagée au quotidien. Elle a aussi été le soutien de mon père, sa complice et sa compagne. L’une venait compléter l’autre et vice versa. Disons donc qu’à la maison la table était mise pour que je puisse faire mon bout du chemin.

Je pense aussi à un groupe de femmes qui m’a interpellée profondément quand j’étais à l’université : les femmes zapatistas. Des femmes qui étaient dans la marge, parce qu’elles étaient indigènes, mais qui se sont organisées pour résister et pour lutter. Les femmes zapatistas ont pris conscience des besoins de leur milieu et ont décidé de trouver des solutions alternatives. Elles ont créé des coopératives, elles ont organisé des ateliers de médecine traditionnelle et des ateliers de régulation de naissances, elles ont lutté pour avoir le droit de se promener d’un village à l’autre afin de visiter leur famille. Ce qui me frappe chez ces femmes, c’est qu’elles accomplissent ce travail de résistance quotidien en plus de leurs tâches régulières. Il me semble que la résistance de ces femmes est très créative et remplie de vie, elles ne viennent pas « voler » ou « enlever » la place des hommes, au contraire, elles travaillent pour avoir une condition de vie égale.

Je suis arrivée à Montréal, il y a six ans, et pendant ces années je peux dire que j’ai commencé à devenir de plus en plus féministe grâce à la rencontre de femmes d’ici qui me sont significatives. Parmi ces femmes, il y a des Québécoises de souche, de nouvelles arrivantes, des Néo-Québécoises, toutes constituent une belle et riche mosaïque de langues, de cultures, de couleurs, de luttes, de résistances et de récits de vie. Ces femmes font partie de la Collective L’Autre Parole, de l’Entraide Missionnaire, des féministes radicales du groupe Sorcières, des jeunes féministes de Toujours Rebelles et j’en passe. Ces femmes m’ont invitée à voir le monde d’une autre manière, à faire partie d’un féminisme fort, fier, influent et pluriel, à poser des actions concrètes pour essayer de construire un monde où l’égalité, la paix, la solidarité, la justice et la sororité seront le pain quotidien.

Je ne peux pas dire que j’aie terminé mon évolution sur la voie du féminisme. J’y suis engagée profondément au quotidien, je deviens féministe un peu plus chaque jour, mais pas toute seule, en faisant partie d’une collectivité. Dernièrement, je me sens très interpellée par l’éco-féminisme et je commence à en apprendre davantage sur ce sujet.

Si je décide d’être féministe et de faire route avec les autres féministes, c’est parce que je préfère être de ce côté de la barrière, apprendre et me tromper que de rester bien confortable dans une certitude qui n’amène pas à bouger ni à changer les choses.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 4 mars 2009


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Marcela Villalobos Cid, avocate et militante

Avocate, l’auteure a étudié également en développement économique et communautaire à l’Université de Concordia. Elle travaille comme agente de pastorale sociale dans le quartier centre-sud de Montréal. Ses engagements rejoignent des itinérant-es, enfants, adolescent-es et immigrant-es. Elle travaille aussi auprès des travailleurs saisonniers agricoles. Elle s’intéresse à la justice sociale et à l’éducation populaire parce qu’elle croit qu’« Un autre monde est possible » et, ajoute-t-elle, nécessaire et urgent.



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