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mardi 2 décembre 2003


Au Cameroun
Viols et mariages précoces ou forcés

par Billé Siké, sociologue






Écrits d'Élaine Audet



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Billé Siké est sociologue en hydraulique villageoise au Cameroun et co-fondatrice de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes/Filles (ALVF). Fonctionnaire, elle est affectée dans le Nord du Cameroun et c’est dans le cadre de son travail qu’elle a pu créer l’antenne de l’ALVF dans cette région. Elle travaille souvent sur le terrain et n’a pas toujours accès à Internet. Quand elle y a accès, il lui en coûte cher. Elle voudrait pourtant diffuser les objectifs et les résultats de son travail afin de sensibiliser le plus de gens possible à la situation des femmes camerounaises forcées au mariage précoce ou violées.

C’est dans ce contexte que je lui ai proposé un espace sur Sisyphe et de mettre en ligne les données qu’elle me transmettra occasionnellement. On comprendra que ces données soient présentées ici de façon schématique. Je lui ai également proposé de diffuser dans mes réseaux les données relatives au travail du Centre Vie Femmes. Modeste contribution à l’amélioration à long de terme des conditions de vie de nos consœurs camerounaises. Micheline Carrier

DOSSIER


LES FEMMES DU CAMEROUN VICTIMES DE VIOL ET DE MARIAGES PRÉCOCES OU FORCÉS

Portrait des survivantes de mariages précoces ou forcés et de viol

Elles s’appellent Aminatou, Aïssatou, Maîmouna, elles viennent au Centre Vie de Femmes de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes (ALVF), à Maroua, province de l’Extrême-Nord du Cameroun. Pour les deux premiers trimestres 2003 (janvier-juin ), le Centre de Vie des Femmes (CVF) a reçu 91 filles encadrées et suivies par une assistante sociale. 90 de ces cas ont connu ces pratiques.

Les mariages précoces et forcés ainsi que les viols sont des pratiques à l’encontre des filles de cette région et sont soutenues par le gouvernement.

Leurs racines : le système patriarcal

Leurs causes : confusion entre la religion musulmane et la tradition, la mauvaise interprétation de la religion, la dignité du père, l’honneur de la famille. Elles sortent des familles pauvres (parce que les familles envoient leurs filles à l’école).

Ces filles vivent dans le Grand-Nord du Cameroun, région où on subit la confusion entre religion musulmane et tradition peule. Cette région est sous l’influence d’une mauvaise interprétation du Coran qui vise à maintenir la femme sous la domination de l’homme.

Ces filles sont :

- âgées de 15-25 ans quand elles arrivent au Centre Vie de Femmes de
l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femmes
- abandonnées par leurs conjoints
- analphabètes
- démunies
- exclues des prestations offertes par le milieu
- envoyées en mariage/concubinage entre 10-15 ans
- abandonnées par leurs conjoints en état de grossesse ou avec 1, 2, 3 enfants en charge
- mariées sans acte d’état civil
- elles n’ont pas d’acte de naissance
- elles n’ont pas de carte nationale d’identité
- leurs enfants n’ont pas d’acte de naissance
- elles sont violées régulièrement
- elles ont épousé leur père
- elles sont répudiées régulièrement
- elles changent régulièrement de partenaire
- elles sont exposées au VIH/SIDA
- elles ne votent pas
- leurs besoins pratiques : entrer en possession de la pension alimentaire après répudiation, malheureusement elles ne sont pas couvertes par une loi

Leurs intérêts stratégiques :

- connaissance de leurs droits
- application des lois
- mise en place des lois adaptées à leurs besoins

Les données présentées ici sont les résultats du projet réalisé par l’ALVF sur le terrain.

Mission de l’association dans la région : éliminer la pratique des mariages précoces et forcés, viol, sous-scolarisation de la fille, vih/sida, excision dans la région.

Objectifs :

- Offrir aux victimes un encadrement et un suivi efficaces et efficients
- Amener les victimes, leurs parents, les hommes et les femmes à lutter contre ces pratiques et ces fléaux

ACTIVITÉS :

- encadrement et suivi des victimes
- recherche-action
- lobbying

Activité 1 : encadrement et suivi des femmes/filles victimes de
mariages précoces et forcés viol

Résultats obtenus au 1er et 2ème trimestre 2003 :

- 91 cas suivis et encadrés
- 26 familles familles des victimes rencontrées
- types de violences identifiées : mariages précoces et forcés, viol, détournements de mineures, conflits conjugaux, exploitation des biens d’une veuve
- 90% des cas traités sont des mariages précoces et forcés, viol
- versement des frais de prise en charge des victimes par certains partenaires au Centre Vie de Femmes sans actes de mariages
- un groupe de clientes suivi au centre mis sur pied en association et encadré (ce groupe a même déjà bénéficié de l’encadrement économique d’une autre roganisation partenaire)
- prise de conscience individuelle des victimes

Stratégie

- recrutement d’une assistante sociale
- centre ouvert 15 heures par semaine
- counselling
- formation des victimes en empwerment
- formation du personnel du centre en intervention féministe et en genre
- développement du partenariat
- utilisation et application des lois
- utilisation de l’intervention féministe et les approches genre
- visites à domicile
- mettre la femme au centre du questionnement de l’analyse
- faire participer les parents à l’analyse
- accompagnement de la victime dans son choix

Difficultés rencontrées

- manque de moyens financiers pour le recrutement d’une assistante sociale 40h/semaine
- manque de formation et équipement pour la mise en place d’un système de banque de données
- centre peu fonctionnel par manque de personnel
- membres peu disponibles
- personnel insuffisant
- refus des victimes d’aller au bout de leur choix
- préjugés qui poussent les victimes à refuser l’idée de crédits
- mauvaise connaissance de l’association
- mauvaise connaissance des prestations du centre

Perspectives

- élaboration des projets
- recrutement du personnel
- promotion des activités du centre
- formation des victimes sur leurs droits
- formation du personnel du centre
- création d’un cadre de concertation des structures d’encadrement des jeunes
- mise en place d’une stratégie de valorisation sociale des clientes du Centre Vie de Femmes

Activité 2 : recherche-action sur les mariages précoces et forcés, viol

Résultats

- les besoins pratiques des survivantes de ces pratiques sont connus : la prise en charge de leurs grossesses ou des enfants par leurs conjoints ;
- leurs intérêts stratégiques sont connus :

    application de la loi sur le viol ; application de la loi sur le mariage" la fille ou le garçon peut se marier à l’âge de 18 ans ; loi sur le mariage inadaptée "mais la fille peut se marier à 15 ans avec son consentement et celui de ses parents" or à cet âge, la fille est encore petite ; on ne lui demande même pas son point de vue, encore moins celui de sa maman ; donc cette partie de loi est discriminatoire", loi inadaptée parce que ces filles vivent en concubinage ; il n’y a aucune loi sur le concubinage au Cameroun.

- en laissant célébrer ce genre de mariage au niveau traditionnel, nous constatons que l’Etat camerounais accepte le concubinage, d’où la nécessité d’une loi ;
- le portrait d’une survivante de mariages précoces et forcé, viol est connu
- la racine de cette pratique : le système capitalo-patriarcal
- les causes :

    . les lois discriminatoires
    . lois non respectées
    . le vide juridique
    . loi non appliquée
    . confusion entre la religion musulmane et la tradition peule
    . mauvaise interprétation des saintes écritures
    . la tradition : l’honneur du père, la dignité de la famille>br> . la pauvreté de la famille : région où l’exploitation de l’homme par l’homme est criante
    . préférence du petit garçon que de la petite fille
    . le refus d’envoyer la petite fille à l’école
    . l’exclusion de la maman au moment de la prise de décision d’envoyer la petite fille en mariage

Conséquences

- pauvreté de la femme
- taux élevé d’analphabètes chez les femmes
- VIH/SIDA taux de prévalence élevé chez les filles
- rapports inégaux entre l’homme et la femme
- grossesse précoce et indésirée
- avortement clandestin, taux élevé
- taux de mortalité et morbidité maternelles élevé
- accouchement par césarien
- traumatisme de l’appareil génital
- déformation de l’utérus
- décès de la fille
- répudiation abusive
- partenaires multiples
- besoins des filles identifiés en matière de leurs droits
- dénonciation de ces pratiques par les femmes
- pas de mobilisation collective

Stratégies

- mettre la femme au centre du questionnement au cours de l’analyse dans l’intervention féministe
- utilisation des outils genre
- présence dans différentes rencontres organisées par les femmes ou pour les femmes
- enquêtes

Difficultés rencontrées

- pas de formation en recherche-action
- pas de personnel disponible pour approfondir la recherche
- manque de moyens pour les publications des résultats
- observations
- etc.

Perspectives

- avoir un groupe de consultants/tes pour la tenue des séances de causeries éducatives dans le centre
- création d’un centre de santé spécifique aux adolescents/tes
- faire de l’éducation à la citoyenneté : former les filles de 18-25 à voter mais à voter utile
- tenir une banque de données sur les violences faites aux filles dans la province de l’Extrême-Nord du Cameroun.

Activité 3 : lobbying

Résultats

- adhésion des leaders religieux musulmans à collaborer avec l’ALVF
- adhésion d’un groupe de professionnels/les à a travailler avec l’ALVF
- adhésion de certaines structures gouvernementales et privées à collaborer avec l’ALVF
- cas envoyés au centre de l’ALVF par ces structures
- taux de fréquentation du centre augmenté

Stratégies :

- entretiens individuels
- entretiens de groupes
- organisation des séances de travail
- édition des brochures sur les sujets suivants :

    . importance pour une femme d’avoir une carte nationale d’identité
    . importance pour une femme d’avoir un acte de mariage
    . importance pour une femme d’avoir un acte de naissance
    . l’utilité d’envoyer une fille à l’école


- organisation des séances de causeries éducatives dans les quartiers, au centre de l’ALVF ? au centre de la jeunesse islamique
- célébration des journées commémoratives
- organisation des journées de réflexion sur les violences faites aux filles
- tenue des séances de travail avec des professionnels/les qui agissent comme consultants/tes
- développement du partenariat

Difficultés rencontrées

- préjugés
- manque de personnel
- manque de moyens financiers
- manque de temps pour les membres

Perspectives

- formation en montage de gros projets et en recherche de financement
- création d’un réseau formel de professionnels et consultants
- création d’un réseau de jeunes volontaires (10-25 ans) pour lutter contre ces pratiques
- création d’un club de réflexion sur les lois
- vulgarisation des instruments internationaux
- faire adopter des lois appropriées aux besoins des filles
- formation des membres en techniques de lobbying
- formation des membres et personnel en genre et droits de la fille/femme
- organisation des ateliers dans le département du Logone et Chari (localité où l’on pratique l’excision) sur "approches genre dans la lutte contre les mariages précoces et forcés, viol sous scolarisation de la fille, VIH/SIDA, excision".

TÉMOIGNAGE
L’histoire de la "mère des jumelles"

Les autres filles l’appelaient comme ça dans le Centre. Ses parents l’ont mariée précocement à 13 ans, sous prétexte qu’ils n’avaient pas d’argent pour financer ses études. Elle venait d’être admise en classe de 6ème et au Certificat d’Etudes Primaires.

Leur beau-fils avait promis de laisser la "mère des jumelles" poursuivre ses études après le mariage. Malheureusement, monsieur n’a pas tenu sa promesse. Quelques années plus tard, elle rentre dans sa famille avec deux enfants à sa charge. Afin de nourrir ses enfants, elle s’est mise en concubinage avec un autre Monsieur ; évidemment, avec le premier, il n’y avait pas d’acte de mariage. De leur union naquirent deux jumelles qui ont été reconnues par leur père naturel. Étant également abandonnée par ce dernier, qui ne lui versait que 50 dollars par mois pour sa ration alimentaire et le loyer, elle se rend donc au Centre Vie de Femmes de l’ALVF. Elle demande qu’on réclame au Monsieur une augmentation de la pension versée pour l’entretien des enfants.

Après plusieurs entretiens avec la "mère ces jumelles", le père et le concubin sont convoqués par l’assistante sociale du Centre. On informe aussi son père de l’origine des problèmes de sa fille, des causes et des conséquences des mariages précoces et forcés ; il reçoit la formation sur les droits de sa fille.

Quant à son partenaire, il est également informé sur ces droits, les enfants reconnus, les capacités du Centre d’assister la victime dans ses démarches jusqu’à ce que la Justice rende une décision. Malgré les arguments avancés par l’Assistante sociale, Monsieur refuse d’augmenter les frais de la ration alimentaire. Ce comportement amène la jeune femme à se rendre chez le Procureur de la République qui confie le cas au commandant de brigade de la Gendarmerie. Ce dernier contraint le mari à augmenter la somme de la pension pendant deux mois. Au bout du 3ème mois, Monsieur est porté disparu. Il n’est plus revenu au Centre pour déposer la somme d’argent.

La jeune femme lésée revient au Centre et il est question qu’elle porte plainte en justice. Elle n’ose pas le faire. Entre temps, elle s’engage comme femme de ménage dans une famille (un juriste). Quand l’homme qui l’avait abandonnée sait qu’elle travaille chez un couple de juristes, il revient vers elle etreprend la vie commune avec la mère des jumelles. Cette dernière n’est plus revenue au Centre. Elle a laissé tomber son travail ; elle se met à fabriquer du vin local. Pendant ce temps, Monsieur prend la fuite. Aux dernières nouvelles, la "mère des jumelles" a trouvé un autre travail comme femme de ménage dans une autre famille. Elle a eu peur de porter plainte. Après l’avoir éloignée du Centre, Monsieur a fui et a même changé de ville.

APPEL À UNE COLLABORATION

A partir de l’année prochaine, je souhaiterais mettre en place un projet intitulé "encadrement et suivi des femmes/filles victimes de violences basés sur l’intervention féministe et le genre". Ce projet sera composé de plusieurs programmes qui seront exécutés dans les Centres Vie de Femmes de l’ALVF. Je cherche une homologue canadienne qui m’assistera pour :

- la conception du projet
- le montage du projet
- la recherche de financement pour la réalisation du projet
- la mise en place du projet
- le suivi et évaluation

- Courriel de Centre Vie de Femmes

Mis en ligne sur Sisyphe le 15 novembre 2003.

P.S. Sisyphe encourage la reproduction et la diffusion de ce dossier. Si vous ne pouvez reproduire et diffuser cette page sur vos sites, merci d’y placer un lien vers ce dossier.

Toutes les photos appartiennent à Billé Siké.


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Billé Siké, sociologue


Billé Siké est sociologue en hydraulique villageoise au Cameroun et co-fondatrice de l’Association de Lutte contre les Violences faites aux Femme/Filles (ALVF). Fonctionnaire, elle est affectée dans le Nord du Cameroun et c’est dans ce cadre qu’elle a pu créer l’antenne de l’ALVF dans cette localité. Elle est co-fondatrice du Comité Inter-Africain antenne du Cameroun. C’est grâce aux recherches de ce groupe que les camerounais/ses savent que les mutilations génitales féminines (MGF) sont pratiquées dans leur pays.



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  • Polygame
    (1/1) 26 novembre 2003 , par





  • Polygame
    26 novembre 2003 , par   [retour au début des forums]

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    3 silhouettes de papier

    1 homme châpeauté

    2 femmes perruquées

    Pour asseoir sa position

    L’homme dans la force de l’âge

    Prendra sans hésitation

    Une seconde femme en mariage

    Plus jeune de préférence

    Pour satisfaire ses exigences

    1000 raisons sont avancées

    Notre homme n’est pas à court d’idées

    Toutes visant à démontrer

    Qu’une seule femme ne peut suffire

    Qu’il faut bien se reproduire

    Que de tâches à accomplir

    1 2 3 4

    4 épouses, pas une de plus

    A qui il impose le partage

    Des récoltes, du couvert et du lit

    Or pour éviter les conflits

    Il devra se montrer juste et sage

    Et accorder à chacune

    Les faveurs auxquelles il s’engage

    Polygame,

    Que dirais-tu, si ta première femme

    Profitait de ton sommeil

    Pour ramener sous ton toit

    3 hommes jeunes et vigoureux

    Arguant du prétexte judicieux

    Qu’un seul homme ne peut subvenir

    Aux besoins grandissants du foyer

    Qu’il y a tant de bouches à nourrir

    Qu’elle souhaite juste t’épargner

    Un trop pénible labeur

    Ajoutant avec un sourire

    Qu’elle ne pense qu’à ton bonheur

    1 2 3

    3 silhouettes de papier

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