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jeudi 10 juillet 2008

Pakistan - Un couple menacé de mort par la justice tribale

par la Campagne internationale contre les crimes d’honneur (ICAHK)






Écrits d'Élaine Audet



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La Commission Asiatique des Droits Humains (Asian Human Rights Commission, AHRC) a reçu l’information qu’un jeune couple était menacé de mort pour s’être marié sans l’autorisation des parents. Des personnes influentes de la tribu en question, avec le soutien des autorités de police, ont assassiné un journaliste célèbre et blessé le jeune frère de l’époux qui cachait le couple. La police n’a, après trois mois, arrêté aucun des meurtriers. Les assassins présumés, qui ont été mentionnés dans le premier rapport d’enquête, sont toujours en liberté. Le couple se cache, passant d’un endroit à un autre, mais, poursuivi par la tribu il est sérieusement en danger.

Détails de la situation

Monsieur Mohammad Ibrahim, 26 ans, et Madame Zainab, 22 ans, se sont légalement mariés dans la province du Baloutchistan (Pakistan), le 9 avril 2004, en revenant de Jordanie où ils sont nés. Le père de Madame Zainab, monsieur Imdad Hussain Sealrho, était contre le mariage de sa fille qu’il voulait marier à un homme âgé pour régler une vieille dispute. Cependant, Madame Zainab était amoureuse de Monsieur Ibrahim et voulait l’épouser. Monsieur Imdad Hussain Sealrho est aussi le chef de la tribu Sealrho. Cette tribu a une forte emprise à Sahdad Kot, dans la province Sindh et à Hub Chowki, dans la province du Baloutchistan. Le couple a fui la Jordanie pour le Pakistan et a été légalement marié par une cour à Quetta, la capitale du Baloutchistan. Après avoir découvert que sa fille s’était mariée avec l’homme de son choix, Monsieur Imdad Hussain Sealrho, le père de Zainab, a lancé une enquête de police et porté plainte contre Monsieur Ibrahim, déclarant qu’il aurait enlevé sa fille et l’aurait forcée à se marier avec lui.

Le 17 avril 2004, la Cour Suprême du Baloutchistan, en première audience, rejeta la plainte puisque le couple était présent et qu’il a produit des copies de l’acte de mariage. Les membres de la tribu présents ont alors menacé de se venger de Monsieur Ibrahim. Cependant, le couple réussit à s’échapper. Après la décision du tribunal, les anciens de la tribu Sealrho ont décidé, lors d’une Jirga - une cour tribale privée et illégale - de déclarer la fille « kari » et le garçon « karo », une vieille tradition tribale qui condamne au meurtre d’honneur.

Le garçon et la fille, apprenant qu’ils avaient été déclarés karo et kari, ont fui le pays pour se réfugier en Malaisie, mais, à la suite de difficultés financières, ils sont revenus en 2006 au Pakistan. Pour le couple, rester au Pakistan était difficile puisqu’ils y étaient pourchassés par des membres armés de la tribu. Ibrahim et Zainab ont une fois de plus tenté de se réfugier en Malaisie, mais cela n’a pas marché et ils ont dû revenir au Pakistan. Lorsque leur retour au Pakistan fut connu par la famille de Zainab, la tribu a commencé à les rechercher dans tous les endroits où ils auraient pu se réfugier. Le père de la fille découvrit que le couple se trouvait à Hub Chowki, dans le district de Lasbella (Baloutchistan), chez monsieur Mohammad Ishaq, le frère d’Ibrahim, et chez Monsieur Khadim Hussain Shaikh, un journaliste local, reporter à la télévision Channel 5 et au Daily Khabrain, qui apportaient tous les deux une protection au couple.

Le 14 avril 2008, alors que le journaliste Khadim Hussain et Mohammad Alam se déplaçaient en voiture, des assaillants ont stoppé la voiture et ouvert le feu. Monsieur Khadim Hussain a été tué sur le coup, mais Mohammad Alam a survécu. Le commissariat de Hub Chowki a tenté de ne pas mener le premier rapport d’enquête, mais comme il s’agissait d’un journaliste, la police a ouvert une enquête pour « attaque par un groupe d’inconnus ». Lorsque Mohammad Alam, le frère d’Ibrahim, a repris conscience, il a nommé onze personnes impliquées dans cette attaque sanglante. Cependant, la police n’a pour l’instant arrêté aucune des personnes accusées, qui sont dans la région d’Hub.

Le couple a quitté la région et s’est réfugié dans différentes villes du pays. Si sa présence est découverte par des leaders tribaux, l’hôtel ou la maison où se trouve le couple sera attaqué. Les gouvernements provinciaux de Sindh et du Baloutchistan n’ont offert aucune protection au couple et l’ont laissé à la merci des coutumes tribales de meurtres connus sous le nom de crimes d’honneur.

Informations complémentaires : 40 à 60 femmes par an désignées « kari »

La tradition du Karo-Kari est une vieille méthode traditionnelle d’assassinats de jeunes femmes ou jeunes hommes dans les régions féodales et tribales du Baloutchistan et de la province Sindh et dans quelques zones frontalières de la province du Punjab. On rapporte qu’entre 40 et 60 femmes y sont tuées chaque année parce que désignées « kari ». Généralement, dans des conflits sur la distribution des terres, les femmes sont transformées en victimes de karo-kari. C’est une forme de crime d’honneur où une femme est condamnée comme si elle avait eu une relation illicite avec un homme. Par le biais des jirga, les cours tribales, les femmes sont assassinées par des membres de la famille, le plus souvent des frères, pères ou maris. Aucune poursuite n’est engagée contre les assassins, et la police, sous l’influence des leaders tribaux, n’enregistre généralement pas l’affaire comme un meurtre. L’homme qui est accusé d’avoir eu une relation illicite est généralement condamné à remettre la jeune fille à sa famille ou à être tué pour ne pas s’être conformé aux ordres de la cour tribale.

Les différents tribunaux du Pakistan, dont la Cour Suprême et la Haute Cour du Sindh, ont déclaré que les jirgas sont illégales et anticonstitutionnelles. Cependant, elles restent une pratique courante dans les régions féodales et tribales. Les crimes d’honneur contre des femmes sont le sujet favori des jirgas qui voient dans la punition des femmes le meilleur moyen de préserver la société islamique.

Action suggérée

Merci d’écrire un courrier aux autorités concernées. Demandez- leur d’assurer la protection du couple qui s’est librement marié, et que le gouvernement arrête les coupables de l’assassinat du journaliste et de la tentative d’assassinat du frère de l’époux. Demandez aussi que des actions soient menées contre ceux qui ne respectent pas les décisions de justice mais menacent d’assassiner un couple sous prétexte d’un tribunal illégal, la Jirga.

L’AHRC a écrit une lettre séparée au rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, et lui a demandé d’agir immédiatement sur cette affaire.

  • Utilisez ce lien pour participer à l’action.
  • ICAHK, Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur.

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 10 juillet 2008


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