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vendredi 22 août 2008

Cinq femmes enterrées vivantes au Pakistan

par la Campagne internationale contre les crimes d’honneur (ICAHK)






Écrits d'Élaine Audet



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La Commission Asiatique des Droits Humains (Asian Human Rights Commission, AHRC) a été informée depuis une lointaine zone de la province du Baloutchistan que cinq femmes y ont été enterrées vivantes, notamment par le plus jeune frère de Sadiq Umrani, ministre de la province et célèbre dirigeant du Parti du Peuple du Pakistan (PPP), le parti au pouvoir. De plus, la police n’a toujours pas arrêté les coupables, et ce, plus d’un mois après les faits.

Détails de l’affaire

La tribu Umrani se concentre essentiellement dans les districts de Jarabad et de Naseerabad de la province du Baloutchistan, à environ 300 kilomètres de la ville de Quetta, la capitale de la province. Sadiq Umrani, ministre de l’habitat et de la construction de la province, a été élu à l’assemblée du Baloutchistan lors des élections du 18 février 2008 pour la circonscription de Dera Marad Jamzali, district de Naseerabad.

L’enterrement de femmes vivantes a eu lieu dans un village éloigné, Baba Kot, à 80 kilomètres de la ville d’Usta Mohammad, dans le district de Jafferabad. On pense que c’est à cause de l’influence du ministre et de son frère que les médias n’ont pas rapporté ces faits.

Selon les renseignements obtenus, ces cinq femmes sont Fatima, épouse d’Umeed Ali Umrani, Jannat Bibi, épouse de Qaiser Khan, Fauzia, fille d’Ata Mohammad Umrani, et deux autres filles, qui avaient de 16 à 18 ans. Elles se trouvaient au domicile de monsieur Chandio, dans le village de Baba Kot, et devaient partir pour le tribunal civil d’Usta Mohammad (district de Jafarabad) où trois de ces filles devaient épouser des hommes de leur choix. Leur décision de se marier au tribunal civil découle de plusieurs jours de discussion avec les anciens de la tribu qui refusaient de leur accorder le droit de se marier. Le fort contrôle des leaders tribaux dans cette région explique pourquoi les noms des deux plus jeunes victimes ne sont pas connus.

Lorsque la nouvelle de leurs projets fut connue, Abdul Sattar Umrani, un frère du ministre, est arrivé avec au moins six personnes et les a menacées avec un pistolet. Elles ont été emmenées dans une jeep Land Cruiser immatriculée dans la province du Baloutchistan, vers une autre zone éloignée, Nau Abadi, dans les environs de Baba Kot. Une fois dans la zone désertique de Nau Abadi, Abdul Sattar Umrani et ses six compagnons ont fait descendre les trois plus jeunes filles de la jeep et les ont battues avant de leur tirer dessus avec leurs pistolets. Les filles étaient grièvement blessées mais toujours en vie. Sattar Umrani et ses complices les ont jetées dans une fosse profonde qu’ils ont commencé à recouvrir de terre et de cailloux. Les deux femmes plus âgées étaient la tante de Fauzia et la mère d’une des filles mineures. Lorsqu’elles ont protesté et tenté de mettre fin à l’enterrement des mineures encore vivantes, les agresseurs étaient tellement en colère qu’ils les ont poussées dans la fosse et enterrées vivantes elles aussi. Après avoir terminé l’enterrement, ils ont tiré plusieurs coups de feu en l’air pour que personne ne s’approche.

Les mineures étaient instruites et poursuivaient leurs études en 10ème et 12ème années. Elles ont été punies pour avoir essayé de décider elles-mêmes de leur mariage.

Un mois plus tard, la police n’a toujours pas enregistré l’affaire et il est difficile d’obtenir des renseignements plus détaillés. Le ministre de la province est si puissant que la police hésite à recueillir des détails sur le meurtre. Lorsque l’AHRC a contacté Sadiq Umrani, le ministre de la province, il a confirmé les faits en disant que trois femmes seulement auraient été assassinées par des inconnus. Il a nié toute implication de sa part ou de son frère dans le crime. Il en est venu à dire que la police ne donnerait aucune information sur l’affaire, comme si cela pourrait les impliquer, si elle le faisait. De plus, les fonctionnaires de deux différents postes de police ont confirmé les faits et expliqué que personne ne leur donnait plus d’information. Aussi, comme ils ne peuvent pas trouver la fosse où sont enterrées les victimes, il est difficile pour eux d’enregistrer l’affaire. Les membres de la famille des victimes ont depuis quitté la région et personne ne sait où ils se trouvent.

Abdul Sattar Umrani, le coupable présumé et frère du ministre de la province, était déjà impliqué dans le meurtre de trois personnes, dont une jeune femme, en janvier 2006. Dans cette affaire, Mohammad Aslam, un enseignant, allait en taxi avec son amoureuse au tribunal civil pour se marier. Les coupables les ont arrêtés à Manjo Shori, sous district de Tumboo, district de Naseerbarad, et ont assassiné par balles les trois personnes. Le conducteur de taxi, Jabal Aidee, faisait parti des victimes. La police a été incapable d’ouvrir une enquête pour meurtre pendant cinq mois, jusqu’à l’intervention d’Iftekhar Choudhry, Chef de la justice à la Cour Suprême et député porte-parole au Sénat. Mais une seule personne a été arrêtée et le principal coupable et commanditaire, Abdul Sattar Umrani, n’a pas été inculpé.

Information supplémentaire

Chaque année au Pakistan, des centaines de femmes, de tout âge et de toutes les régions du pays sont assassinées au nom de l’honneur. La plupart de ces crimes restent impunis. La vie de millions de femmes au Pakistan est soumise aux traditions qui impliquent l’extrême exclusion et la soumission aux hommes qui imposent par la violence un véritable contrôle de propriétaires sur les femmes. La plupart des femmes acceptent avec stoïcisme ce contrôle masculin sur leur corps, leurs paroles et leurs comportements comme étant un aspect de leur « kismat » (destin), mais les prises de position dans les médias, le travail des organisations pour les droits des femmes et une plus grande mobilité ont permis le début d’une prise de conscience sur les droits des femmes dans le milieu des femmes recluses.

Mais lorsque les femmes réclament leurs droits, ou simplement tentent de les réclamer, elles doivent souvent faire face à davantage de répression et de châtiments : le nombre des crimes d’honneur a augmenté parallèlement au développement de la conscience des droits des femmes. L’indifférence de l’Etat, les lois discriminatoires et les conceptions sexistes de la plupart des fonctionnaires de police et de la justice assurent une impunité pour les coupables de crimes d’honneur. Il est paradoxal que les femmes qui ont un si bas statut dans la société et aucun droit dans la famille deviennent le principal point sur lequel se concentre la fausse et primitive conception de l’honneur familial, qui refuse toute prise en compte de leurs aspirations et préférences dans les questions de mariage. (cf : Honour killings in Pakistan, par Neshay Najam).

A l’origine des traditions tribales pachtounes et baloutches, les meurtres d’honneur sont fondés sur la conception jumelle de l’honneur et de la marchandisation des femmes. On marie les femmes contre une dote payée au père de l’épouse. Il n’y a aucune conception selon laquelle les filles se marieraient selon leur libre choix et, si elles le font, elles sont tuées au nom de l’honneur. (Voir Lesson Series 35, Mai 2004, Human Rights Correspondance School).

Action proposée

Merci d’écrire aux autorités mentionnées plus loin pour leur demander d’enquêter sur l’affaire du meurtre des cinq femmes enterrées vivantes et de poursuivre les coupables.

L’AHRC a également écrit des lettres au rapporteur spécial de l’ONU sur les exécutions sommaires, extrajudiciaires et arbitraires pour l’appeler à intervenir dans cette affaire.

  • Pour soutenir cet appel, cliquez ici.
  • Asian Human Rights Commission

    Traduction ICAHK : Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur

    Mis en ligne sur Sisyphe, le 15 août 2008


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