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mercredi 14 mars 2007


Campagne internationale contre les crimes d’honneur
Treize femmes vont mourir aujourd’hui






Écrits d'Élaine Audet



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"8 mars 2007 : Treize femmes vont mourir aujourd’hui"
Campagne internationale contre les crimes d’honneur

C’est aujourd’hui la Journée Internationale des femmes, un jour pendant lequel les femmes du monde entier célèbrent leur émancipation et luttent contre ce qui freine cette libération. Aujourd’hui est pourtant aussi un jour comme un autre, et 13 filles ou femmes seront tuées au nom de "l’honneur", comme les trois femmes assassinées à Gaza le 27 février, dans un crime où l’honneur est le mobile suspecté, une femme assassinée à Sindh le 26, une femme battue à mort en Jordanie le 23, et les deux filles tuées à coups de hache au Pakistan le 22.

Aujourd’hui, à Londres, se tient au tribunal de Old Bailey, le procès du meurtre pour "l’honneur" de Banaz Mahmoud Babakir Aghaune, jeune fille de 20 ans originaire du Kurdistan Irakien, qui avait un visage d’ange et assez de courage, malgré sa jeunesse, pour mettre fin à un mariage forcé malheureux, et pour tenter de reconstruire sa vie avec un partenaire qu’elle avait elle-même choisi. Son corps mutilé fut retrouvé dans une caisse enterrée dans un jardin appartenant à sa famille.

Femmes, propriété des hommes de la famille

Pour les familles qui suivent la doctrine de "l’honneur", les femmes sont la propriété des hommes de la famille. Leur "honneur" réside dans leur soumission et leur chasteté. Leur place est auxiliaire : en tant que fille, épouse puis mère. Chaque moment de leur vie est défini et controlé par les hommes de ce cercle, et toute tentative d’exprimer leur personnalité et en particulier leur sexualité est fortement controlée. La "honte" apportée à une famille par l’autonomie de la femme est lavée par le meurtre.

Même de simples rumeurs peuvent suffire pour condamner une femme à mort : Hamda Abu Ghanem, dont le meurtre a été connu le 17 janvier, fut la huitième femme de cette famille arabe israélienne à avoir été assassinée "au nom de l’honneur" en six ans. Elle fut accusée d’avoir déshonnoré sa famille pour avoir eu de longues conversations au téléphone et pour avoir été vue une fois en compagnie d’un de ses cousins.

Le Fonds des Nations Unies sur la population estime qu’il y a plus de 5 000 victimes chaque année des "crimes d’honneur’, cependant rassembler des statistiques fiables est impossible par le fait que souvent les naissances de filles ne sont pas enregistrées et celles-ci vivent et meurent sans avoir été officiellement reconnues, et à cause de la conspiration du silence créée par la famille, en alliance avec la police, la justice et les services médicaux qui sympathisent avec la "culture de l’honneur". Et bien plus innombrables sont les femmes et filles qui vivent condamnées à ce que Nyamko Sabuni appelle "l’oppression de l’honneur", qui, par la menace du crime d’honneur, fait des femmes de vraies prisonnières, trop effrayées pour affirmer leur indépendance et leur statut et droits d’êtres humains à part entière.

Non intervention de la police

Un phénomène qui fut longtemps couvert par l’ignorance et l’obscurité a été mis en lumière et de nombreux pays ont dû prendre en compte cette forme brutale et patriarcale de violence et d’oppression. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour mobiliser la société contre de tels crimes. Banaz Mahmoud Abakir Agha a rapporté ses craintes à plusieurs reprises à la Police Métropolitaine de Londres, y compris en donnant les noms des hommes qui sont actuellement jugés. Aucune protection ne lui a été accordée, ce qui est une faute dont la société britanique est coupable comme le sont les assassins. La répulsion que provoque de tels crimes sanguinaires ne doit en aucun cas être utilisée pour développer des attitudes racistes. Le racisme de la société contre des minorités décourage la majorité qui s’oppose à ces meurtres de les dénoncer par crainte de subir encore plus de discriminations. Pour changer l’actuelle situation, toutes et tous doivent se sentir aptes à en parler collectivement dans un esprit de coopération, d’ouverture et avec une ferme volonté de prendre en compte cette question.

Chargé d’enquêter sur le meurtre d’Hamda Abu-Ghanem, l’officier de police Yifrah Duchovny disait : "Le plus difficile dans ces scènes de meurtre c’est le silence, à chaque fois mon estomac se retourne en trouvant le corps d’une jeune fille dans une maison silencieuse. Tout le monde reste silencieux. Il n’y a pas de pleurs, pas de cris et pas de coopération."

Mais ce silence fut rapidement brisé par une forte révolte des femmes de la famille Abu-Ghanem. Vingt femmes se sont levées courageusement et ont témoigné contre les hommes de leur famille, malgré le danger auquel elles devaient faire face. La solidarité de ces femmes dans leur unité contre leurs oppresseurs est un symbole de la fierté des femmes qui devrait être célébré aujourd’hui, Journée Internationale des femmes, un jour comme un autre, un jour où treize femmes et filles seront assassinées au nom de "l’honneur".

Sources :

Article
Campagne internationale contre les crimes d’honneur

Mis en ligne sur Sisyphe, le 8 mars 2007


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