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mercredi 26 juin 2019

Micheline Carrier : une grande féministe québécoise

par Marie Savoie, collaboratrice de Sisyphe






Écrits d'Élaine Audet



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Mon amie Micheline Carrier était (qu’il est difficile d’utiliser l’imparfait) une femme d’exception à bien des égards. Par son intelligence, son esprit de justice et son courage d’abord. C’était aussi une femme très sensible au sort d’autrui, qui n’a jamais cessé de dénoncer le traitement réservé aux laissé-es pour compte de notre société.

J’ai fait la connaissance de Micheline il y a près de 40 ans. C’était déjà, à l’époque, une journaliste chevronnée qui signait régulièrement des articles dans Châtelaine et Le Devoir. Comme journaliste, puis comme éditrice du site et des Éditions Sisyphe, elle se démarquait par sa rigueur et son indépendance d’esprit. Lire Micheline Carrier, c’était s’ouvrir à des perspectives inédites, et souvent controversées, notamment sur la situation des femmes. Elle a maintenu son esprit critique face à tous les courants de pensée, refusant d’adhérer aveuglément aux nouveaux dogmes, y compris à l’intérieur du mouvement féministe.

Un jour elle m’a expliqué que la création de Sisyphe était sa contribution au mouvement des femmes. Malgré sa santé déjà chancelante, elle avait décidé de consacrer l’essentiel de son temps et de son énergie à faire circuler les idées féministes, ce qu’elle a fait sans faillir pendant plus de 16 ans. Elle a fait du combat pour les droits des femmes la grande cause de sa vie.

Micheline était plus que discrète, presque secrète, sur sa vie personnelle. Mais, au fil des ans, j’ai su qu’elle avait grandi au sein d’une famille nombreuse dans la région de Mont-Joli. Qu’elle avait eu une enfance très heureuse en pleine campagne. Qu’après la fin de ses études, elle avait signé un contrat de deux ans à titre de coopérante en Afrique. Pendant la première année, elle avait enseigné dans une ville, mais pour la deuxième, elle avait demandé qu’on l’envoie dans un petit village situé en pleine brousse. Micheline ne faisait pas dans les demi-mesures. Quand elle s’engageait, c’était corps et âme.

Issue d’une famille peu argentée, Micheline avait pu faire des études grâce à sa mère, qui avait économisé l’argent des allocations familiales de ses enfants, pendant des années, pour qu’elle puisse aller à l’université. Micheline m’a raconté cette anecdote en 2012, pendant les grèves étudiantes, qu’elle appuyait sans réserve. À ses yeux, la gratuité scolaire était essentielle à la justice sociale.

Chacune de nos rencontres, le plus souvent le midi, dans un restaurant de la rue Fleury, était l’occasion de conversations enflammées sur l’actualité politique, et particulièrement les événements qui touchaient les femmes. C’était un grand bonheur pour moi de pouvoir échanger avec une femme aussi passionnée et aussi bien renseignée. Nous étions sur la même longueur d’ondes. Ensemble, nous avons partagé des constats accablants sur la situation des femmes dans le monde, argumenté, philosophé, ri de bon cœur, et parlé de musique classique. Micheline pouvait assister à plusieurs concerts par semaine. Elle me disait que la beauté de la musique lui procurait un équilibre, en faisant contrepoids aux réalités les plus sombres de la vie, comme la violence faite aux femmes et aux enfants.

Car c’était bien cela qui était au cœur de son combat : la violence dont les femmes sont encore aujourd’hui collectivement et individuellement les victimes, qu’il s’agisse du retrait du droit à l’avortement en Amérique du Nord, ou du viol utilisé comme arme de guerre en Afrique. Et surtout, de façon générale, la violence inouïe que des hommes infligent aux filles et aux femmes, le plus souvent dans l’impunité.

En 2016, elle signait un texte qui, pour moi, restera son testament philosophique :

Je suis venue au féminisme (ou le féminisme est venu à moi), il y a quelques décennies, par le biais de la violence contre les femmes.
C’est l’engagement des associations comme le Regroupement québécois des CALACS, le Réseau d’action et d’information (RAIF), Viol Secours, l’AFÉAS, la FFQ des années 70 qui m’a d’abord sensibilisée à une situation qui paraît endémique en ce XXIe siècle : la violence touche maintenant une femme sur trois, selon l’OMS.

Davantage qu’il y a 40 ans, je suis convaincue que la violence physique, psychologique ou sexuelle est le principal obstacle à la liberté et à l’égalité des femmes. Cette violence menace non seulement les gains des dernières décennies mais aussi les futurs efforts de réalisation individuelle, en particulier chez les adolescentes. (1)

Micheline Carrier a fait avancer la cause des femmes avec un courage et une persévérance admirables. Nous lui devons beaucoup. Avec sa mort, le Québec a perdu une de ses plus grandes féministes, et moi, une amie irremplaçable.

(1) Éliminer les violences contre les femmes pour atteindre l’égalité
Lire l’article

Mis en ligne sur Sisyphe, le 24 juin, 2019



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Marie Savoie, collaboratrice de Sisyphe


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