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jeudi 3 mars 2005


D’un océan à l’autre
L’artiste Sheena Gourlay et la prise de parole féministe

par Yolande Dupuis, artiste en arts visuels






Écrits d'Élaine Audet



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J’ai été interpellée par le cri de Pol Pelletier qui dénonçait l’oubli dans lequel sombre si facilement le travail des femmes. Me voici donc pour vous proposer occasionnellement des chroniques en art visuel sur le travail des femmes dans ce domaine.

Mais, cet exercice n’est pas simple. Je sais bien que pour exister socialement en tant qu’artiste, il faut être médiatisé-e et passer par la parole. Sans traces dans les médias, l’oeuvre reste intime et peu connue. Donc, il faut parler, publier, se médiatiser et, de ce fait, tomber dans un piège. Car, la parole rationalise et lit d’un seul point de vue l’oeuvre d’art ou le propos de l’artiste. Et même, pour plusieurs, parler de l’art remplace la fréquentation de l’oeuvre en "chair et en os".

Je tomberai donc consciemment dans ce piège et je serai aussi complice des distorsions inévitables du discours des artistes et de la reproduction de leurs oeuvres, me consolant en pensant que ces chroniques seront aussi une invitation au voyage dans les musées, galeries, ateliers d’artistes et expositions.

- Sheena Gourlay, un bref aperçu de votre étonnant cheminement à travers le Canada ?

Je suis née en Alberta où j’ai fait des études en sculpture. Je me suis alors passionnée pour les langages et leurs répercussions socio-politiques et j’ai toujours cherché à élargir mon registre langagier et, par le fait même, ma pensée.

Ainsi, au début de mes études, j’ai abordé le langage plastique formaliste à l’américaine - pureté des formes, géométrisme et abstraction -, influencée par les écrits de Greenberg.

Voulant pousser plus loin dans cette avenue, je suis allée faire une maîtrise en Nouvelle-Ecosse où j’ai bifurqué vers l’art conceptuel, où l’objet n’est là que pour illustrer l’idée ou le concept.

Là-bas, j’ai rencontré une professeure qui m’a beaucoup intéressée, Mary Kelly, une artiste américaine établie en Grande-Bretagne. Elle m’a fait découvrir l’engagement politique à travers le féminisme anglais, différent du féminisme canadien-anglais ou américain en ce qu’il était teinté de marxisme. Nous sommes alors, dans les années ’80.

Donc, j’avais déjà exploré quatre langages différents : le formalisme, le conceptuel, le féminisme et le marxisme.

- Vous voici à l’aube de votre carrière d’artiste, que faites-vous à ce moment ?

A Halifax, les possibilités sont très limitées... Donc, je pars pour Toronto, étant donné le nombre de galeries et de centres d’artistes qui s’y trouvent, et je poursuis une production conceptuelle et féministe. Je fais des montages avec des photos de femmes , images publicitaires des revues dites "féminines", modèles toutes photographiées isolées d’un contexte et sans arrière-plan. Je voulais démontrer que ces photos de femmes construisent le discours sur la femme.

Mais, je me suis aperçue que ça ne passait pas. Étant intéressée à la diversité des langages et des interprétations, j’ai été agacée par la façon étroite de lire les oeuvres visuelles féministes à Toronto. On parlait du sujet de l’oeuvre mais peu de comment l’oeuvre parle.

- Alors, vous partez encore ! Cette fois, un retour vers les Prairies ?

Oui. A Toronto, je survivais difficilement. J’avais trouvé un travail de coordonnatrice d’un centre d’artistes à Saskatoon et j’y ai déménagée. A ce moment, je travaillais avec des surfaces-miroirs sur lesquelles j’écrivais des questions. Je voulais que le reflet du spectateur sur ces miroirs devienne partie intégrante de l’oeuvre et que celui-ci doive se positionner devant mon questionnement féministe. Mais, petit à petit, j’ai délaissé le monde de l’image pour le monde des idées.

- COMMENT POUVEZ-VOUS FAIRE PARLER VOTRE POSITION D’ABSENCE ?

C’est là où j’ai fait un lien entre l’art et le contexte social. Les expositions qui venaient de Vancouver ou de Toronto n’avaient pas beaucoup de succès. Quand le Centre a décidé de travailler plus avec de l’art local, alors, nous avons commencé à avoir un réel impact dans le public.

J’avais pu constater, déjà, à cause de mes déménagements successifs, qu’il y avait plusieurs formes de féminisme. J’étais de plus en plus convaincue de l’enracinement de l’art et des idées féministes dans le contexte social et le lieu et je voulais écrire sur ce thème des différents arts féministes selon les régions au Canada.

- Nous sommes ici au moment où vous venez au Québec. Pourquoi le Québec ?

Parce que je suis romantique !

Il me manquait une expérience : un lieu avec une langue différente et aussi un contexte socio-politique différent. Donc, apprentissage intensif du francais et déménagement !

Je commence à écrire un livre sur l’art féministe au Canada. Mais, pour retrouver un certain climat intellectuel et des contacts dans le milieu artistique, je choisis de m’inscrire à un doctorat pluridisciplinaire à l’Université Concordia. J’écris mon livre sous forme de thèse en restreignant toutefois mon sujet à l’art féministe au Québec, développant cette notion de rapport entre les idées, les pratiques sociales et visuelles locales et les institutions, toujours fascinée par cette interaction qui donne des racines à l’art féministe.

- Qu’en est-il alors de l’art dit "international" ?

En fait, pour moi, tous les lieux sont des régions aussi importantes les unes que les autres comme racines de l’art et du féminisme. S’il y a des régions dominantes, c’est à cause de la concentration de l’argent, du pouvoir politique, des institutions et des subventions. Mais tout art est situé quelque part et toutes les productions ont des racines.

L’art dit "international" ? Oui, il existe. Il est produit par une certaine synergie entre les institutions, les personnes qui écrivent sur cet art, le politique et certains individus... Les artistes choisis ont pour mission de représenter la "nation" et se doivent de produire dans un style déterminé acceptable dans les réseaux internationaux, avec un certain "look", des formats héroïques et autres spécifications du moment, bref, tout ce qui donnera une bonne place à son pays.

- Et le féminisme ?

Le féminisme a été pour moi un pôle important qui m’a donné une voix et aussi une partie de mon identité. Quand j’étudiais en sculpture, on nous donnait toujours en exemple des hommes sculpteurs américains, costauds et barbus... Difficile de s’identifier à cela, quand on est une jeune femme !

En fait, dans toute ma démarche, j’essaie de cerner les identités. C’est, pour moi, la grande question, actuellement. Et ici, au Québec, c’est une des préoccupations de l’heure. Qui est québécois ? On essaie de définir ce terme de façon inclusive, de respecter les différences mais d’assurer aussi une acceptation par tous de valeurs communes et ceci rejoint beaucoup mon propre questionnement.

- Et maintenant, quoi ?

D’abord, je veux publier ma thèse car, si les femmes n’écrivent pas sur le féminisme et l’art féministe, personne ne le fera. Donc, c’est important de prendre la parole.

Puis, l’enseignement m’intéresse, comment organiser et créer le savoir...

Enfin, je veux continuer à écrire, car, j’ai définitivement délaissé la production artistique pour choisir le monde des idées et je tente actuellement de faire publier ma thèse de doctorat sous forme de livre !

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 février 2005.


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Yolande Dupuis, artiste en arts visuels

Yolande Dupuis a une formation en arts visuel et en histoire de l’art. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Montréal, elle a poursuivi ses études à Paris, Rome, Barcelone, au Mexique et au Pérou. Elle a aussi obtenu une Maitrise en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal.

Pendant plusieurs années, elle a enseigné les arts visuels et l’histoire de l’art surtout aux niveaux collégial et universitaire. En 1971, elle a publié "Art I", ouvrage traitant de l’enseignement de l’histoire de l’art au secondaire et a aussi assumé plusieurs tâches administratives dans les collèges où elle a enseigné.

Elle a poursuivi son travail d’atelier en peinture et en arts textiles depuis 1969. Trois fois boursière au Québec et au Canada, elle a exposé ses oeuvres régulièrement surtout au Québec, mais ponctuellement à Boston, en France et en Espagne. Elle a aussi publié plusieurs articles sur les arts textiles dans des journeaux et des revues spécialisées. Elle s’est impliquée comme commissaire d’exposition et comme administrateure dans des centres d’artistes et aussi, elle a siégé sur de nombreux jurys pour le Ministère québécois des arts et des lettres.

Actuellement, retraitée de l’enseignement, elle travaille toujours dans son atelier et consacre quelques heures par semaine de bénévolat à la fondation "60 millions de filles".



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