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novembre 2005

Centre de caresses, aires d’apaisement et autres propos

par Yolande Dupuis, artiste en arts visuels






Écrits d'Élaine Audet



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À la galerie Circa, septembre 2005, a lieu une exposition surprenante :

"Trois groupuscules de petits êtres ludiques gigotant sous la vigilance non moins frétillante d’un îlot central en surplomb amorcent à leur abord de légers mouvements et d’impromptus sautillements, sorte de vrombissements ténus brassant leur gangues..."
Marc Desjardins

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Aires d’apaisement

Il s’agit d’une exposition de sculptures en cuir et tissus de couleurs vives, aux formes organiques bien définies, accrochées au plafond avec cordes, ressorts et fils apparents. Quand vous passez près d’elles, il se passe des choses....vous semblez provoquer chez elles des vibrations, des frissons ou des silences. Vous voulez les toucher, les flatter, mais la préposée vous dit :" Tut Tut, on ne touche pas...". Vous vous promenez donc dans cet espace habité par ces "cigognes et autres être gigotants" avec le sourire. Touché-e, intrigué-e, chatouillé-e et détendu-e. Vous êtes dans l’exposition "Aires d’apaisement" de l’artiste Paméla Landry.

J’ai rencontré Paméla Landry pour lui demander quel a été son parcours avant d’en arriver à cette oeuvre de maturité qui met en jeu la sculpture, le cinétisme, la matérialité de l’oeuvre d’art et un commentaire social sur le féminin.

Femme sculpteure

Paméla, comment êtes-vous devenue sculpteure ?

Disons que j’ai été plutôt peintre pendant longtemps, mais, petit à petit, j’ai fini par me décoller du mur pour envahir l’espace.

Et comment ce parcours a-t-il commencé ?

J’étudiais en travail social au CEGEP, quand j’ai été impressionnée par le travail d’une amie inscrite, elle, en arts plastiques. Je quitte mes cours et, aussitôt que possible, je rentre aussi en arts plastiques où, immédiatement, je sais que j’ai trouvé ma place. J’aime tout ce que j’y fais, la manière dont ma tête réfléchit quand je travaille, les questionnements sur la société que ça amène. Bref, je me sens confortable là et je n’ai jamais remis ça en question.

Donc, on peut parler d’une attirance incontournable vers les arts ?

Absolument ! Au CEGEP de La Pocatière, je travaille de longues heures sur mes projets et je plonge dans la connaissance de l’histoire de l’art et de l’art contemporain avec un enthousiasme qui ne se dément pas. Puis, je continue à Chicoutimi, au niveau universitaire, inscrite en peinture et j’y mets autant d’ardeur. En région, il était plus facile d’avoir accès aux locaux ouverts souvent même la nuit ! Et je trouvais que nous y étions moins sollicités qu’à Montréal par toutes sortes de distractions.

Quel genre de peinture faisiez-vous à ce moment ?

De la peinture réaliste, voire hyperréaliste, souvent à partir de photos que je prenais moi-même.

Après Chicoutimi, vous faites la maîtrise ?

Pas encore. Boursière, je vais à Banff faire une résidence d’artiste, deux ans de suite. Il y avait là des artistes conférenciers très connus qui venaient nous parler chaque semaine et qui se rendaient même dans nos ateliers pour commenter notre production. J’adorais cela.

Toujours en peinture ?

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Excentriques

La première année, j’étais encore collée au mur, mais, en train de déconstruire ma peinture car, de plus en plus, je sortais du cadre avec des objets. Par exemple, s’il y avait une fenêtre dans la peinture, je collais une vraie fenêtre ou je mettais une étagère devant la peinture ou une porte. Un premier pas vers la sculpture... A la deuxième année, je faisais des boîtes, adossées au mur en exploitant le grand thème "nature/culture". Et j’utilisais par exemple une lumière pour figurer le soleil ou un ventilateur pour le vent...

Cinétisme

Déjà un début de cinétisme ?

Oui, un début, disons, du type simple de contrôle on/off, avec des fils très apparents... Par la suite, j’ai effectivement pris des cours d’électronique de niveau CEGEP et j’y ai appris les bases qui me permettent de produire le mouvement que je désire dans mes sculptures maintenant. Actuellement, par contre, je travaille avec un technicien pour réaliser des montages programmés plus complexes.

C’est important pour vous le mouvement dans vos sculptures ?

Très important ! Je remarque que j’aborde mes nouveaux projets en pensant d’abord au mouvement que je désire faire générer par mes petits moteurs...puis, j’élabore la suite du projet.

L’art au féminin

Faites-vous un art féministe ?

A Banff Center, une artiste invitée m’a fait remarquer, en regardant mon travail, que j’étais féministe, à mon grand étonnement. Evidemment, il y a une pluralité de définitions du féminisme et, clairement, je ne suis pas de l’aile radicale. Mais, je me suis aperçue qu’effectivement je travaillais beaucoup sur l’identité des femmes, donc, j’étais dans un certain féminisme, sûrement et à partir de ce moment, j’ai commencé à vouloir me positionner plus clairement.

J’ai eu la chance d’avoir Corrine Corry comme directrice de recherche, une professeure exemplaire très impliquée dans son enseignement et généreuse de ses commentaires sur les travaux des élèves. Une rencontre très stimulante pour moi et, justement, elle était féministe. Elle m’a aidée à définir mon propre propos sur l’identité des femmes.

Comment parliez-vous de l’identité des femmes dans votre production ?

Dans mes peintures, au début, quand je mettais en scène un personnage, je me prenais comme modèle, même pour personnifier toutes sortes de personnes. Puis, j’ai travaillé sur des clichés de représentation de la femme. La femme nue couchée dans un lit à la Rubens, faite avec des fourchettes et un bouquet de fleurs devant le sexe ou encore, une autre femme, tête renversée, délimitée avec des couteaux à steak...et une autre, de type "centerfold", jambes écartées, avec un contour fait de compas... Je flirtais avec la pornographie et ça commençait à m’agacer. J’ai alors remplacé la femme par des choses comme des objets ménagers virevoltant...un jour, une spectatrice m’a fait remarquer que croyant dénoncer la "chosification" de la femme, au contraire je contribuais à diffuser cette notion.

Et qu’est-ce qui a suivi ?

J’ai pensé plutôt travailler sur les clichés positifs qu’on attribue aux femmes : aidantes, soignantes...et j’ai préparé alors les oeuvres du "centre de caresses" où le spectateur peut caresser et étreindre des sculptures et puis, ça été "aires d’apaisement"...

Matérialité

Maintenant, vous travaillez avec des matériaux souples, cuirs, tissus, bourrures alors qu’avant, vous parlez de compas, fourchettes, objets ménagers, durs et pointus. Quelle est pour vous l’importance du matériau ?

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Centre de la caresse

J’aime la matérialité et j’utilise les matériaux qui conviennent exactement à ma thématique du moment, quels qu’ils soient. C’est la matérialité qui m’intéresse et non pas tel ou tel matériau.

Pensez-vous à matérialité versus virtualité en art ?

Effectivement. Savez-vous que nous sommes de moins en moins nombreux à travailler avec la matérialité sur la scène artistique actuelle ? J’ai participé à une exposition de groupe à Cardiff dernièrement et j’étais la seule artiste à devoir déménager des grosses boîtes car la majorité des artistes sont arrivés avec leurs oeuvres contenues sur support DVD donc oeuvres virtuelles en quelque sorte...

Et maintenant, Paméla ?

Je crois que j’ai terminé un cycle avec cette exposition à Circa. Je ne représente plus le corps de la femme, mais j’investis mes sculptures d’une qualité qu’elles transfèreront au spectateur qui la recevra. Un investissement d’affects, en somme. Pour moi, faire une oeuvre comporte une idée de don et je me sens, à ce point de vue, responsable devant le spectateur. J’aime bien voir un sourire se dessiner sur son visage devant le mouvement dans mes sculptures...

J’expose cette année à YYZ à Toronto et aussi à Régina. Après, on verra... J’ai l’impression que je commencerai une nouvelle production.

Septembre 2005

Table des matières
Paméla Landry, Lorraine Oades,
texte : Corrine Corry, conservatrice,
La Centrale, Galerie Powerhouse,
Montréal, Québec
traduction : Susanne de Lotbinière-Harwood
140 pages, illustré, 1992
ISBN 0-9692905-1-9

Mis en ligne sur Sisyphe, le 25 novembre 2005


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Yolande Dupuis, artiste en arts visuels

Yolande Dupuis a une formation en arts visuel et en histoire de l’art. Diplômée de l’École des Beaux-Arts de Montréal, elle a poursuivi ses études à Paris, Rome, Barcelone, au Mexique et au Pérou. Elle a aussi obtenu une Maitrise en arts visuels de l’Université du Québec à Montréal.

Pendant plusieurs années, elle a enseigné les arts visuels et l’histoire de l’art surtout aux niveaux collégial et universitaire. En 1971, elle a publié "Art I", ouvrage traitant de l’enseignement de l’histoire de l’art au secondaire et a aussi assumé plusieurs tâches administratives dans les collèges où elle a enseigné.

Elle a poursuivi son travail d’atelier en peinture et en arts textiles depuis 1969. Trois fois boursière au Québec et au Canada, elle a exposé ses oeuvres régulièrement surtout au Québec, mais ponctuellement à Boston, en France et en Espagne. Elle a aussi publié plusieurs articles sur les arts textiles dans des journeaux et des revues spécialisées. Elle s’est impliquée comme commissaire d’exposition et comme administrateure dans des centres d’artistes et aussi, elle a siégé sur de nombreux jurys pour le Ministère québécois des arts et des lettres.

Actuellement, retraitée de l’enseignement, elle travaille toujours dans son atelier et consacre quelques heures par semaine de bénévolat à la fondation "60 millions de filles".



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