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jeudi 23 février 2006


Caricatures de Mahomet
Vers la fin annoncée de l’héritage des Lumières ?

par Marieme Helie Lucas, sociologue et coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue






Écrits d'Élaine Audet



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Résumé des faits

30 septembre 2005, le quotidien conservateur danois Jyllands-Posten publie 12 caricatures du Prophète Mahomet : s’ensuivent des demandes d’excuses, des menaces de mort et des manifestations à Copenhague.

20 octobre : plusieurs ambassadeurs de pays musulmans protestent officiellement.

29 décembre : la Ligue Arabe proteste.

21 janvier 2006 : l’Union Internationale des Oulémas au Caire appelle au boycott des produits danois et norvégiens, car un magazine norvégien vient également, devant la montée médiatique, de publier en janvier les caricatures ; le 1er Février ce sera, pour les mêmes raisons, au tour d’autres journaux européens de les publier.

Car en effet, malgré les ’excuses’ et ’regrets’ exprimés par les journaux incriminés, et les déclarations ambigües des gouvernements danois et norvégiens qui cherchent à ménager la chèvre et le chou, les pays arabes réclament maintenant des sanctions, rappellent leurs ambassadeurs, et finalement des émeutes éclatent, des ambassades de pays incriminés sont brulées au Moyen Orient et finalement tout citoyen originaires de pays où ces caricatures ont été publiées devient officiellement une cible potentielle pour les intégristes.

17 Octobre 2005 : le journal égyptien Al Fager publie les caricatures en plein mois de ramadan sans aucune conséquence pour les directeurs du journal et les auteurs de l’article ; les ’musulmans’ manifestent une totale indifférence. Il apparait clairement que ce n’est qu’après le voyage des intégristes danois et quatre mois d’efforts de leur part pour stimuler les réseaux islamistes au Moyen Orient que ’les musulmans’ se sont sentis offensés.

Fevrier 2006 : plusieurs journalistes et journaux de la presse indépendante algérienne décident de publier les caricatures, sans que cela suscite autre chose que de l’indifférence de la part de la population. C’est pour eux une façon de ce positionner, de montrer le gouffre qui sépare ces dessins des réactions provoquées ; et pour affirmer, dans un pays qui en laisse peu, le principe de liberté d’information et d’expression. Les journalistes et directeurs de journaux sont emprisonnés.

9 février 2006 : l’Organisation des Etats Islamiques (OIC) « lobby » la Commission des Droits de l’Homme à l’ONU pour faire insérer le terme de ’blasphème’ dans la nouvelle résolution de la CDH.

***

Ce qui est le plus préoccupant à mes yeux dans cette rocambolesque affaire des caricatures danoises, c’est que les forces politiques en présence en Europe vont en se rétrécissant :
- d’un côté les intégristes musulmans, c’est-à-dire une force politique d’extrême-droite camouflée en mouvement religieux, qui saisissent toute occasion de se présenter comme des victimes de l’occident athée et qui en profitent pour avancer leurs pions dans une Europe prête à toutes les compromissions pour préserver la paix sociale ;
- de l’autre, l’extrême-droite européenne raciste qui n’attend qu’un débordement de plus de leur part pour obtenir enfin de matraquer la population immigrée originaire de pays musulmans, qui n’en peut mais.

Où est la gauche, où sont les forces progressistes ? Elles sont envahies de doutes et d’hésitations précisément à cause du racisme, à cause du passé colonial, à cause des discriminations que subit la population immigrée originaire de pays musulmans. Elle a abandonné la place. Elle ne fait plus la différence entre les musulmans, les immigrés et les intégristes, servant en cela les intérêts des deux extrêmes droites en présence. Elle n’a plus d’analyse à proposer.

Car que se passe-t-il en fait ? Avez-vous vu les fameuses caricatures ? Elles ne sont pas spécialement bonnes, mais surtout elles sont particulièrement fades. Et mis à part celle qui met une bombe dans le turban de Mahomet, confondant ainsi musulmans et intégristes terroristes, les autres ne font pas de mal à une mouche.

Que l’on se souvienne un instant des caricatures contre l’Église catholique par exemple, contre le Vatican, qui sont publiées en permanence en France, un million de fois plus drôles, cruelles et méchantes que ces tristes dessins... Imaginez une seconde que les millions de catholiques du monde entier, et non pas juste une poignée d’allumés comme cela s’est déjà produit, aient brûlé des ambassades et menacé la vie de tout citoyen de même nationalité que les éditeurs des journaux ayant publié ces dessins...

Vous criez "au fou !", vous avez bien raison ... mais alors comment se fait-il que l’on ne crie pas au fou quand ce sont des intégristes musulmans qui font cela ? Où est-ce que ça coince, enfin, pour que la gauche perde son sens critique et laisse la seule extrême-droite raciste réagir ?

Certes, la gauche n’approuve pas les "excès" des intégristes et autres fous de Dieu, mais sur le fond, voyons, tout de même, soyons nuancés... n’offensons pas, ne blasphémons pas... Oui, voici le mot qui est constamment prononcé sur les télés françaises, par les bouches les plus diverses politiquement : "blasphème" ! Depuis quand ce mot fait-il partie du vocabulaire de la République laïque française ? Il faut croire en Dieu pour blasphémer... Et l’on n’est pas islamophobe pour la seule raison qu’on ne s’impose pas les restrictions diverses que les croyants s’imposent. Rappelons la controverse sur le voile à l’école (c’est-à-dire pour les mineures de moins de seize ans à l’intérieur des locaux scolaires exclusivement), rappelons également l’exigence de piscines séparées pour les hommes et les femmes, l’exigence de services médicaux entièrement féminins dans les hôpitaux publics, l’exigence non pas seulement qu’on ne serve pas de viande de porc dans les cantines scolaires, mais aussi que toute la viande qui y est servie soit hallal, la demande de modifications du cursus scolaire pour les filles : pas de cours de sport, de biologie, de musique, de dessin, etc... - de dessin, disions-nous ? Eh oui : si, pour les intégristes musulmans, la représentation humaine est interdite, il va falloir que le reste de l’humanité cesse de dessiner, sinon c’est qu’elle est islamophobe, qu’elle ne respecte pas les croyances d’autrui....

C’est depuis des décennies déjà la tactique des intégristes : si vous ne pensez pas, n’agissez pas comme nous, n’obéissez pas à nos diktats, ce n’est pas parce que vous vous opposez à une forme de fascisme, c’est parce que vous êtes contre l’islam puisque l’islam c’est nous.

C’est le discours qu’ils ont tenu en Algérie, donc à d’autres musulmans, qu’ils considéraient comme kofr et assassinaient pour cette raison. C’est aussi le discours qu’ils tiennent en Europe. Et ça marche.... ils arrivent à intimider tant de monde avec ce raisonnement boiteux !

Or, ce que nous voyons progressivement arriver en Europe et en France, largement sous la houlette des intégristes musulmans, c’est l’imposition d’identités religieuses, et le respect forcé de façons d’être et de penser spécifiques à une religion. Ainsi les intégristes musulmans en France gagnent du terrain, car ils n’ont en face d’eux personne, à gauche, qui fixe les limites de leur liberté par rapport à celle des autres ; les seuls qui élèvent la voix sont les musulmans progressistes et les citoyens agnostiques et athées originaires des pays musulmans - qui savent pertinemment ce qu’ils ont à perdre dans cette montée de l’intégrisme en Europe - , mais ils n’intéressent pas les media.

Car fâcheusement les seuls à qui les media donnent la parole, ce sont les intégristes - comme si les seuls vrais musulmans à leurs yeux, c’étaient les intégristes, comme si un musulman se devait d’être un intégriste sinon ce n’en est pas un vrai. Racisme inconscient ?

Toujours est-il qu’à l’heure actuelle, ni Voltaire, ni Montesquieu ne seraient publiés en France : les éditeurs n’en prendraient pas le risque. Et si un petit éditeur courageux s’y lancait, il ferait l’objet d’une fatwa... Y aurait-il quelqu’un pour le défendre ? Probablement pas : on lui dirait qu’il a provoqué "les musulmans", qu’il ne respecte pas les croyances et la culture d’autrui. Rappelons que la pièce de Voltaire a été retirée des programmes à Genève, sous la pression des intégristes musulmans qui la jugeaient blasphématoire et offensante. Cela n’a soulevé aucun tollé.

Nous allons, il est clair, vers une profonde modification des valeurs en Europe. De précieux indices nous en avaient été fournis déjà lorsque la communauté Européenne avait envisagé de mentionner le christianisme comme valeur commune des Européens dans la Constitution, puis lorsqu’il avait été question de criminaliser le blasphème dans les lois européennes. Dans les deux cas, les représentants de la France laïque s’y étaient opposés. Mais on voit de plus en plus leurs hésitations et leur faiblesse, y compris au moment de la controverse sur le voile à l’école, devant la montée de l’intégrisme musulman. On les sent prêts à des compromis, au nom du respect des cultures et des religions, au nom de l’anti-racisme, au nom de la liberté d’expression, etc...

Les forces progressistes en Europe portent une immense responsabilité dans cette affaire : elles ont adopté le discours apolitique des droits humains, qui a efficacement servi les intérêts de la fraction fasciste des soi-disant "musulmans" et favorisé la représentation exclusive de toute une communauté par une alliance allant des conservateurs aux fascistes barbus.

La gauche européenne a gravement failli, dès l’affaire Rushdie - et les Etats européens ont manqué de clarté politique, le Danemark tout spécialement qui, depuis des décennies, a étendu sa bienveillance aux assassins du FIS et du GIA qui y ont trouvé un havre et s’y sont constitué une base arrière d’où ils préparaient et finançaient, entre autres, les attentats commis en Algérie. Il récolte maintenant les fruits de son aveuglement.

Si un bien pouvait sortir d’un mal, espérons que la grotesque affaire des caricatures du Prophète, loin d’amener des Etats à faire des excuses aux musulmans du monde entier - qui, rappelons-le, ne leur demandent rien, ce sont les intégristes qui le demandent - pose enfin la question en termes politiques : les Etats européens, les forces progressistes européennes, laisseront-ils les intégristes continuer à parler au nom de tous les "musulmans" (c’est-à-dire pour eux : croyants et non croyants originaires de pays musulmans), ou donneront-ils enfin aux forces progressistes originaires des pays musulmans la place d’interlocuteurs qu’elles méritent ? Avec leur aide, poseront-ils enfin les questions sociales urgentes qui doivent être résolues, pour qu’elles cessent de servir de prétexte et de justification à l’endoctrinement religieux intégriste d’une jeunesse qui a soif de reconnaissance sociale, de mixité sociale, de travail, d’intégration, en Europe.

En 1765 en France, le chevalier de la Barre, agé de 19 ans, fut accusé de blasphème pour avoir refusé de se découvrir au passage d’une procession catholique. Il fut atrocement torturé avant d’être exécuté. Le fait qu’il soit en possession d’une copie du Dictionnaire Philosophique de Voltaire fut interprété comme une preuve additionnelle de sa culpabilité. Les historiens y voient un facteur déterminant de la lutte pour la laïcité - c’est-à-dire la totale séparation de la religion et de l’état, dans la révolution française, - laïcité arrachée de haute lutte au pouvoir politique de l’Église catholique. Certes l’État garantit la liberté de croyance et de culte, mais aucun citoyen ne sera plus contraint de se plier aux diktats religieux de croyants quels qu’ils soient.

Si, dès maintenant, nous n’y prenons pas garde, si les forces progressistes n’ont pas assez de clarté politique devant ce qui se passe actuellement, si les musulmans progressistes, les agnotisques et les athées de pays musulmans ne sont pas écoutés lorsqu’ils mettent l’Europe en garde, alors d’autres Chevaliers de la Barre pourraient être mis à mal. Pour ceux qui ne croient pas en un ou des dieux, il est inconcevable de devoir adorer publiquement ce qui n’est pour eux qu’idoles de facture humaine. Que les croyants s’en fassent l’obligation, c’est leur affaire et leur droit, mais les lois de la République, les lois européennes ou les traités internationaux ne sauraient l’imposer à tous.

Source : Femmes sous lois musulmanes. L’auteure a autorisé Sisyphe à publier cette version révisée de son article paru le 7 février 2006.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 16 février 2006.


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Marieme Helie Lucas, sociologue et coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue
http://siawi.org

Marieme Helie Lucas, sociologue algérienne, a fondé avec d’autres femmes le Réseau international de solidarité Femmes Sous Lois Musulmanes et elle est la coordonnatrice de Secularism Is A Women’s Issue.



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  • Une correction à un mot beaucoup employé
    (1/1) 8 février 2007 , par





  • Une correction à un mot beaucoup employé
    8 février 2007 , par   [retour au début des forums]

    Le faite d’écrire et de ne plus connaître le nom même de notre prophète ,nous les musulman ,ici appelé par mohamet et chez nous on l’appelle Mohamade benou Abdi ALLAHE ,salawatoue Allahe sur lui, signifé que vous ne connais même pas l’islam et que t’a regroupé des mot pour ne faire que injurier les musulmans .et comme réponse à votre article ne parle jamais au non d’un peuple an disant que « des Etats à faire des excuses aux musulmans du monde entier - qui, rappelons-le, ne leur demandent rien, ce sont les intégristes qui le demandent »car aucun vrai musulmin ne peut tolérer de ce faire moqué de notre cher prophète car la première condition pour être un musulman est d’aimer et de respecter Mohamade, salawatoue Allahe sur lui ,qui est né pour donner que le bien à tous le monde.


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