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mardi 17 février 2009

"Polytechnique" et le féminisme au Canada en 2009

par Milaine Alarie, pour la CLAP






Écrits d'Élaine Audet



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Polytechnique est un film troublant, pas seulement pour les survivants au massacre ou pour les familles des victimes, mais pour tout Canadien et toute Canadienne. C’est une histoire de haine contre les femmes, mais surtout c’est une histoire réelle, locale et récente. Quoique le film n’a pas la prétention d’être un manifeste militant féministe, l’œuvre est un succès dans le sens où elle relance le débat sur la violence contre les femmes.

Polytechnique : une critique féministe

Polytechnique » est sans contredit un must, mais d’un point de vue féministe, ce n’est pas le film qu’on aurait voulu. En effet, le réalisateur s’attarde peu à situer l’auditoire dans le contexte social de l’époque et ne tente pas non plus de léguer un message à caractère politique. Très peu de références aux conditions sociales de l’époque sont faites, comme par exemple le combat journalier des femmes qui désiraient prendre la place qui leur revenait, autant dans le milieu universitaire que sur le marché de l’emploi. On n’aborde pas le mouvement féministe de l’époque, les droits que les femmes ont acquis à force de militantisme, ni toute la tension que ces changements apportaient. Car rappelons-nous, les années 80 ont été marquées par de nombreuses avancées pour les femmes d’ici, que ce soit l’inclusion des droits des femmes dans la Constitution Canadienne en 1981, l’adoption en 1983 d’une loi en vertu de laquelle un homme peut être accusé de viol contre sa conjointe, ou encore l’adoption au Québec de la Politique d’aide aux femmes violentées et de la campagne ‹‹battre sa femme est criminel››. Le film relate les événements, fait un clin d’œil aux conséquences sur la vie des survivants, sans plus.

Toutefois, le film est un must car l’histoire en soi est un message frappant, soit qu’il existe un certain nombre d’hommes pour qui le combat pour l’égalité entre les sexes n’est pas légitime et que, pour une minorité d’entre eux, la violence contre les femmes est justifiable, voire la solution à leurs problèmes. En ce sens, Polytechnique n’a pas raté le bateau en exposant la psychologie du tueur, cet homme qui en voulait aux ‹‹féministes›› et qui voulait faire ‹‹un acte politique››. Toutefois, l’erreur que pourraient commettre certains serait de croire que ce type de mentalité et de violence est un cas isolé.

Le sexisme, la violence et la lutte féministe en 2009

Les préjugés sexistes, les propos à contenu misogyne et la violence contre les femmes ne sont pas que choses du passé. Encore de nos jours, au Canada, on rapporte qu’une femme sur quatre est victime d’une agression sexuelle au cours de sa vie (1). En 2003, on a dénombré 16 458 victimes de violence conjugale, dont 86% étaient des femmes (2). Les femmes occupent seulement 20% des sièges à la Chambre des Communes au Canada, sans parler de la représentation sexiste des femmes dans les médias, et j’en passe !

L’égalité entre les sexes ne fait pas encore l’unanimité chez les hommes et quoique, pour plusieurs, il ne s’agit que d’une pensée refoulée ou d’un discours peu imposant, certains s’organisent et militent pour un retour au patriarcat d’antan et exercent un discours propagandiste contre les féministes et la lutte pour l’égalité que nous supportons, tel est le cas du mouvement masculiniste qui affirme que ‹‹le monde occidental disparaît sous la pression des femino-nazis›› (3). Loin d’être désuète, la lutte féministe au Canada est encore nécessaire, ne serait-ce parce que nous n’avons toujours pas atteint l’égalité, mais aussi parce qu’un mouvement de résistance anti-égalité gagne du terrain et menace les droits acquis par les femmes.

Bref, le film de Denis Villeneuve tombe à point dans le sens où il rappelle que la violence contre les femmes est une réalité et remet le sujet à l’ordre du jour. Même si l’œuvre n’a pas le mandat de critiquer les relations homme-femme en 2009, il contribue à sensibiliser la population à la question. C’est à nous de profiter de la perche qui nous est tendue pour faire avancer la cause féministe !

Notes

1. CALACS (2009), ‹‹Mythes et préjugés››.
2. Québec (gouvernement du) (2009), ‹‹Statistiques 2003 sur la violence conjugale››, Sécurité Publique Québec
3. Masculinisme.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 7 février 2009


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Milaine Alarie, pour la CLAP

L’auteure est bachelière en Études des femmes et en Développement international et mondialisation. Elle est aussi membre de la Collective des luttes pour l’abolition de la prostitution (CLAP), une jeune ONG féministe militant pour l’égalité entre les sexes, principalement pour l’éradication de toute forme d’oppression sexuelle.



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