| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






lundi 20 juin 2005

Semaine de sensibilisation au DES : de l’information, non de la publicité sur les médicaments

par Ellen Reynolds, DES Action Canada






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Mon accouchement, mon choix !
Le cancer du sein est une maladie, non une occasion de marketing
L’OMS appelle à agir au delà du secteur de la santé pour améliorer la santé des femmes
Corps féminin – désaccord/accord
La maternité, une question politique
La puberté précoce chez les filles. La nouvelle "norme" et pourquoi il y a lieu de s’inquiéter
À la santé d’un système public !
À vous, Québécoises, Québécois, malades ou en santé, riches ou pauvres : vigilance !
Décourager l’écoute de la télévision réduirait les risques d’obésité
Non aux mesures de contrôle ! Isolement, contention et substances chimiques
Soigner le système de santé par une augmentation de la part du privé : à diagnostic erroné, traitement nocif
Santé - Le Conseil du statut de la femme rejette le rapport Castonguay
Anorexie mentale - Dompter la douleur
L’ego et l’anorexie mentale
Note concernant le programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH)
Une campagne de vaccination contre le VPH : mais encore ?
Le RQASF demande un moratoire sur le programme de vaccination contre le virus du papillome humain (VPH)
Anorexie et boulimie - Parents, aidez votre enfant en détresse
J’ai enfin maigri une fois pour toutes !
La Thaïlande ose les génériques
Le marché de la beauté... un enjeu pour la santé - Colloque
Où en sommes-nous avec la grippe aviaire ?
Troubles du comportement alimentaire et découverte de la féminité
Compenser les donneurs de sperme ou d’ovules n’est pas LA solution
Un hommage aux organisations communautaires vouées à la santé des femmes
Image corporelle et identité féminine
Les femmes des régions rurales au Canada ont un accès limité aux services de santé
La néo-médicalisation et la santé reproductive des femmes
Journée sans diète, Coalition Corps-Accord
Au tour du Service à la condition féminine au MSS ?
Les prestations de compassion ne tiennent pas compte de la réalité
L’amitié entre femmes serait bénéfique pour la santé
Cessons de voir les infirmières comme un problème budgétaire
Hormonothérapie : les femmes ont été trompées
Le traitement hormonal de la ménopause augmente les risques de cancer du sein
Le Réseau canadien pour la santé des femmes







On dirait bien que même quand on connaît l’histoire, on est destiné à la
répéter.

En 1948, le diéthylstilbestrol (DES) était annoncé comme le « médicament
miracle » recommandé pour toutes les grossesses. Le visage souriant d’un
petit chérubin apparaissait dans les pages de revues médicales accompagné de la légende : « Est-ce vrai ? Oui, le desPLEX aide à prévenir l’avortement, la fausse-couche et le travail prématuré... en plus de donner des bébés « plus gros et plus forts ».

La publicité marche. Elle a marché pour le DES, qui a été prescrit à
quelque 200 000 à 400 000 femmes enceintes au Canada, entre 1941 et
1971. En dépit de données scientifiques remontant à 1952 prouvant que le
DES ne prévenait pas les fausses couches, ce médicament nocif a été
annoncé et prescrit pendant encore 18 années. Ce n’est qu’après avoir
été lié au cancer chez les filles de femmes qui en ont absorbé que le
DES a finalement été interdit d’usage pendant la grossesse. Les gens
exposés au DES continuent de subir les effets de la stérilité, des
anomalies reproductives et du cancer des décennies après la première
utilisation.

Cela s’est toutefois passé il y a trente ans. On pourrait croire que nous avons appris que la publicité des médicaments délivrés sur ordonnance doit être assujettie à une prudente réglementation. Apparemment, il n’en est rien.

Il suffit de considérer les dernières nouvelles entourant le médicament
Vioxx contre l’arthrite, auquel on attribue des milliers de morts
supplémentaires causées par une crise cardiaque. Au cours des cinq années pendant lesquelles le médicament était sur le marché, le fabricant, Merck, a dépensé environ 500 millions de dollars américains pour en faire la publicité auprès du public américain. En plus de ne pas traiter les symptômes de l’arthrite plus efficacement que d’autres médicaments du même type, le Vioxx coûtait beaucoup plus cher et s’est révélé beaucoup plus nocif.

La semaine de sensibilisation au DES, du 20 au 26 juin, est l’occasion
de se souvenir de l’héritage laissé par le DES, y compris cette leçon : la commercialisation des médicaments sur ordonnance ne peut plus continuer à éclipser la science. Dans les années 50 et 60, les médecins étaient la cible de la plus grande partie de la publicité sur les médicaments. Aucune publicité des médicaments sur ordonnance s’adressant directement au consommateur n’était autorisée au Canada. On ne peut qu’imaginer combien d’autres personnes auraient été exposées au DES s’il avait été promu à la télévision, sur les panneaux-réclame et les abribus, ainsi que dans les journaux et les magazines, comme les médicaments sur ordonnance le sont aujourd‚hui.

Publicité illégale et laxisme de Santé Canada

Ce que bien des gens ne savent pas, c’est que la publicité directe au
consommateur demeure toujours illégale au Canada, tout comme dans presque tous les pays industrialisés du monde, à l’exception des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande. Si nous sommes bombardés ici d’annonces de médicaments, c’est parce que Santé Canada n’applique pas la loi adéquatement et que les entreprises se sont empressées de profiter de cette situation.

Nous avons presque tous vu les publicités qui passent la frontière dans
les revues américaines et par la câblodistribution. Néanmoins, les
publicités de médicaments sur ordonnance conçues pour un public canadien
sont légèrement différentes. En 1978, une modification a été apportée à
la Loi sur les aliments et les drogues afin de permettre aux
consommateurs de comparer les prix des médicaments. Les annonceurs ont
été autorisés à mentionner le nom, le prix et la quantité du médicament,
à condition de ne faire « aucune autre représentation ». Cependant, en
novembre 2000, reprenant la disposition de 1978 sur la publicité, Santé
Canada a publié un document d’orientation disant que les entreprises
pourraient annoncer les médicaments sur ordonnance à condition de ne pas
inclure le nom et les renseignements sur l’usage prévu du médicament
dans la même annonce. La loi n’a pas changé, mais son interprétation,
oui. Inutile de dire que les entreprises pharmaceutiques profitent de
cette échappatoire juridique pour introduire toujours davantage de
publicité s’adressant directement au consommateur. Et Santé Canada laisse faire.

C’est ainsi que nous voyons des « invitations lancées à des patients »
qui incitent les gens à appeler un numéro 1-800 s’ils souffrent
d’obésité, d’hypertension artérielle, de dysérection, etc., ou encore
des annonces de marque qui nomment un médicament sans faire directement
référence au problème qu’il traite, comme par exemple, les peu subtiles
annonces de Viagra qui montrent une marque reconnaissable accompagnée
d’une forte dose de sous-entendus de nature sexuelle. Aucun de ces types
d’annonces ne cadre avec l’intention de la Loi sur les aliments et les
drogues.

En avril 2004, dans son rapport « Dans l’armoire à pharmacie », le Comité
permanent de la santé a reproché à Santé Canada une application insuffisante de la loi et un manque de vigilance. Parmi d’autres recommandations visant à augmenter la transparence et la surveillance après commercialisation des médicaments sur ordonnance, le Comité a déclaré que Santé Canada devrait appliquer la Loi sur les aliments et les drogues en faisant appliquer l’interdiction concernant la publicité destinée au consommateur.

Néanmoins, dans le cadre de l’actuel processus de renouveau législatif à
Santé Canada, le ministère propose tout le contraire, c’est-à-dire la
légalisation de la publicité directe des médicaments sur ordonnance en
tant que forme d’ « information du public ».

La publicité n’informe pas

La publicité est un outil de commercialisation efficace. Elle fait vendre. C’est pourquoi les entreprises dépensent des milliards de dollars chaque année dans les budgets de commercialisation, soit beaucoup plus que ce qui est dépensé en recherche et développement sur les médicaments. Néanmoins, la publicité ne fournit pas de renseignements fiables au grand public. Les annonces de médicaments sur ordonnance sont souvent trompeuses. Elles minimisent les risques, gonflent les avantages et laissent entendre que les médicaments peuvent servir à traiter un plus grand nombre de problèmes que ceux pour lesquels ils ont été approuvés. Les annonces se concentrent
essentiellement sur les nouveaux médicaments, qui sont habituellement
plus coûteux et ne constituent pas nécessairement le choix le plus
efficace et le plus sécuritaire. L’exemple du Vioxx en témoigne une fois
de plus : avec des témoignages de célébrités, des essais gratuits et des
images émotives suggérant un soulagement complet, le public était-il
réellement « renseigné » ou « éduqué » ?

Appelons les choses par leur nom et cessons d’accabler de publicité illégale les Canadiennes et les Canadiens qui sont simplement à la recherche d’information fiable sur les médicaments. Apprenons donc des
erreurs du passé et prenons exemple sur la plupart des autres pays
industrialisés du monde, où la publicité s’adressant directement au
consommateur demeure illégale. Inspirons-nous du Parlement européen où
une tentative d’introduire la publicité directe, faite en 2002, a été
judicieusement rejetée au nom de la santé publique. Les parlementaires ont alors voté massivement contre la légalisation de la publicité s’adressant directement au consommateur, alléguant que l’industrie pharmaceutique était « incapable de fournir de l’information impartiale sur ses médicaments ». Quand Santé Canada en viendra-t-il à la même conclusion logique ? Il est temps de faire cesser au Canada cette tendance à légaliser la publicité directe des médicaments sur ordonnance avant que cela ne devienne un fait accompli.

Ellen Reynolds est directrice des travaux à DES Action Canada et vit à
Victoria, en Colombie-Britannique. Documentation fournie par la Dre
Barbara Mintzes, chercheuse en médicaments et vice-présidente de DES
Action Canada. La semaine de sensibilisation au DES se déroule du 20 au
26 juin 2005.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 juin 2005.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Ellen Reynolds, DES Action Canada



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2005
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin