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lundi 21 novembre 2005

Compenser les donneurs de sperme ou d’ovules n’est pas LA solution

par Manon Sabourin, FQPN






Écrits d'Élaine Audet



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À la fin d’octobre et au début de novembre, le quotidien "Le Devoir" a publié, pendant trois jours d’affilée, trois articles sur la pénurie de dons de sperme, et ces trois articles présentaient le même point de vue alarmiste, celui défendu par l’Association canadienne de l’infertilité. L’article suivant, que "Le Devoir" n’a pas publié, a le mérite de présenter un autre point de vue, ce qui ne peut que servir
l’information à laquelle on a droit.

À la suite de l’éditorial de Josée Boileau paru dans Le Devoir du 31 octobre dernier « Manque de dons », il serait important de soulever quelques questions et d’apporter quelques précisions.

D’abord, prétendre que l’interdiction de rémunérer les donneurs pour leurs dons de sperme et d’ovules est une simple question de vertu ou de purisme est une bien mauvaise façon d’analyser les raisons sous-jacentes à cette interdiction. Ce règlement de la Loi fédérale sur la procréation assistée relève plutôt d’une question éthique importante, soit l’interdiction de la commercialisation du matériel reproductif humain. Cette interdiction s’appuie essentiellement sur la base du principe que le paiement de parties du corps ou de ces produits, tels que les gamètes, conduit à considérer que le corps humain peut être détaché de ce qui fait le support de la dignité de la personne humaine, le corps jouant un rôle important comme source du vécu et de l’identité de tout être humain.

D’autre part, il est important de faire quelques distinctions concernant le paiement, la compensation et le remboursement pour les dons de gamètes. Il est généralement admis, dans la plupart des pays où sont offerts les services de procréation médicalement assistée, que le paiement pour les dons de gamètes est contraire à l’éthique et donc interdit, comme c’est le cas ici au Canada. Par contre, certains jugent qu’il serait raisonnable de compenser les donneurs pour les désagréments subis (temps, déplacement, repas, etc.). Or, la ligne entre la compensation et le paiement est bien mince. En effet, de façon générale, la compensation est donnée en dédommagement ou en signe d’appréciation pour un service rendu. La valeur monétaire de la compensation relève donc de la subjectivité et représente généralement un avantage ou un gain pour la personne ayant rendu le service, puisqu’une somme d’argent supérieure à ses dépenses réelles lui est donnée.

Concrètement, cela peut vouloir dire qu’une clinique de fertilité pourrait décider de compenser un donneur de sperme en lui donnant 75$ pour le « dédommager » des « inconvénients » subis pour son don, alors qu’il lui en a peut-être coûté seulement 2.50$ pour un ticket de métro. Dans ce cas peut-on parler d’une forme de paiement et d’un incitatif au don ? Sans aucun doute.

Cela soulève une autre question importante. Si nous acceptons de compenser les donneurs de gamètes afin de les encourager à donner, accepterons-nous également de dédommager, moyennant une somme d’argent, les donneurs de sang, d’organes ou de moelle épinière ? Pour la plupart des gens la réponse est « non ». En effet, toute compensation inciterait, en premier lieu, des personnes démunies, des femmes particulièrement, à « vendre » leurs ovules, leurs reins ou leur moelle épinière. Une injustice que la très grande majorité d’entre nous refuserait. Et puis, combien vaut un rein, par rapport à de la moelle épinière, du sang ou un ovule ? Comment « chiffrer » les désagréments liés à un don d’une partie de son corps ? Souhaitons-nous vraiment en arriver là, à mettre en marché des parties de notre corps ?

Quant au remboursement, tel qu’autorisé par la Loi fédérale, celui-ci concerne les dépenses réelles encourues par le donneur et faisant l’objet d’un reçu. Cela a pour objectif d’éviter des paiements déguisés en remboursement de frais de toute sorte.

Comparativement au don de sperme, le don d’ovules nécessite une procédure comportant des risques pour la santé des donneuses. En effet, pendant plusieurs jours, celles-ci doivent se soumettre à toutes les étapes nécessaires au prélèvement d’ovules (inhibition de l’activité ovarienne, stimulation ovarienne, déclenchement du processus de maturation des ovules et ponction) qui exigent la prise d’importantes doses d’hormones lesquelles comportent des risques tel que le syndrome d’hyperstimulation ovarienne. Considérant ces inconvénients pour les donneuses, n’y aurait-il pas lieu de trouver une alternative plutôt que de souhaiter que davantage de femmes prennent de tels risques pour leur santé ?

Le don de gamète est un geste qui mérite non pas un montant d’argent, mais surtout réflexion. Faire un don de sperme ou d’ovule est loin d’être un geste banal puisqu’il a pour but ultime la création d’un être humain … et parfois plusieurs, comme c’est souvent le cas pour un don de sperme. On peut d’ailleurs questionner la véritable motivation des donneurs lorsque, faute de rémunération ou de compensation, ils refusent de faire un don. Et puis, avons-nous pensé au bien-être et aux droits des enfants nés d’un don de gamète ? Né du lot #460, le 3 novembre 2005… en échange de 50$…

Résoudrons-nous le problème de couples infertiles en compensant les donneurs ? Encore une fois, ce serait faire fausse route que d’y croire puisque l’accès à un don de sperme ou d’ovules ne garantit aucunement la naissance éventuelle d’un enfant et parce que les techniques de procréation assistée présentent un taux d’échec important, se situant autour de 75%.

Le débat sur la « pénurie » de sperme et d’ovules néglige de prendre en considération les déterminants socioéconomiques et environnementaux à l’origine de problèmes de fertilité. Les techniques de procréation assistée ne traitent pas l’infertilité, elles ne sont qu’une façon de contourner le problème. Alors, au lieu de parler de pénurie de dons, nous devrions plutôt intervenir en amont des problèmes de fertilité en investissant dans la prévention et la recherche des causes de l’infertilité.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 novembre 2005.


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Manon Sabourin, FQPN
FQPN

L’auteure est chargée de projet à la Fédération du Québec pour le planning des naissances.



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