| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






dimanche 23 janvier 2005

Des jeunes féministes et des proféministes refusent le projet de « nouveau contrat social » du CSF

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


La Commission des affaires sociales retient plusieurs demandes des groupes de femmes
La CRÉ de Montréal propose un débat national sur l’égalité entre les femmes et les hommes
La commission parlementaire sur l’égalité vue par L’aut’journal
Discrimination systémique dans la fonction publique du Québec
Une politique d’égalité doit s’appuyer sur des assises théoriques solides
L’approche sociétale renvoie à la symétrisation
Le Conseil du statut de la femme rectifie des propos à son égard
Salvya rend hommage au féminisme radical et à la « vieille garde »
On assiste à la naissance d’un « masculinisme d’État », selon le Collectif proféministe
Pas n’importe quel « conseil de l’égalité », dit Option citoyenne
L’R des centres de femmes demande un engagement ferme à éliminer la discrimination
On encourage l’exode des femmes du Saguenay, selon LASTUSE
Le leurre de l’acquis : le patriarcat et la discrimination systémique perdurent au Québec
Pour le droit des femmes à l’égalité
Non à la symétrisation et à un conseil de l’égalité
Un combat à mener par l’État et par la société civile
La ministre Courchesne voulait-elle intimider la Chaire d’étude sur la condition des femmes ?
Garder le cap sur la véritable égalité
La Commission parlementaire sur l’égalité débute le 25 janvier
Principes de Montréal relatifs aux droits sociaux, économiques et culturels des femmes
Profil du statut des femmes au Québec
D’une politique de condition féminine vers une politique pour l’égalité
La page de Netfemmes sur la commission parlementaire sur l’égalité
Horaire des auditions de la commission parlementaire sur l’égalité
Les travaux de la commission et le Journal des débats
Mémoire des Tables régionales des groupes de femmes du Québec
Mémoire de la Fédération des femmes du Québec et de Relais-Femmes
L’Avis du CSF pour un "nouveau contrat social" : candide et racoleur
Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes
Préparation de la Commission parlementaire portant sur l’égalité
De l’égalité de droits à l’égalité de fait
Un nouveau mandat souhaité pour le Conseil du statut de la femme
Un "Conseil de l’égalité" : une arme tournée contre les femmes
L’approche intégrée de l’égalité : contexte et perspective critique
Une commission parlementaire pour débattre d’un nouveau concept d’égalité
Il faut continuer d’avancer







Alors que le Conseil du statut de la femme prétend répondre aux attentes des jeunes en proposant un « nouveau contrat social » pour l’égalité, qui prend nettement ses distances du féminisme, des jeunes féministes du groupe Salvya et du Centre des Femmes d’aujourd’hui n’adhèrent pas à ce projet. Des hommes du Collectif proféministe n’en veulent pas davantage et affirment que « l’agenda masculiniste s’est infiltré dans le document de consultation » du CSF, Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes.

Dans leur mémoire soumis à la commission parlementaire qui commencera ses auditions le 25 janvier, les jeunes féministes reprochent au Conseil du statut de la femme de se servir du discours des jeunes femmes, présenté comme antiféministe, afin de « délégitimer le féminisme en général et de mettre en place l’idée de la nécessaire intégration des hommes dans le nouveau contrat social pour l’égalité ». « La non-mixité, tout comme le féminisme, sont des notions qui auraient dû se voir mieux diffusées socialement, disent-elles, avant que l’on ose affirmer qu’elles sont dépassées ou rejetées par les jeunes femmes. Le féminisme et la non-mixité sont actuellement diabolisés par les médias, et les femmes s’affichant comme féministes s’exposent à diverses représailles ».

Une "vision naïve" du changement social

Le Conseil du statut de la femme propose, selon ces jeunes, « une vision naïve du changement social » et « évacue en douce » une approche spécifique aux femmes, privilégiant une perspective de symétrisation des positions féminines et masculines, qui nie l’analyse des rapports sociaux de sexe, ainsi que « les efforts du mouvement des femmes pour interpeller et intégrer les hommes à leurs luttes ».

« L’égalité ne s’obtient pas par consensus », disent les auteures du mémoire. Pour qu’elle soit éventuellement atteinte dans les faits, les hommes, qui sont « les privilégiés du système actuel », devront collectivement faire leur part, « ce qui ne signifie pas qu’il faille dorénavant inclure à tout prix et indistinctement des représentants masculins dans les institutions qui luttent contre l’inégalité ». Ces jeunes femmes rejettent l’idée, suggérée dans le document de consultation, « qu’à la fois les hommes et les femmes sont confrontés à des discriminations fondées sur l’appartenance de sexe (…) ». On insinue que le patriarcat ne profite à personne, disent-elles. « Et pourquoi fonctionne-t-il si bien et depuis si longtemps s’il n’y a que des perdants ? »

Le projet du CSF est « défaillant », estiment les jeunes femmes, car il ne s’appuie ni sur une réflexion théorique ni sur des recherches empiriques concernant les rapports sociaux de sexes, le phénomène de résistance des dominants au changement et les dangers de récupération au sein de structures mixtes oeuvrant pour le droit des femmes à l’égalité. « L’expertise féministe, sous-utilisée et sous-estimée, offre de nombreuses analyses et des pistes de solution au manque d’engagement des hommes et des garçons dans le projet de l’égalité entre les sexes, écrivent-elles. Encore faudrait-il que cesse d’être véhiculée, et ce, tant dans les médias que dans les instances gouvernementales, l’image complètement erronée du féminisme comme étant une position extrémiste (souvent décrite comme un pôle dont l’opposé serait le masculinisme) rejetant les hommes et leurs savoirs, voulant assurer la domination des femmes ».

Les jeunes femmes recommandent que le Conseil du statut de la femme ET le Secrétariat à la condition féminine soient maintenus comme instances autonomes, et qu’ils adoptent une approche spécifique aux femmes. Elles réclament la nomination d’une ministre en titre à la condition féminine et l’octroi de ressources plus importantes « pour documenter la situation des jeunes femmes et qu’on reconnaisse les jeunes féministes comme interlocutrices valables et actrices sociales porteuses d’un projet d’égalité ». Enfin, ces jeunes femmes souhaitent qu’on enseigne le féminisme aux jeunes et que le CSF et le mouvement des femmes maintiennent leurs liens, mais que le mouvement des femmes conserve son indépendance de pensée et d’action.

Un masculinisme d’État ?

De son côté, le Collectif proféministe aurait préféré qu’on parle du droit des femmes à l’égalité plutôt que l’égalité entre les hommes et les femmes. Il affirme que « le discours antiféministe ambiant pèse sur l’analyse présentée dans l’avis » du CSF. Une analyse qui tend à déresponsabiliser les hommes et sous-tend une symétrisation des positions des hommes et des femmes, que le collectif ne peut accepter. Le document de consultation reprend à son compte des prétentions masculinistes qu’il présente comme des réalités (notamment sur le suicide, les problèmes de santé des hommes, le décrochage scolaire des garçons). Comment ces prétentions sont-elles devenues des réalités ?

« Les stratégies employées prennent deux cibles, poursuit le collectif : les médias et les hommes et femmes politiques, et elles utilisent deux véhicules : des mémoires présentant leurs doléances et le harcèlement par la multiplication de lettres et de courriels envoyés à répétition ». Ces stratégies ont donné des résultats tant dans les médias qu’au gouvernement, « notamment mais pas exclusivement au Ministère de la santé et des services sociaux ». Le Collectif proféministe se demande même si le Québec n’est pas en train de construire un « masculinisme d’État » ? « Il serait tout à fait paradoxal, dit-il, que cette commission parlementaire transforme le CSF et le SCF en une nouvelle porte d’entrée de l’agenda antiféministe ».

Ces structures, fruits des revendications des femmes, dans les années 60 et 70 « sont des acquis du mouvement des femmes et ils leur appartiennent ». Quelle serait la contribution des hommes au sein de ces structures ou d’un nouveau Conseil si ce n’est d’entraîner l’abandon de l’approche spécifique ou sa dilution dans « des problématiques généralistes » ? Pour le Collectif, « souhaiter que les hommes et leurs problématiques intègrent les structures que les femmes se sont gagnées, ce serait se faire complice d’une véritable confiscation  ! »
Quant à faire des hommes des « sujets, acteurs et concepteurs de politiques et d’actions », comme le propose candidement le document CSF dans la foulée masculiniste, le Collectif proféministe rejette cette proposition : « Cela revient à invalider les pratiques et les savoirs féministes élaborés au fil des ans », répondent ces hommes à un organisme qui s’appuyait jusqu’ici sur ces pratiques et ces savoirs. Qu’est-ce qui permet de supposer que ces changements inciteraient les hommes à prendre en compte, plus que maintenant, les expertises et analyses féministes ? « Qui, du côté des hommes, a demandé une participation au CSF, sinon les masculinistes eux-mêmes ? »

Le Collectif proféministe propose que les hommes soient plutôt « en appui et en retrait » du mouvement des femmes. « En retrait », cela veut dire « refuser, comme homme, de définir les discriminations que vivent les femmes en tant que femmes ». Toutefois, les hommes qui veulent contribuer à créer l’égalité disposent de bien d’autres moyens : « Ils peuvent le faire dans la composante sociétale du mouvement des femmes plutôt que dans les structures que les femmes se sont données. Par exemple, en se dissociant et en dénonçant les masculinistes qui continuent à prétendre parler en leur nom, en partageant véritablement le soin des enfants et celui des parents âgés, les tâches domestiques et le suivi scolaire, en remettant en question les processus de hiérarchisation des hommes entre eux ».

À la lumière de ces analyses, on peut mesurer l’importance du virage que le Conseil du statut de la femme a effectué depuis le courageux « Coupables… et fières de l’être » de sa présidente dans la Gazette des femmes d’avril 2003 qui dénonçait l’offensive antiféministe. Le document de consultation du CSF représente presque une reddition. Sous l’influence d’un gouvernement sans vision pour lequel le droit des femmes à l’égalité ne constitue pas une priorité, le CSF renonce à la démarche féministe et à son ancrage dans le mouvement des femmes, qui ont fait son succès depuis 30 ans. Dans cette position, peut-il empêcher la dilapidation de l’héritage féministe, un ensemble d’acquis résultant de tant de luttes, d’actions, d’innovations, d’apprentissages et de recherches ?

Pour lire ou télécharger les deux mémoires :

- Mémoire du groupe Salvya : « Des jeunes féministes s’opposent à un conseil de l’égalité ».
- Mémoire du Collectif proféministe : « Pour le droit des femmes à l’égalité ».
- Lire également : Micheline Carrier, « L’Avis du Conseil du statut de la femme pour "un nouveau contrat social" : naïf et racoleur ».

Autre information importante

- « La Commission parlementaire sur l’égalité commence le 25 janvier ».
- On peut consulter « Vers un nouveau contrat social pour l’égalité entre les femmes et les hommes » sur le site du CSF et lire mon commentaire sur ce document.
- Des mémoires des groupes de femmes sont en ligne sur le site du Réseau des tables de concertation.
- Sisyphe en publiera éventuellement quelques autres.
Netfemmes également. Visitez régulièrement la page d’information de Netfemmes sur la Commission parlementaire.
- Enfin, Cybersolidaires et l’ORÉGAND diffuseront une veille informationnelle sur leur site respectif.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 janvier 2005.


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2005
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin