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samedi 14 février 2004 Coupables...et fières de l’être !
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En ces temps de croisade antiféministe, nous plaidons coupables devant nos inquisiteurs. Oui, coupables d’avoir contribué aux avancées des femmes et de la société québécoise en général. Nous, féministes, avouons avoir rêvé d’une vie meilleure où femmes et hommes partageraient des valeurs égalitaires. Pis encore, nous y avons travaillé avec acharnement et passion. À la barre des témoins, des milliers de femmes : intervenantes dans les maisons d’hébergement, enseignantes, chercheuses, syndicalistes, artistes, ingénieures, militantes, politiciennes, mères de famille. Autant de fourmis travaillantes et patientes qui ont contribué à faire du Québec une des sociétés les plus progressistes au monde et pour qui démocratie rime avec égalité, tant dans la vie privée que dans la vie publique. Oui, nous avons déposé une requête devant la société québécoise pour réclamer l’égalité des sexes. Chemin faisant, nous avons parfois bousculé les hommes, mais sans jamais cesser d’aimer ces pères, ces frères, ces amis, ces fils, ces collègues et ces amoureux, que nous côtoyons au quotidien. C’est un système, que nous avons remis en cause, et non pas le sexe masculin. Oui, nous les avons sommés de céder un peu de leurs privilèges, de nous admettre dans le cercle sacré du pouvoir, de tendre l’oreille et de changer le cours des choses avec nous. En retour, nous leur avons offert des compagnes responsables, autonomes, capables d’assumer avec eux la charge d’une famille, les délestant ainsi du poids du rôle de l’unique pourvoyeur. Et aussi des amoureuses épanouies avec qui entamer une relation riche et nourrissante, basée sur le dialogue et le respect mutuel. Oui, nous sommes coupables d’avoir cherché à briser le carcan des stéréotypes. Et de vouloir encore et toujours une société diversifiée où les jeunes puissent choisir un métier, une vie, en fonction de leurs aspirations, et non de leur sexe. Coupables aussi d’avoir incité les pères à se rapprocher de leurs enfants et, par la même occasion, d’avoir obtenu un congé parental dont pourront bénéficier autant ces derniers que les mères. Nous avons commis le crime de participer davantage à la vie citoyenne et au marché du travail. Des preuves de notre culpabilité ? L’augmentation fulgurante du nombre de femmes sur le marché du travail, ces trois dernières décennies, leur entrée massive à l’université ; la première femme astronaute, chauffeuse d’autobus, rectrice d’une université. Oui, nous avons franchi le parvis de la nef du pouvoir, pour devenir députées et ministres, juges et procureures. Devrions-nous être condamnées au bûcher comme les sorcières sous l’Inquisition ? Les fées avaient soif et elles ont bu. Soif de justice et de liberté. Et dans cette quête, nous sommes persuadées plus que jamais que nous pouvons tous, hommes et femmes, nous abreuver à la même source. Nous nourrir du même désir d’un monde meilleur. Les féministes ont fait un vibrant plaidoyer pour que la violence ne soit plus une affaire privée, mais un crime reconnu publiquement. Nous nous sommes faites les avocates de relations sous le sceau de la tolérance et du respect. En cela, le mouvement des femmes a contribué à ériger une société qui prône des valeurs pacifistes et dénonce la violence sous toutes ses formes. Oui, nous avons résisté, protesté contre l’ordre établi. Même des hommes ont rejoint la résistance. Ils ont vu tout le possible, toute la richesse d’une société plus juste. Des hommes qui ont pu retirer la chape du héros infaillible qui leur pesait lourd sur les épaules. Des égaux avec qui nous partageons notre vie. Des partenaires sans qui nos propres avancées auraient été encore plus difficiles, voire impossibles, à réaliser. Aussi le Conseil du statut de la femme a-t-il décidé de rendre hommage à ces compagnons de route au moment de fêter ses 30 ans, au mois de mai (voir page 36). Je souhaite que ce soit l’occasion de célébrer ensemble les fruits du féminisme, cette révolution pacifique pour laquelle le sang n’a jamais eu à couler. Alors, oui, nous sommes coupables et fières de l’être ! La sentence ? Une condamnation à vivre les unes avec les uns. À continuer de bâtir, ensemble, une société où femmes, hommes et enfants aient la même valeur, les mêmes droits, les mêmes chances. Article paru dans La Gazette des femmes, mars-avril 2003, p. 5, Conseil du statut de la femme, Gouvernement du Québec. Mis en ligne sur Sisyphe, le 28 mars 2003
Lire aussi sur Sisyphe : La stratégie masculiniste, une offensive orchestrée contre le féminisme, par Pierrette Bouchard © Droits réservés. Une autorisation du Conseil du statut de la femme est requise pour diffuser ces documents dans des médias électroniques ou autres. Par contre, nous vous encourageons fortement à indiquer sur votre site un lien vers ces documents. On peut se procurer La Gazette des femmes en kiosque. On peut aussi s’y abonner, soit sur le site du CSF à cette adresse, soit pour abonnement en ligne à cette adresse.
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