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jeudi 24 septembre 2009


Mot de la présidente
L’antiféminisme dans les médias - Atteinte aux valeurs d’égalité

par Christiane Pelchat, déléguée générale du Québec à Mexico






Écrits d'Élaine Audet



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N’ayons pas peur des mots ! Depuis toujours, l’émancipation des femmes dérange. Et sans doute que, de nos jours, la présence du discours antiféministe dans les médias en est une illustration concrète. Selon la Table de concertation de Laval en condition féminine (1), « les antiféministes s’opposent aux changements et particulièrement à ceux apportés par le mouvement féministe. [...] Les idées véhiculées dans les discours antiféministes suggèrent que l’égalité serait atteinte, que les femmes auraient trop de droits et que la société bafouerait ceux des hommes ». Le discours des antiféministes repose sur l’idée que les inégalités, de même que les différences d’attitudes et de comportements entre les femmes et les hommes, s’expliqueraient par essence plutôt que par la socialisation. Ainsi, la nature (féminine ou masculine) déterminerait non seulement la physiologie, mais aussi une multitude d’aptitudes et d’intérêts personnels. Ce qui est donc à craindre, et qu’il faut anticiper, est que cette tendance ne porte sérieusement atteinte aux valeurs d’égalité entre les femmes et les hommes.

L’éclosion de cette mouvance à l’endroit des féministes repose sur une genèse intéressante. Serons-nous surprises d’entendre que les masculinistes ne sont pas étrangers à tout ce cirque ? Sans doute que non. Mouvement peu étudié et encore mal connu, le masculinisme émerge de « l’idée que les hommes vont mal et qu’ils vivent une crise d’identité »…« Cette prétendue crise de la masculinité aurait une cause : les femmes, et surtout les féministes, qui domineraient la société québécoise d’aujourd’hui, alors que les hommes déchus seraient relégués dans des rôles méprisables (2). » Ce mouvement social – s’il en est un – serait formé d’un ensemble d’individus et de groupuscules qui oeuvrent à la fois pour contrer le féminisme et promouvoir les privilèges et le pouvoir des hommes.

Leur force de frappe est importante, voire démesurée, par rapport à la structure dont ce mouvement dispose et à la minorité d’hommes qui forment les groupes masculinistes. Pourquoi ? En langage publicitaire, nous dirions que les masculinistes occupent une place stratégique pour influencer l’opinion publique à l’égard de leurs revendications. Leurs armes de prédilection ? Les médias et l’espace public. Les travaux de la chercheuse Ruth Altminc (3) apportent un éclairage intéressant : « Dans la presse écrite analysée, le nombre des articles féministes ou proféministes est supérieur à celui des articles masculinistes. Cependant, ces derniers semblent avoir plus d’impact sur les lecteurs ou, au moins, semblent inquiéter les lectrices féministes, car à la lecture de la rubrique du courrier des lecteurs, l’impression reste celle d’être “bombardées” par de tels articles. Moins nombreux certes, mais plus efficaces, serait la conclusion à en tirer. » Extrêmement actifs grâce aux médias électroniques, les masculinistes mettent sur pied des sites Internet et investissent massivement les forums et les débats. Sous des dehors nobles – la promotion des droits des pères et des hommes –, leurs dénonciations visent plutôt le dénigrement du féminisme, des féministes et des femmes.

Dans un monde où la nouvelle aspire à être publiée avant même de s’être produite, des journalistes pressés par le temps reprennent une documentation douteuse fournie par des individus associés au mouvement masculiniste. Des chroniqueuses et des chroniqueurs expriment des opinions inspirées de propos antiféministes et certains journalistes adhèrent au discours de « l’homme en crise à cause des femmes et du féminisme », comme en témoigne le titre d’un article paru dans La Presse : « Les garçons, ces laissés pour-compte d’une société qui n’en a que pour les filles », alors qu’elles forment plus de la moitié de la clientèle des universités. Pourtant, les travaux du chercheur en éducation Jean-Claude St-Amant (4) ont clairement démontré que les garçons ont des notes semblables à celles des filles sauf en lecture et en écriture. Tout comme il n’y a pas de lien prouvé entre la proportion de femmes qui enseignent et les écarts de réussite entre garçons et filles (5), selon le Conseil supérieur de l’éducation. En fait, le problème n’est pas aussi grave que le discours ambiant le laisse croire. Ce sont davantage les garçons des milieux défavorisés qui ont des difficultés à l’école. Et la solution ne réside pas dans l’offre d’activités sportives destinées spécifiquement aux garçons pas plus que dans la non-mixité des écoles. C’est plutôt la fabrication des garçons par la société qu’il faut montrer du doigt, et la première piste d’intervention proposée par le chercheur vise justement à lutter contre les stéréotypes masculins et féminins.

Pourquoi si peu de sens critique ? Comment de tels mensonges ont-ils pu percer le filtre supposément objectif des médias ? La portée du discours antiféministe est majeure et la mouvance masculiniste est bruyante au Québec. Même les messages émanant du Conseil du statut de la femme sont souvent mal rapportés ou mal interprétés, donnant libre cours à des propos antiféministes.

Un antidote à administrer ? Des médias féministes forts. Et dans cet esprit, la Gazette des femmes peut aider à faire contrepoids à ce discours pernicieux et à en atténuer les effets pervers. Le dossier intitulé Le procès du féminisme, publié dans la Gazette au printemps 2003, est d’ailleurs toujours d’actualité (6). Désormais diffusée sur le Web, notre publication portera encore longtemps son message d’égalité entre les femmes et les hommes.

Notes

1. Marie-Josée Béchard, Paroles féministes, controns le ressac ! Réponses au discours anti-féministe, Laval, Table de concertation de Laval en condition féminine, 2005, 37 p.
2. Collectif d’auteurs sous la direction de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri, Le mouvement masculiniste au Québec. L’antiféminisme démasqué, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2008, 257 p.
3. Ruth Altminc, Médias et masculinisme à Montréal, Montréal, Table des groupes de femmes de Montréal, 2007, 31 p.
4. Jean-Claude St-Amant, Les garçons et l’école, Montréal, Sisyphe, 2007, 120 p.
5. Conseil supérieur de l’éducation, Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles, Québec, 1999, 119 p.
6. À lire ou à relire : http://www.gazettedesfemmes.com

NOTA BENE

La Gazette des femmes est maintenant gratuite et accessible en ligne en un seul clic (Format PDF), à son site.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 septembre 2009


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Christiane Pelchat, déléguée générale du Québec à Mexico
Conseil du statut de la femme

L’auteure a écrit cet article alors qu’elle était présidente du Conseil du statut de la femme.



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