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samedi 19 juillet 2003


Lettre au Centre des médias alternatifs du Québec (CMAQ)
Plus que sexisme ordinaire, provocation et " festival d’insultes "

par Micheline Carrier et Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



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« Il y a beaucoup d’erreurs dans ce drame. Beaucoup trop. Et si l’erreur, c’était d’être femme ? D’être toujours le bouc-émissaire de toutes les frustrations ? Et si l’erreur pour nous, comme société, c’était de penser que tout est gagné pour les femmes ? (...) Le laxisme, c’est de laisser circuler des propos haineux au nom de la liberté de parole. De combien de propos haineux envers les femmes l’assassin des quatorze victimes de cette insensée tuerie du 6 décembre 1989 avait-il nourri son esprit malade ? » (Jean-François Larivée, époux de Maryse Laganière, l’une des victimes de Marc Lépine, à l’École polytechnique de Montréal.
"La Presse", 6 décembre 1994)

À l’équipe éditoriale du Centre des médias altenatifs du Québec,

Nous avons pris connaissance du communiqué du 16 juillet 2003 qui annonce les décisions prises par votre équipe éditoriale afin d’empêcher les abus contre la liberté d’expression sur le site du Centre des médias alternatifs du Québec. Nous nous réjouissons et vous félicitons de ces mesures que nous ne commenterons pas avant d’en avoir constaté l’efficacité de facto.

Permettez-nous de vous faire part de quelques réflexions en marge de vos communiqués en rappelant au passage la situation qui a contraint le CMAQ à modifier sa politique éditoriale. Nous regrettons à ce sujet de ne pas partager tout à fait votre analyse qui comporte des omissions ou des "oublis" importants. C’est davantage l’interprétation des faits que le processus démocratique de votre démarche qui est ici en cause. 

Nous avons certaines réserves, notamment quant à votre compréhension des enjeux politiques et sociaux en cause dans l’assaut masculiniste dirigé contre les féministes pendant deux mois et demi sur le site du CMAQ. Nous nous interrogeons plus particulièrement sur votre aptitude à identifier le sexisme et les attaques ciblées contre les féministes. Nous nous demandons également pourquoi le CMAQ semble réticent à reconnaître explicitement qu’il a été pendant des semaines le théâtre, non seulement de propos diffamatoires et mensongers dispersés, mais d’une vaste campagne orchestrée contre le féminisme et des femmes, comme le prouve l’ensemble des écrits qui constituent désormais la petite histoire de cette dérive. (1) Cette campagne est sans doute l’une des plus virulentes manifestations du ressac antiféministe des récentes années et elle illustre magistralement le rapport de Condition féminine Canada publié en mars dernier. (2)

Interprétation réductrice des faits

L’équipe éditoriale du CMAQ a écrit dans son communiqué du 13 juillet : « Rappelons que depuis plusieurs semaines, une foire d’empoigne se déroule sur le cmaq.net entre un groupe d’hommes (dits "les masculinistes") et des lecteurs et lectrices proféministes (dont plusieurs bénévoles du CMAQ). Le débat, principalement alimenté par un très grand nombre de textes et de commentaires, souvent sur le mode de la provocation de la part des tenants de la "parole masculine", a dégénéré en des vendettas personnelles et a donné lieu à un festival d’insultes (des deux côtés) et carrément à des attaques diffamatoires. La crédibilité et la qualité du cmaq.net se sont retrouvées menacées par cette situation et des réputations ont été entachées. »

Le "débat" (sic) a "dégénéré" dès le début de mai et non dans les dernières semaines : un grand nombre de textes au donjon, estimés haineux et diffamatoires par l’administration du CMAQ, en font foi. Parler du "mode de la provocation des tenants de la parole masculine" pour qualifier des attaques systématiques contre les féministes et des féministes est un pur euphémisme. Faut-il rappeler encore une fois que cette "parole masculine", représentative d’une minorité, cherchait délibérément à discréditer et non à dialoguer. Réduire à "une foire d’empoigne" les propos mensongers et les attaques haineuses diffusés, du début de mai à la mi-juillet 2003, contre les féministes en tant que groupe et contre des femmes prises pour cibles (Diane Lavallée, Pierrette Bouchard, Vivian Barbot, Micheline Dumont, Linda Goupil et Micheline Carrier, notamment), cela revient à atténuer, sinon à nier, la réalité. Renvoyer dos-à-dos les victimes et leurs agresseurs (nous n’hésitons aucunement à les qualifier d’agresseurs) banalise cet assaut masculiniste qui va bien au-delà du sexisme ordinaire, de la provocation et d’un "festival d’insultes".

Si le CMAQ semble surtout avoir été dérangé par le "très grand nombre de textes et de commentaires" et par "sa crédibilité menacée", nous avons surtout été ennuyées, quant à nous, par leur contenu agressif, diffamatoire et harcelant contre un groupe progressiste et des femmes, les mères notamment. La gravité des propos n’est certainement pas équivalente "des deux côtés", comme on le croirait à vous lire, et la crédibilité et l’intégrité des PERSONNES nous importent davantage que celle d’un site qui se laisse ainsi envahir.

Ces abus, que vous mentionnez à nouveau dans votre communiqué du 16 juillet, " ont été caractérisés par un volume de soumissions disproportionné, soumissions teintées de procédés mensongers, de désinformation, de diffamation personnalisée, d’insultes ", NON PAS PRINCIPALEMENT " à l’endroit d’autres utilisateurs et utilisatrices du CMAQ ", MAIS BIEN PRINCIPALEMENT à l’endroit des féministes attaquées comme groupe et certaines comme personne. (Pour votre information, le fait d’être accusée de délire paranoïaque et de voir ses compétences universitaires discréditées par les premiers venus représente une atteinte à l’intégrité et à la réputation). Voilà un autre exemple d’une interprétation réductrice de la réalité.

Il est vrai que les attaques ont été, au cours des trois dernières semaines, plus nombreuses et insistantes à l’endroit de certains utilisateurs du CMAQ qui étaient identifiés comme pro-féministes. Est-il pire d’être attaqué en tant que pro-féministe que de l’être en tant que féministe ? Le discrédit, les propos haineux, la diffamation et la désinformation systématique qui ont été dirigés, depuis le début de mai 2003, CONTRE LE MOUVEMENT FÉMINISTE ET DES FEMMES ont causé des préjudices aussi graves, sinon plus, que les attaques des dernières semaines contre des " utilisateurs et utilisatrices " (on se demande bien lesquelles puisqu’elles ont été bien peu nombreuses - deux - à répondre aux commentateurs et leurs interventions ont été peu fréquentes dans l’ensemble) du CMAQ. Et ces propos sont pour la plupart encore accessibles sur le CMAQ au moment où ces lignes sont écrites.

Discriminés "en tant qu’hommes" : une fable

De plus, l’équipe du CMAQ fait sienne et accrédite une opinion masculiniste qui n’a aucun fondement social, culturel et politique. Des hommes, des femmes et des enfants peuvent être et sont victimes d’injustices en tant qu’êtres humains, et tout le monde, y compris les féministes, admettent ce fait. Bien sûr, des hommes comme des femmes rencontrent des problèmes personnels et souffrent en tant qu’être humains. Quant aux femmes, PAR SURCROÎT, elles sont victimes d’injustices fondées sur leur appartenance au genre féminin (traité comme un groupe, une classe), et ces injustices engendrent des inégalités persistantes que, d’ailleurs, l’équipe du CMAQ reconnaît dans son communiqué. Ces injustices systémiques, qui relèvent du sexisme et de la misogynie, ont poussé les femmes à s’organiser au cours des siècles pour défendre leurs droits collectifs, d’où la naissance et l’affirmation du féminisme.

L’histoire et la vie en société nous enseignent qu’il n’y a pas chez les hommes en tant que groupe des injustices "de genre" équivalentes, c’est-à-dire des injustices auxquelles les hommes en général seraient sujets en fonction de leur appartenance au genre masculin. La raison en est que la position sociale, politique et économique des hommes "en tant qu’hommes" ou groupe demeure une position dominante. Affirmer ce fait ne revient pas à nier la discrimination ou les injustices contre des hommes sur le plan individuel. Mais prétendre que des hommes sont victimes d’injustice "en tant d’hommes" dans notre société relève de la fabulation. Qui serait à l’origine d’un système d’oppression semblable au patriarcat et dont les hommes seraient victimes ? Si on insiste, nous demanderons, comme aux instigateurs de cette propagande mensongère, de donner des preuves. L’adhésion de l’équipe éditoriale du CMAQ à cette prétention masculiniste sème le doute quant à son aptitude à analyser des contextes sociaux, culturels et historiques, et à reconnaître les inversions masculinistes qui dénaturent les faits.

Le CMAQ doit contrer lui-même les abus

Enfin, le CMAQ invite les utilisateurs (et les utilisatrices) à lui soumettre « leurs plaintes concernant les abus ». Nous souhaitons que l’équipe du CMAQ puisse reconnaître elle-même les abus et assumer promptement ses responsabilités sans que les personnes lésées soient obligées de les lui signaler cas par cas, comme certain-es ont dû le faire au cours de ces interminables deux mois et demi. La crédibilité de certain-es auteur-es et de l’éditrice de Sisyphe, notamment, a été souvent attaquée sur le CMAQ par des menteurs et des abuseurs patentés. Des documents publiés sur Sisyphe ont été pillés et détournés de leur sens pour être utilisés dans un but de désinformation et de propagande antiféministe. Les conséquences de ces actes ne sont pas bénignes et le rappeler pourra, espérons-nous, aider l’équipe du CMAQ à en prendre conscience et à les éviter à l’avenir.

Sisyphe n’aspire nullement à devenir un site "public et ouvert" où n’importe qui peut écrire n’importe quoi ou copier ce qui l’arrange pour l’utiliser à n’importe quelle fin. L’éditrice de Sisyphe a déjà avisé certains membres de l’équipe du CMAQ de son objection à ce que les documents publiés sur son site soient reproduits en tout ou en partie sans autorisation, car ils y ont été et risquent encore d’y être utilisés systématiquement dans un but de désinformation. Il en va ainsi des interventions que nous pourrions faire sur des listes de discussion, comme Netfemmes, ou sur d’autres sites. Il ne saurait y avoir confusion ou erreur sur la personne puisque nous avons annulé nos enregistrements d’utilisatrices du CMAQ et que vous êtes dûment informés que Sisyphe ne publiera plus sur le site du CMAQ, pour un temps indéterminé, ni communiqué ni autre texte. Il vous appartiendra donc d’exiger les preuves devant d’éventuelles tentatives de reproduction et de rediffusion non autorisées.

Nous souhaitons à toute l’équipe du CMAQ un succès proportionnel à sa bonne volonté.

Micheline Carrier
Élaine Audet

NOTES

1. Au moment d’écrire ces lignes, la majorité de ces textes étaient toujours accessibles au public sur le CMAQ bien que plusieurs aient été étiquetés sexistes, diffamatoires ou mensongers par l’administration. Et ce sont bien des féministes qui y sont attaquées et non des "usagers et usagères" du CMAQ.
2. Pierrette Bouchard, Isabelle Boily et Marie-Claude Proulx, « La réussite scolaire comparée selon le sexe : catalyseur des discours masculinistes », rapport de Condition féminine Canada, Gouvernement du Canada, mars 2003.

Mis en ligne sur Sisyphe le 19 juillet 2003


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