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samedi 1er décembre 2012

Entrevue de Julie Bindel au COUAC : "Les pro-prostitution ne se soucient pas des femmes."

par Martin Dufresne






Écrits d'Élaine Audet



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Julie Bindel, journaliste et militante

Julie Bindel est journaliste indépendante et militante politique. Co-fondatrice de la campagne de réforme du droit « Justice for Women » au Royaume-Uni, elle est aussi co-éditrice d’un livre sur la féministe Emma Humphreys et de plusieurs articles de recherche sur la violence sexuelle et le droit pénal, souvent publiés dans The Guardian. On peut lire plusieurs de ses textes en français sur le site Sisyphe.org.

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Le COUAC lui a parlé à l’occasion de son passage à Montréal fin octobre à l’invitation de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES), pour la conférence « Vers de réelles alternatives à la prostitution pour les femmes », organisée mercredi le 28 novembre, à 14 h au 7595 boul. St-Laurent (métro Castelnau).

Le COUAC (LC) : Quelles sont d’après vous les questions les plus urgentes qui menacent les femmes et les droits à l’égalité au Royaume-Uni ?

Julie Bindel (JB) : La violence sexuelle – qu’il s’agisse de sa crainte ou de sa réalité – est le seul enjeu qui unit l’ensemble des femmes partout. Les hommes de droite et de gauche peuvent minimiser cet enjeu et l’importance des agresseurs, mais c’est notre lutte la plus urgente aujourd’hui.

LC : À la suite des révélations entourant Jimmy Savile, [un célèbre animateur de la BBC qui a agressé des centaines d’enfants], les médias britanniques ont désigné d’autres célébrités soupçonnées de telles violences. Même si ces reportages sont opportunistes, ne poussent-ils pas l’appareil de justice pénale à offrir plus de justice aux victimes, en brisant le silence entourant certains hommes célèbres et en dénonçant ce que vous appelez la « complaisance policière » ?

JB : Les médias peuvent jouer un rôle utile et ils doivent le faire, mais ils ne peuvent jamais remplacer l’appareil de justice pénale.

LC : Une survivante de prostitution, Rebecca Mott, soutient sur son blogue (http:// rmott62.wordpress.com/) que l’accent mis sur d’anciens agresseurs célèbres risque de déplacer une préoccupation face aux agresseurs contemporains et à leurs victimes, p.ex. les jeunes femmes recrutées en centres d’accueil par l’industrie du sexe. Comme vous, elle s’inquiète de ces « violences quotidiennes ». Qu’en pensez-vous ?

JB : Je partage jusqu’à un certain point la perspective de Mott, mais je crois que les questions soulevées par la dénonciation de Savile et de ses semblables vont sortir de l’ombre certaines vérités sur les violences faites aux jeunes en général. Par exemple, j’ai été approchée par plusieurs femmes et hommes qui souhaitent aujourd’hui faire connaître ce qui leur est arrivé, après des décennies de silence.

LC : Il y a des gens qui se mobilisent pour empêcher des violeurs non réhabilités de revenir s’installer, à leur sortie de prison, dans une communauté où ils ont fait des victimes. Vous écrivez que « le vigilitantisme est une forme médiocre de justice ». Mais peut-on blâmer ces personnes de chercher une justice réelle ? Et y a-t-il un risque que l’État refuse à nouveau de divulguer où ces hommes s’installent ?

JB : Si ces hommes sont toujours dangereux – et je crois que beaucoup d’entre eux le sont – ils ne devraient pas être libérés de prison. Mais la plupart des agresseurs ne sont jamais emprisonnés, voire même arrêtés. Qu’allons-nous faire ? Aller manifester devant chaque maison ? Ils sont partout.

LC : Interprétez-vous l’attitude individualiste d’auteures comme Caitlie Moran (How to Be a Woman), ainsi que le phénomène des blogues personnels de femmes, comme favorisant une prise de conscience et une identification féministe chez les jeunes femmes du Royaume-Uni ?

JB : Non. Moran est Moraniste, pas féministe. Ces jeunes femmes ont besoin de comprendre que le droit individuel de devenir strip-teaseuse ou de se marier est autre chose que se libérer du patriarcat.

LC : Les féministes universitaires du Royaume-Uni ont-elles une influence sociale significative dans certains domaines ?

JB : L’université joue un rôle important, mais la plupart des soi-disant féministes au Royaume-Uni et aux États-Unis en restent à une attitude pro-prostitution et postmoderne face à la violence sexuelle.

LC : Finn Mackay, de l’organisation UK Feminista, soutient que partisanes et opposantes de l’abolitionnisme pourraient convenir d’une plate-forme initiale : dépénaliser les femmes en prostitution et instaurer des mesures de réduction des préjudices, malgré leur désaccord au sujet du projet de dépénaliser bordels, prostitueurs et proxénètes. Croyez-vous que cela peut arriver et que le Royaume-Uni pourrait se rallier au modèle adopté en Suède et en Norvège ?

JB : Je suis entièrement d’accord avec Mackay, mais le camp pro-prostitution ne se soucie pas des femmes – il n’est motivé que par les profits et l’antiféminisme ; donc je ne crois pas qu’un tel consensus se fera facilement.

LC : Trouvez-vous difficile de voir tous vos articles traités avec autant de mépris par les hommes qui les commentent en ligne ? The Guardian vous appuie-t-il fermement malgré ces tentatives de censurer votre voix ?

JB : The Guardian appuie solidement le droit à la liberté d’expression, sauf pour une critique féministe/humanitaire de l’islamo-fascisme. Si l’on vous publie, il est devenu inévitable d’être la cible de propos haineux sur Internet et dans les médias sociaux.

LC : Certains militants du mouvement transgenre ont critiqué et fait fermer comme « sexistes » les centres de femmes sur les campus anglophones montréalais. À Vancouver, un centre pour victimes de viol a fait l’objet d’une poursuite (sans succès) pour avoir limité un poste de conseillère aux femmes qui le sont de naissance, plutôt qu’aux hommes devenus « transgenre ». Quelle est votre position à propos du droit des femmes à des espaces et des processus politiques non mixtes ?

JB : La plupart des transsexuels d’homme à femme veulent rester à la maison, tricoter et épouser Sean Connery un jour, mais il existe un groupe de misogynes vicieux dont la motivation est une occasion de détruire les espaces réservés aux femmes. Je les méprise.

LC : La lesbophobie s’aggrave-t-elle au Royaume-Uni, contrairement à ce qui aurait pu être un libéralisme accru ?

JB : Oui et non. Il appert que beaucoup de lesbiennes gravitent vers le souhait de vivre de façon aussi semblable aux hétéros que possible, avec des enfants et des chats et une vie domestique respectable, alors il est difficile d’en juger.

LC : Où trouvez-vous le soutien nécessaire pour continuer à lutter ? Y a-t-il une communauté de journalistes féministes sur laquelle miser, ou est-ce surtout des amies ?
JB : Des amies, et quelques hommes de qualité dans le monde des médias qui respectent nos opinions.

LC : Est-ce que quelque chose de dessine au Royaume-Uni en termes de mobilisation d’hommes proféministes ? Je me souviens de quelques textes qui avaient paru à ce sujet il y a trente ans dans le magazine Achilles Heelavant qu’il ne vire au masculinisme pur et dur…

JB : J’ai bien peur que non, mais si jamais des hommes veulent former un nouveau mouvement, ils sont libres d’utiliser ma cuisine comme base. Je suis même prête à payer le vin…

Entrevue réalisée par Martin Dufresne pour le COUAC dont le numéro de décembre est maintenant en kiosque.

Mise en ligne sur Sisyphe, le 30 novembre 2012


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Martin Dufresne

Longtemps associé au Collectif masculin contre le sexisme, créé en 1979, Martin Dufresne est connu comme un allié des milieux féministes et a produit dans plusieurs médias des analyses percutantes sur divers aspects de la condition masculine, ainsi que sur la violence faite aux femmes.



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