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mercredi 17 janvier 2007

Il va y avoir du sport, du charriage, de la désinformation et un dialogue de sourds

par Micheline Carrier






Écrits d'Élaine Audet



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Vendredi dernier, l’animatrice de l’émission « Il va y avoir du sport », à Télé-Québec, demandait à ses invité-es : « Écoute-t-on assez les groupes d’hommes ? » Pour le oui, la journaliste Ariane Émond et la chroniqueure Hélène Pedneault ; pour le non, le documentariste Serge Ferrand et le militant du groupe l’Après-rupture, Jean-Pierre Gagnon. En introduction, l’animatrice a pris soin de mentionner qu’elle n’avait pas invité d’extrémistes...(1)

On a parlé des sujets qui préoccupaient les défenseurs des droits des hommes présents : violence conjugale, garde d’enfants, suicide chez les hommes et décrochage scolaire chez les garçons. C’est Marie-France Bazzo elle-même qui a mentionné : « Outre le décrochage scolaire spécifique aux garçons, les hommes sont-ils victimes de discrimination systémique ? ». Ce qui est doublement faux. Le décrochage scolaire n’est pas une forme de discrimination, c’est un problème de société qui touche une minorité d’élèves. Le décrochage scolaire n’est pas spécifique aux garçons, des filles décrochent également, quoique dans une proportion moindre dont il conviendrait de chercher les causes. En 2000-2001, le taux de décrochage scolaire chez les ados de 17 ans se situait à 8,8% chez les filles et à 13,9% chez les garçons, un écart de 5,1% (2).

On peut bien se méfier des données statistiques, dont on se sert parfois pour distortionner les faits, elles n’en constituent pas moins un indicateur de tendance valable et utile pour l’étude de phénomènes sociaux, politiques et économiques.

Violence en milieu conjugal

Les données officielles sur la violence en milieu conjugal révèlent une réalité que plusieurs cherchent à occulter tant son envergure dérange une société qui se veut à l’avant-garde dans le domaine des rapports égalitaires entre les sexes. L’un des invités a avancé le nombre de 300 000 femmes victimes de violence conjugale, en prétendant que c’était là un « mensonge » fabriqué par le ministère de la Justice et des groupes de femmes. Je n’ai pas retrouvé ce chiffre, ce qui ne signifie pas qu’il soit sans fondement. Il pourrait, toutefois, concerner toutes les formes de violence faites aux femmes réunies, non seulement la violence en milieu conjugal. En examinant d’autres documents, je me dis que ce chiffre pourrait aussi être proche de la réalité.

Un rapport du Ministère de la Santé et des Services sociaux cite des données de l’Institut de la statistique du Québec (2002) : « Sur une période d’une année, plus de 100 000 Québécoises, soit 6% des femmes de 18 ans et plus vivant en couple, ont été victimes de violence physique de la part de leur partenaire », y lit-on. Cette donnée traduit seulement les cas de violence physique signalés à la police et dûment enregistrés. « La plupart du temps, écrit le MSSSQ, la violence faite aux femmes est associée à la violence physique. Pourtant il existe plusieurs autres formes de violence dont la violence psychologique, la violence verbale et la violence sexuelle. Les actes de domination sur le plan économique constituent aussi une forme de violence ; par exemple, un conjoint qui contrôle les dépenses et les revenus de sa partenaire sans son accord. » (3) J’imagine que personne ne contesterait que vider le compte bancaire familial pour que la conjointe ne puisse payer l’épicerie ni acheter des vêtements aux enfants constitue un comportement violent.

Tous les rapports affirment que les femmes sont les victimes de la violence entre conjoints dans une proportion d’environ 85%. Le rapport du MSSSQ cite, de plus, un document de la Sécurité publique du Québec qui déclare : « Les femmes sont les principales victimes d’homicide entre conjoints. Au cours des années 1995 à 2000, on a recensé 95 femmes tuées par leur conjoint, leur ex-conjoint ou leur ami intime, ce qui équivaut à 16,8 décès, en moyenne, par année au Québec. Les jeunes femmes de 15 à 24 ans sont celles présentant le plus grand risque d’être tuées par le conjoint ou l’ami intime, selon Statistique Canada 2000. C’est dans cette catégorie d’âge qu’on retrouve le deuxième plus haut taux de signalement d’affaires de violence conjugale à la police. » (4) Je ne fais donc pas de diffamation si je dis que la vie "conjugale" semble comporter, pour nombre de femmes, plus de risques qu’un voyage en solitaire à l’autre bout du monde.

Il ne s’agit pas de nier que des hommes puissent subir de la violence de la part de femmes, ni de négliger de les aider. Toutefois, il faut cesser de prétendre à l’existence d’une symétrie de la violence entre conjoints, prétention dont le but manifeste est d’instiller dans la population l’idée que les CALACS ou les réseaux d’hébergement pour les femmes violentées sont subventionnés sous de fausses représentations. L’Enquête sociale générale de 2004 (au Canada) est peut-être à la source de cette prétendue symétrie, que conteste l’Institut national de santé publique du Québec : « Attention, avertit l’INSPQ, les données de l’ESG de 2004 concernant la prévalence de la violence conjugale suggèrent que les femmes sont aussi violentes que les hommes. Ces données doivent être utilisées avec prudence et discernement, car elles vont à l’encontre de celles fournies par les services policiers qui rapportent des écarts importants entre les sexes, et [ces données] reposent sur une méthodologie controversée. Pour une analyse détaillée, se référer à la section Violence faite par les femmes ».

Combien coûte financièrement la violence faite aux femmes ?

À l’émission du 12 janvier, on a affirmé que le gouvernement québécois attribuait 500 millions de dollars à l’ensemble des groupes qui dispensent des services aux femmes. Je ne trouve pas confirmation de cette donnée non plus. Toutefois, la Trousse média sur la violence conjugale, préparée par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), avance que les coûts économiques de la violence faite aux femmes au Canada se chiffrent annuellement à 4,2 milliards de dollars au miminum « en services sociaux, en formation, en justice pénale, en travail, en emploi, en santé et en frais médicaux (estimation datant de 1995). Au moins la moitié de cette somme serait attribuable à la violence conjugale. Au Québec, comme la population représente environ un quart (25%) de la population nationale, les coûts associés à la violence conjugale peuvent être évalués à plus de 500 millions de dollars par année (d’après l’estimation de 1995) » (5). Il se peut que certains confondent le montant des coûts qu’entraîne la violence faite aux femmes au Québec (estimé à 500 millions$) avec les sommes que l’État attribue aux groupes qui offrent des services multiples aux victimes de cette violence (supposément 500 millions$) ?

Quoi qu’il en soit, si l’État distribuait 500 millions de dollars aux groupes de femmes du Québec, ce serait insuffisant, à mon avis, pour compenser toutes les conséquences de la discrimination systémique, des injustices, des inégalités et des violences. Ce sont des femmes touchant des revenus modestes, plusieurs y travaillant même bénévolement, qui ont mis sur pied et tiennent à bout de bras ces réseaux de services, assumant ainsi des responsabilités qui devraient relever de l’État puisque les femmes composent au moins 50% de la population. C’est la moindre des choses que la société les soutienne financièrement.

Hélène Pedneault a eu raison de rappeler que plus de 80% des divorces - ainsi que les ententes pour la garde d’enfants - se concluent relativement bien, quoi qu’en pense M. Landry dont les connaissances en la matière semblent limitées, ce qui ne l’empêche pas de se prononcer avec assurance (6). Si une ex-collègue de Bernard Landry a pris sa retraite parce qu’elle se sentait désabusée de « la discrimination des tribunaux envers les hommes » dans les cas de divorce et de garde, des dizaines d’autres femmes refusent de démissionner, en dépit de la discrimination systémique et quotidienne faite aux femmes, depuis des siècles, dans de nombreux domaines.

Le suicide

Pour ce qui est du suicide, les données que j’ai consultées diffèrent de celles avancées dans l’émission. 10 000 hommes se seraient suicidés au Québec, en un an ??? En 2001, 1334 personnes, c’est-à-dire 1055 hommes et 279 femmes se sont suicidés au Québec. Le taux de suicide est plus élevé chez les hommes (28,3% pour 7,4% chez les femmes, pour la même année), plus élevé également chez les jeunes gens (7). Le dernier rapport du Bureau du Coroner (mars 2005) confirme un nombre total d’environ 1200 suicides pour l’ensemble de la population québécoise, soit en moyenne 3 cas par jour (8), et une tendance à la baisse depuis deux ans (9). Comment, alors, 10 000 hommes québécois peuvent-ils s’être suicidés en un an ? En 10 ans, voulait-on dire sans doute, et ce serait tragique même s’il n’y en avait qu’un seul. Les taux de tentatives de suicide, indicateurs de détresse tout comme le suicide réussi, sont sensiblement les mêmes chez les deux sexes. Ce qui diffère davantage, selon les rapports, ce sont les moyens employés pour tenter de s’enlever la vie, les hommes utilisant des moyens plus susceptibles de réussir. Je ne souhaite pas que les femmes les imitent pour équilibrer les statistiques, mais tenir compte de ce facteur peut expliquer en partie l’écart entre les taux de décès par suicide chez les deux sexes. Les personnes suicidaires vivent une détresse extrême et appellent à l’aide. La société a l’obligation de leur donner les mêmes services indispensables pour qu’elles reprennent goût à la vie, qu’elles soient hommes, femmes ou enfants.

Qui attaque qui ?

Un invité d’« Il va y avoir du sport » a déploré le fait que des manifestant-es aient perturbé une rencontre d’un groupe d’hommes ou une présentation de son documentaire, un autre, le fait qu’on les traitait de « masculinistes haineux ». Il a affirmé que jamais les défenseurs des droits des hommes ne se sont livrés à de pareilles attaques contre des groupes de femmes. L’émission allait se terminer quand Ariane Émond a eu tout juste le temps de mentionner quelques exemples démontrant le contraire. Il y a trois ans, a-t-elle dit, le Conseil du statut de la femme a porté plainte parce qu’il était victime de harcèlement de la part de certains défenseurs des droits des hommes. D’autres sont entrés par effraction dans le local d’un groupe de femmes. Des sites Internet attaquent et diffament des groupes et des féministes depuis des années, certains moussent la vindicte contre les centres de femmes et affichent leurs adresses. Il y a trois ans, le site du Centre des médias alternatifs du Québec a été, de triste mémoire, le théâtre d’attaques diffamatoires contre des femmes connues et des groupes féministes, par des hommes qui disaient représenter les droits des hommes et des pères. Plusieurs féministes et des hommes pro-féministes ont subi du harcèlement et parfois des menaces par courriel. Dans l’un de ces cas, un homme a été trouvé coupable de 33 chefs d’accusation (10). Maintenant, les stratégies d’intimidation se modifient, on poursuit ou on menace de poursuivre en justice pour un oui, pour un nom (11). Enfin, les médias qui transmettent une information qu’ils savent douteuse ou fausse participent à cette entreprise d’intimidation contre les féministes et contribuent à miner les droits des femmes.

Bernard Landry était l’invité commentateur de cette émission. (Il était d’ailleurs invité, la même semaine, à une autre émission de Marie-France Bazzo, « Bazzo.tv », à la même chaîne. Un doublé !). Il a joué sensiblement le même rôle que l’humoriste de service de l’émission. Égal à lui-même, il semble absorber, comme une éponge retient l’eau, les préjugés à la mode pour les restituer au moment propice. Que pensent ses collègues et ex-collègues féministes de son appui à la théorie des hommes victimisés par les tribunaux ? Tous les hommes connus sollicités pour « affronter » (on assiste davantage à des affrontements qu’à des tentatives de dialogue, dans ce genre d’émission) les représentants des droits des pères ont décliché l’invitation, a dit l’animatrice. Par solidarité masculine ? Parce qu’ils partageaient leur point de vue ? Parce qu’ils craignaient leurs représailles ? À moins qu’ils aient estimé que leur présence pouvait donner à leurs vis-à-vis une crédibilité indue. S’il existe beaucoup d’hommes favorables au
féminisme, le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ne se manifestent guère. Je ne suis pas certaine que le Conseil du statut de la femme en trouverait, cette année, une dizaine qui oseraient s’afficher publiquement.

« Il va y avoir du sport », le vendredi soir, à Télé-Québec.

Notes


1. Elle n’a pas défini ce qu’elle entend par "extrémisme" et je ne suis pas sûre qu’elle ait jeté un coup d’oeil au site du groupe que représentait l’un de ses invités. Ce groupe a déjà publié un texte faisant l’apologie de Marc Lépine, le tueur de 14 jeunes filles à l’École polytechnique de Montréal, en 1989.
2. Jean-Claude St-Amant, « Comment limiter le décrochage scolaire des garçons et des filles ? ». L’auteur est chercheur en éducation, en particulier sur ce sujet, et consultant pour le ministère de l’Éducation du Québec.
3. « La violence, c’est pas toujours frappant mais ça fait toujours mal ».
4. Ministère de la Sécurité publique, « La violence conjugale : statistiques 2000 », cité par le MSSSQ, voir note 3.
5. Institut national de santé publique du Québec, Québec, 2006.
6. « L’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé réfute l’idée que les tribunaux discriminent les pères divorcés. Voir aussi « Mythes et réalités sur la garde des enfants et le droit de visite », par The FREDA Centre for Research on Violence against Women and Children. Joyal et Lapierre-Adamcyk écrivent : « Lors du premier jugement, on voit que les dossiers se règlent très majoritairement à la suite d’une entente entre les parents (78,2 %), les cas d’arbitrage ne représentant que 12,2 % et ceux où le juge agit par défaut 9,6 %. »
7. Annexe du rapport de l’INSPQ « L’épidémologie du suicide au Québec : que savons-nous de la situation récente ? », 2004.
8. Rapport annuel de gestion 2004-2005, Bureau du Coroner du Québec, en format pdf sur le site du Bureau du Coroner, et dans un document de l’INSPQ intitulé  »L’épidémologie du suicide au Québec : que savons-nous de la situation récente ? », 2004.
9. « Problèmes de santé », MSSSQ, 2005.
10. « Menaces par courriel à des groupes de femmes, 2 décembre 2005.
11. « Andy Srougi de Fathers4Justice poursuit Barbara Legault et la revue À bâbord ! », le 18 décembre 2006.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 15 janvier 2007

Lire aussi :

* Clairandrée Cauchy, « La nouvelle stratégie de Fathers-4-Justice », Le Devoir, 6 et 7 janvier 2007. Réservé aux abonné-es. Il se peut qu’on vous envoie aux archives payantes.
* Richard Shearmur, « Féminisme : accepter de se remettre en question », Le Devoir, 10 janvier 2007. Un article d’un auteur qui a la "gentillesse" d’aviser les féministes qu’elles "nuisent" à leur cause. Le discours paternaliste habituel auquel répond Francis Dupuis-Déri dans l’article ci-dessous.
* Francis Dupuis-Déri, « Fathers-4-Justice - Batman contre les féministes », Le Devoir, le 15 janvier 2007.


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Micheline Carrier
Sisyphe

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe.org et des éditions Sisyphe avec Élaine Audet.



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    (8/8) 15 janvier 2007 , par





  • Un débat qui dérape
    21 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Je veux vous mentionner un article de Mme Ariane Émond dans "Le Devoir" du 20-21 janvier : « Un débat qui dérape - Bienvenue aux hommes ! » Il reprend les mêmes points mais moins précisément et confirme ce que dit Mme Carrier dans le texte ci-dessus. Quelqu’un peut-il me dire s’il existe d’autres articles écrits sur cette "mouvance" comme l’appelle Mme Émond ?

    petite réctification socio-économique
    18 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    j’aurais juste une petite note à transformer...du vocabulaire économique et social.
    Lorsque l’on parle d’un écart entre 8,8 % et 13,9 %, on n’utilise normalement pas le terme "pour cent", mais on devrait parler en points, ainsi, "on note un écart de 5,1 points entre les deux nombres."
    cela étant, les chiffres restent ce qu’ils sont, je suis tout à fait d’accord, une suite énumérable et éphémère. quant aux causes et conséquences de chaque fait social, je trouve très courageux les chercheurs et chercheuses qui se lancent sur ces pentes parfois savonneuses.

    > Il va y avoir du sport, du charriage, de la désinformation et un dialogue de sourds
    18 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Durand, V. M., & Barlow, D. H. (2002). Psychopathologie : Une perspective multidimensionnelle. (Traduction de la 2e édition américaine de Abnormal Psychology : An introduction). De Boeck Université : Bruxelles. (Livre obligatoire d’un cours de psychologie à l’Université Laval.)

    "Les hommes choisissent en principe des méthodes beaucoup plus violentes, comme la pendaison ou une balle dans la tête... En effet, ces dernières (les femmes) tentent de se suicider au moins trois fois plus que les hommes (Bernam & Hobes, 1991)." pp. 366-367

    "En travaillant avec des enfants et des adolescents (Munoz, 1993), la plupart des chercheurs consacrent leurs efforts à inculquer à leurs jeunes patients des aptitudes sociales et orientées sur la résolution adéquate de problèmes... ont mis en évidence que des déficiences dans les domaines de la communication et de la résolution de problèmes, particulièrement au sein de la famille, sont caractéristiques des enfants déprimés..."
    Et si le temps passé à jouer à des jeux vidéo violents était un facteur dans le taux élevé de suicide chez les garçons ? (Ajoutons que ça ne les aide pas à assumer leur futur rôle de père.)

    Mme Christiane Ouellet a dit : "Je suis aussi longtemps intervenue, en tant que travailleuse sociale, auprès de femmes suicidaires. Ce qui les protégeait c’était l’empathie et le sentiment de responsabilité face à leurs proches (enfants, mère, père, etc.). Elles ne voulaient pas faire autant de mal aux proches en se suicidant ! Elles avaient en tête toute la douleur que cela leur causerait et, heureusement, cela me donnait, à moi comme intervenante, le temps d’agir, de tenter de les soulager un tant soit peu de cette détresse qui les habitaient. Si l’empathie et l’amour pour les proches est un facteur de protection contre le suicide pour une femme, peut-on explorer enfin cette avenue dans la problématique du suicide chez les hommes."

    C’est tout à fait vrai. J’ai déjà lu un article dans lequel Gilles Kègles, celui que l’on appelle "l’infirmier de la rue" à Québec, expliquait qu’il avait renoncé à se suicider en songeant à ses deux chats à la maison. Ils avaient besoin de lui. Qui allait s’en occuper ? Quelle destinée allaient-ils connaître sans lui ? Sans aller dans les détails, je peux affirmer que ç’a été la même chose pour moi. C’est mon amour des animaux qui m’a incitée à continuer.

    P. S. Arrêtez don’ toutes de regarder la télévision. Si un nombre suffisamment important de femmes cessent de la regarder, les décideurs vont peut-être finir par leur proposer un contenu qui répond à leurs besoins.

    Pourquoi ?
    16 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Une question à se poser est pourquoi Marie-France Bazzo invite ce genre d’hommes connus pour leurs outrances. L’un d’eux a écrit une bande dessinée misogyne, Les vaginocrates. Il a fait un documentaire que Radio-Canada a présenté et dont elle a ensuite dû rectifier une partie des faits. Et Marie-France Bazzo lui accorde crédibilité en l’invitant à son émission. Quant à l’autre, il a pourfendu les féministes dans plusieurs médias et représente un groupe qui publie un site aussi misogyne. On fait exprès, quoi, de donner la parole à des gens de mauvaise foi qui propagent les préjugés contre les femmes. Pourquoi ? Parce qu’on veut se montrer "ouvert", "impartial", "tolérant" ? Sur le dos des femmes.

    Marie-Thérèse Parent, Montréal

    Son "attitude destructrice" l’empêche d’avoir la garde partagée
    15 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Un article de Christiane Desjardins
    dans le journal La Presseet sur Cyberpresse

    Un bruyant militant de Fathers4Justice ne peut avoir la garde partagée de ses deux jeunes enfants en raison de son « attitude destructrice », vient de trancher le juge en chef de la Cour supérieure, François Rolland.

    L’homme, que nous ne pouvons identifier puisqu’il s’agit d’une décision en matière familiale, fait la vie dure à son ex-conjointe, depuis qu’ils se sont séparés en 2003 et qu’elle a demandé le divorce. Il soutient que ses enfants ne sont pas en sécurité avec son ex-conjointe, et prétend qu’elle souffre de maladie mentale. Ce qui est tout à fait faux. Extrêmement contrôlant, il s’est lancé dans une véritable guérilla judiciaire, qui a engendré plus de 230 inscriptions au dossier de la cour. Trente juges se sont succédé dans son dossier depuis 2003, et il s’est querellé avec presque tous. Le juge en chef a décidé de prendre l’affaire en main lui-même, après que l’homme, en pleine salle d’audience, eut grimpé sur une table, appelé la police, et injurié un juge qui venait pourtant de lui accorder, pour la première fois en trois ans, des droits d’accès à ses enfants pour une semaine pendant l’été.

    De son côté, madame raconte qu’ils se sont épousés en 1997, et que la relation a commencé à se détériorer quand elle est devenue enceinte du premier enfant, en 1999. Monsieur est devenu distant, et disait que « les femmes enceintes ne l’excitaient pas ». Après la naissance du deuxième enfant, en 2001, la situation aurait empiré, d’autant plus que les entreprises de monsieur périclitaient.

    - Lire la suite sur Cyberpresse, le 11 janvier 2007.

    NOTA BENE - « Le juge Rolland a donc accordé la garde à la mère, tout en accordant des droits d’accès à monsieur. Il a en outre ordonné à ce dernier de ne pas harceler ni dénigrer madame... »

    Qu’est-ce que la théorie de la symétrie de la violence dans le couple ?
    15 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Pour info, voici comment l’Institut national de la santé publique du Québec explique la théorie de la symétrie de la violence dans le couple ?

    « La théorie de la symétrie de la violence a vu le jour aux États-Unis à la suite de la publication des résultats des National Family Violence Surveys (1975 et 1985).
    Ces enquêtes suggèrent que la victimation subie par les hommes et par les femmes serait symétrique, c’est-à-dire que presque autant de femmes que d’hommes subiraient de la violence de la part de leur partenaire.

    Toutes ces enquêtes utilisaient un outil de mesure appelé le Conflict Tactic Scale (CTS ou grille de comportements gradués élaborée pour étudier les modes de résolution de conflit dans le couple).

    Cet outil a été largement utilisé par la suite en Amérique du Nord, notamment par Statistique Canada dans ses enquêtes sur la violence familiale et conjugale.

    Ainsi, dans l’Enquête sociale générale de 1999 sur la violence conjugale de Statistique Canada, où la Conflict Tactic Scale (CTS) a été utilisée, les femmes (8 %) et les hommes (7 %), ont obtenu des taux de victimation semblables. Les données de l’Enquête sociale générale de 2004 de Statistique Canada allaient dans le même sens avec des taux de violence conjugale de 7 % chez les femmes et de 6 % chez les hommes.

    Malgré son utilisation dans plusieurs enquêtes, la CTS ne fait pas l’unanimité chez les chercheurs. Plusieurs lui repprochent des lacunes méthodologiques importantes, dont notamment le fait de ne pas tenir compte du contexte de l’incident violent et d’exclure certaines formes de violence importantes.

    La CTS ne tient pas compte des intentions sous-jacentes aux actes de violence : « Rien n’indique si la répondante ou le répondant a frappé, donné des coups de pied ou mordu son ou sa partenaire par mesure de représailles ou en légitime défense ». « La CTS se contente de dénombrer le nombre de gestes violents commis par les gens et ne peut indiquer pourquoi des personnes ont recours à la violence. Même si les données de la CTS indiquent presque toujours que les femmes et les hommes sont également violents, le fait est que les gens ont recours à la violence pour des raisons différentes, les femmes principalement pour se défendre et les hommes principalement pour contrôler leurs partenaires féminins. »

    La CTS ne tient pas compte de la gravité des situations en cause (gravité des actes posés, fréquence des incidents, blessures subies, conséquences psychologiques, etc.).

    Il est clair que de ne pas tenir compte de la gravité des gestes et de baser la mesure de la violence conjugale uniquement sur les gestes physiques produira systématiquement des estimations de taux semblables chez les hommes et chez les femmes. « Par contre, l’introduction de variables mesurant non seulement le geste mais également sa gravité ou sa dangerosité produira des différences significatives entre les femmes et les hommes ».

    Dans l’Enquête sociale générale (ESG) de 2004, les dix questions qui ont permis d’établir les taux de violence conjugale ne traitaient pas de la violence psychologique, ni de certains comportements violents pourtant répandus : cracher au visage de son partenaire, l’immobiliser ou s’asseoir dessus, l’isoler par différents moyens, etc.

    Ainsi, bien que les taux globaux de violence conjugale de l’ESG de 2004 suggèrent des proportions relativement égales de femmes et d’hommes vivant certaines formes de violence conjugale, l’examen plus approfondi des résultats de cette enquête révèle qu’il existe malgré tout des différences majeures entre la violence subie par les femmes et celle subie par les hommes.

    Selon ces mêmes données : « Les femmes continuent à être victimes d’actes de violence conjugale plus graves et plus fréquents que les hommes, et elles subissent des conséquences plus graves suite à ces actes de violence ». Plus de deux fois plus de femmes que d’hommes ont signalé avoir été battues, cinq fois plus de femmes que d’hommes ont signalé avoir été étranglées, près de deux fois plus de femmes que d’hommes ont signalé avoir été menacées avec une arme ou un couteau et, enfin, plus de six fois plus de femmes que d’hommes ont signalé avoir été victimes d’une agression sexuelle. Voir les statistiques sur la gravité et les conséquences de la violence conjugale.

    La théorie de la symétrie de la violence dans le couple va aussi à l’encontre des statistiques policières qui rapportent un écart important entre les taux de victimisation des hommes et des femmes. Voir les statistiques sur la prévalence de la violence conjugale et de l’homicide conjugal.

    Dans la littérature scientifique, les auteurs qui critiquent la théorie de la symétrie de la violence dans le couple reconnaissent tous que les femmes peuvent effectivement exercer de la violence envers leur conjoint. Cependant, ils insistent tous sur l’importance de demeurer vigilants quant à la définition de la violence qui sous-tend cette théorie et quant à l’interprétation qui peut être faite de certaines données d’enquêtes.
    Voici quelques effets négatifs associés à cette théorie :

    - Elle peut être utilisée pour minimiser les besoins des femmes violentées.
    - Elle peut amener des femmes à surestimer leur propre violence.
    - Elle peut amener des hommes à minimiser leurs gestes violents et à exagérer leur victimisation.

    Source : INSPQ. Cette page donne plusieurs références renvoyant à des documents illustrant le propos.

    > Trop c’est trop !
    15 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    1- Je voudrais d’abord féliciter Hélène Pedneault et Ariane Émond d’avoir accepté de se confronter aux deux anti-féministes non extrémistes (imaginez les autres… !). Marie-France Bazzo aurait pu préciser que Ferrand est aussi l’auteur d’une bande dessinée très hostile aux féministes qu’il appelle les vaginocrates et que le groupe l’Après Rupture auquel appartient l’autre invité a déjà invité les hommes à une opération cassiers postaux destinée à bloquer les casiers postaux des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence avec des tracts pas particulièrement sympathiques, voire menaçants ; que l’Après rupture a traité de tous les noms l’ancienne présidente du CSF, Diane Lavallée tout comme la ministre responsable de la Condition féminine ; et que ses membres se rendent régulièrement dans les rencontres où on discute de féminisme, comme à l’UQAM où je les ai vus plusieurs fois débarquer pour intimider les participantes.

    2- On ne dira jamais tout le tort créé par l’imprimatur donné par l’Institut de la statistique du Québec à cette légende urbaine qui avance que la violence des femmes est aussi grave que celle des hommes. Les policiers, le personnel des urgences dans les hôpitaux ont beau répéter que c’est incomparable, le mal est fait. Même Stat Can préconise la plus grande prudence avec l’utilisation et l’interprétation de ces données. Quand un homme se sentira menacé dans la rue parce qu’une femme marche derrière lui, le soir, dans une ruelle obscure, on en reparlera… !

    3. Concernant la différence du nombre d’organismes d’aide aux femmes et ceux dédiés aux problèmes des hommes , quelqu’un pourrait-il rappeler à ces messieurs victimes du système, de même qu’à M. Rondeau, universitaire et désormais parrain de la complainte du mâle, que ces groupes ont vu le jour grâce au bénévolat des femmes pour faire face à l’absence de services publics destinés aux besoins spécifiques des femmes et que c’est après beaucoup de temps et avec BEAUCOUP BEAUCOUP DE BÉNÉVOLAT, encore aujourd’hui , que peu à peu l’État a un peu financé ces services essentiels. Combien d’argent pour le réseau des maisons d’hébergement (qui servent aux femmes et à leurs enfants) et combien d’argent dans le système pénitentiaire ( où se retrouvent plus d’hommes que de femmes ?) Ne sont-ils pas aussi essentiels l’un que l’autre ?

    • Rappel fait
      15 janvier 2007 , par
        [retour au début des forums]

      Quelqu’un l’a rappelé, l’auteur de l’article :

      "Quoi qu’il en soit, si l’État distribuait 500 millions de dollars aux groupes de femmes du Québec, ce serait insuffisant, à mon avis, pour compenser toutes les conséquences de la discrimination systémique, des injustices, des inégalités et des violences. Ce sont des femmes touchant des revenus modestes, plusieurs y travaillant même bénévolement, qui ont mis sur pied et tiennent à bout de bras ces réseaux de services, assumant ainsi des responsabilités qui devraient relever de l’État puisque les femmes composent au moins 50% de la population. C’est la moindre des choses que la société les soutienne financièrement."

      [Répondre à ce message]

    > Il va y avoir du sport, du charriage, de la désinformation et un dialogue de sourds
    15 janvier 2007 , par   [retour au début des forums]

    Bonjour,

    merci des précisions. c’est très bien fait (sauf les 100,000 suicides qui étaient sur une période de 10 ans) ; ce qui correspond à ce qu’ils disaient.

    Je tiens à souligner le courage et la patience d’Arianne et d’Hélène. Je les ai trouvées excellentes !! Elles étaient de merveilleuses représentantes du Mouvement.

    Merci !

    ginette rousseau

    • > Il va y avoir du sport, du charriage, de la désinformation et un dialogue de sourds
      15 janvier 2007 , par
        [retour au début des forums]

      Je n’ai pas trouvé dans les rapports le nombre de 100 000 hommes qui se seraient suicidés au Québec au cours des 10 dernières années. J’ai trouvé dans les rapports du Bureau du Coroner et de la Santé publique qu’il y avait eu entre 1200 et 1400 suicides par année au Québec, au cours des 10 dernières années. Suicides d’hommes, de femmes, d’ados ou d’enfants, c’est un chiffre total pour tous les suicides, pas seulement le nombre de décès par suicide chez les hommes. Mais si vous avez une autre source qui démontre le chiffre de 100 000 suicides d’hommes sur 10 ans au Québec, pourriez-vous la donner ici ? Comme je l’ai mentionné, pour moi, un seul suicide est un suicide de trop et une tragédie.

      Merci.

      [Répondre à ce message]

      • > Quel énorme backlash !
        15 janvier 2007 , par
          [retour au début des forums]

        Bonjour,

        Je n’ai pas vu cette émission et heureusement ! J’en aurais été déprimée pour une bonne semaine. Je trouve mesdames Émond et Pedneault vraiment courageuses d’avoir accepté cettte invitation car, pour des femmes aussi brillantes et articulées, ce n’est pas facile de se mesurer à des personnes aussi peu crédibles.

        Travaillant dans le réseau de la santé et des services sociaux et pour avoir été plongée, par mon travail, dans la problématique du suicide, je trouve que l’on aborde ce sujet d’une manière tout aussi démagogue que celui du décrochage scolaire. Déjà, dans les années 1920-30 et même bien avant, les statistiques sur le suicide démontraient que le suicide est une affaire d’hommes (voir "Le suicide", par Émile Durkheim, Presses Universitaires de France, Paris, 1930). Effectivement, à cette époque, dans à peu près 80 % des cas de suicide (donc proportion similaire à aujourd’hui),il s’agissait de suicides d’hommes. Il n’est par conséquent pas nouveau cet écart entre les hommes et les femmes ; cela a toujours été ! Ce qui est nouveau c’est le nombre de suicides qui augmentent. Évidemment, il faut y voir et mettre tout en oeuvre pour que les hommes, comme les femmes, ne se suicident plus. Un suicide est toujours un suicide de trop. Mais,ne mettons pas la faute de ce pourcentage aussi élevé chez les hommes sur le dos des transformations soicales ou encore de la montée du féminisme ou de l’absence de services pour les hommes.

        Je suis aussi longtemps intervenue, en tant que travailleuse sociale, auprès de femmes suicidaires. Ce qui les protégeait c’était l’empathie et le sentiment de responsabilité face à leurs proches (enfants, mère, père, etc.). Elles ne voulaient pas faire autant de mal aux proches en se suicidant ! Elles avaient en tête toute la douleur que cela leur causerait et, heureusement, cela me donnait, à moi comme intervenante, le temps d’agir, de tenter de les soulager un tant soit peu de cette détresse qui les habitaient. Si l’empathie et l’amour pour les proches est un facteur de protection contre le suicide pour une femme, peut-on explorer enfin cette avenue dans la problématique du suicide chez les hommes.

        Il est vrai aussi que les hommes prennent des moyens plus radicaux. L’arme à feu n’est utilisée que presque exclusivement par des hommes. Par contre, il faut faire une distinction avec les jeunes car, les personnes les plus à risque chez les hommes se sont les 25-54 ans, donc des adultes. Par ailleurs, chez les jeunes, la proportion de suicides n’est pas du tout la même : près du tiers des suicides de jeunes de moins de 24 ans sont des femmes. Dans ce groupe d’âge, c’est la pendaison qui est le moyen le plus utilisé et ce, dans à peu près la même proportion chez les hommes que chez les femmes.

        D’autre part, beaucoup de suicides sont provoqués par une séparation ou encore se produisent dans le cadre d’un meurtre d’une ex conjointe suivi d’un suicide. Ces situations,qui sont assez nombreuses, s’inscrivent tout autant dans la problématique de la violence conjugale que dans celle du suicide.

        De toute façon, il me semble que nous assistons, depuis quelques années, à une nouvelle vague de backlash, avec de toutes nouvelles stratégies, fort différentes de ce que Mme Faludi décrivaient il y a quelques années.

        L’hypersexualisation, la montée d’un discours anti-féministe, la rancoeur des groupes masculinistes, l’écoute que ces groupes réussissent à avoir et l’attendrissement qu’on leur témoigne est dangereux à mon avis. D’ailleurs, je me demande parfois si l’intérêt pour l’ADS, analyse différenciée selon les sexes, particulièrement dans la toute nouvelle politique de l’égalité (!!!) entre les femmes et les hommes, ne viendra pas nourrir davantage ce backlash. La tendance est trop forte à considérer les maux des hommes comme encore bien plus graves que ceux des femmes. Je n’ose penser à quel force de ressac les femmes auront à faire face si ce discours et les actions qui en découlent continuent de se multiplier.

        Christiane Ouellet
        Rouyn-Noranda

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