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lundi 27 mai 2013

Facebook considère-t-il la violence faite aux femmes comme une plaisanterie ?
Lettre ouverte de Women, Action & the Media (WAM)






Écrits d'Élaine Audet



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Nous, soussignées, vous écrivons pour réclamer des mesures rapides, complètes et efficaces face à la représentation actuelle du viol et de la violence anti-femmes sur Facebook. Plus précisément, nous vous demandons à vous, Facebook, d’intervenir en adoptant trois mesures spécifiques :

1. Reconnaître comme un discours incitant à la haine les propos qui banalisent ou célèbrent la violence infligée aux filles et aux femmes et prendre un engagement formel à ne plus tolérer ces contenus.

2. Former efficacement votre personnel de modération à reconnaître et à retirer les discours incitant à la haine sexiste.

3. Sensibiliser efficacement votre personnel de modération au fait que le harcèlement en ligne affecte différemment les femmes et les hommes, en partie en raison de la pandémie de violence infligée aux femmes dans le monde réel.

À cette fin, nous appelons (1) les utilisatrices et utilisateurs de Facebook à communiquer avec les annonceurs dont les publicités sont affichées sur Facebook en marge des pages qui exposent des femmes à la violence. Nous demandons à ces sociétés de retirer leur publicité de Facebook jusqu’à ce que vous ayez pris les mesures susmentionnées visant à interdire les discours qui incitent à la haine sexiste sur votre site. (Nous allons mener cette campagne de sensibilisation et contacter vos annonceurs sur le réseau Twitter en utilisant le mot-clic #FBrape.)

Nous faisons spécifiquement référence à des groupes, des pages et des images qui encouragent le viol ou la violence conjugale, ou suggèrent qu’il s’agit de sujets dont on peut rire. Par exemple : « Fly Kicking Sluts in the Uterus » (Balançons des coups de pied dans l’utérus des salopes)... ou « Violently Raping Your Friend Just For Laughs » (Violer brutalement votre amie juste pour rire)… et beaucoup, beaucoup d’autres (2). Les images affichées sur Facebook comprennent des photographies de femmes battues, meurtries, ligotées, droguées et ensanglantées, avec des légendes telles que « Cette salope ne savait pas quand se taire » et « La prochaine fois, ne tombe pas enceinte ».

Ces pages et ces images se voient approuvées par vos modérateurs, alors que vous supprimez régulièrement des contenus tels que des photos de femmes qui allaitent, de femmes après une mastectomie et de représentations artistiques du corps des femmes. En outre, des propos politiques de femmes, impliquant l’utilisation de leur corps de façons non sexualisées dans des démarches de protestation, sont régulièrement interdits par Facebook comme pornographiques, alors que de véritables contenus pornographiques – interdits selon vos propres lignes directrices – demeurent en ligne sur votre site. Il semble que Facebook considère que la violence infligée aux femmes est moins offensante que des images non violentes du corps des femmes, et que les seules représentations acceptables de la nudité féminine soient celles dans lesquelles les femmes apparaissent comme des objets sexuels ou les victimes de mauvais traitements. Votre pratique courante d’autoriser ces contenus en y apposant un avertissement qu’il s’agit d’« humour » traite littéralement la violence anti-femmes comme une plaisanterie.

La plus récente estimation (3) mondiale de la campagne des Nations Unies « Dites non à la violence » estime au niveau insupportable de 70% le pourcentage de femmes et de filles qui vivront de la violence au cours de leur vie. Dans un monde où autant de filles et de femmes seront violées ou battues, le fait d’autoriser le partage, la vantardise et l’humour concernant le viol et les raclées infligées aux femmes contribue à la normalisation de la violence conjugale et sexuelle. Cela crée une atmosphère dans laquelle les auteurs de ces agressions sont plus susceptibles de croire qu’ils resteront impunis. Cela communique aux victimes de ces agressions le message qu’elles ne seront pas prises au sérieux si elles les signalent.

Selon une étude du Ministère britannique de l’Intérieur, une personne sur cinq considère qu’il est acceptable dans certaines circonstances pour un homme de frapper ou de gifler sa partenaire si celle-ci porte des vêtements sexy ou révélateurs en public. Et 36% des répondants pensent qu’une femme devrait être tenue en partie ou entièrement responsable si elle est agressée sexuellement ou violée après avoir bu. Ces attitudes sont en partie façonnées par des médias sociaux comme Facebook qui ont énormément d’influence, et elles contribuent au blâme des victimes et à la normalisation de la violence contre les femmes.

Bien que Facebook prétende, en s’en tenant à une défense de la liberté d’expression au sens strict, ne pas s’impliquer dans la contestation des normes ou dans la censure des propos des personnes, il reste que vous avez instauré des procédures, des conditions de service et des lignes directrices communautaires que vous interprétez et imposez. Facebook interdit les discours incitant à la haine, et vos modérateurs traitent quotidiennement des contenus qui sont violemment racistes, homophobes, islamophobes et antisémites.

Votre refus de traiter de la même façon des propos qui incitent à la haine sexiste a pour effet de marginaliser les filles et les femmes, de rejeter nos expériences et nos préoccupations, et de nourrir la violence à notre encontre. Facebook est un réseau social énorme avec plus d’un milliard d’utilisatrices et d’utilisateurs à travers le monde, ce qui confère à votre site une influence extrême pour façonner les normes et les comportements sociaux et culturels.

La réponse de Facebook aux dizaines de milliers de plaintes et d’appels à résoudre ce problème a été insuffisante. Vous refusez de faire une déclaration publique abordant la question, de répondre aux inquiétudes de vos abonné-e-s ou d’appliquer des politiques qui permettraient d’améliorer la situation. Vous avez également agi de manière incompatible avec votre politique d’interdiction d’images, en refusant dans de nombreux cas de retirer des images offensantes de viol et de violence conjugale signalées par des membres du public – mais en les supprimant immédiatement dès que des journalistes en faisaient mention dans des articles, ce qui donne vraiment l’impression que vous êtes plus soucieux d’intervenir au cas par cas, pour protéger votre réputation, que de mettre en œuvre des changements systémiques et d’adopter une position publique claire contre la dangereuse tolérance actuelle du viol et de la violence conjugale.

Dans un monde où des centaines de milliers de femmes sont agressées tous les jours et où la violence par un partenaire intime demeure l’une des principales causes de décès chez les femmes de partout, il est inacceptable de refuser de prendre parti. Nous incitons fortement Facebook à choisir la seule politique responsable en adoptant des mesures rapides et claires dans ce dossier, c’est-à-dire en alignant votre politique en matière de viol et de violence conjugale sur vos propres objectifs et lignes directrices de modération.

Ont signé :
Laura Bates, The Everyday Sexism Project
Soraya Chemaly, écrivaine et activiste
Jaclyn Friedman, Women, Action & the Media (WAM !)

1. Version originale : http://www.womenactionmedia.org/facebookaction/
2. http://www.womenactionmedia.org/examples-of-gender-based-hate-speech-on-facebook/
3. http://saynotoviolence.org/issue/facts-and-figures

- Comment signer

* L’organisation Women, Action & the Media a créé une page qui facilite
beaucoup l’intervention auprès des principaux commanditaires des pages
misogynes de FB. Il suffit de se rendre au
http://www.womenactionmedia.org/facebookaction/ et de cliquer sur les
boutons correspondant aux entreprises que vous souhaitez sensibiliser au
problème par un tweet, un courriel ou un mot sur leur page FB. Cela se fait
automatiquement !

Traduction : Martin Dufresne

- 13 Companies Drop Facebook Advertising Over Domestic Violence Content

- Les résultats de la camagne : "Facebook s’engage à prendre des mesures pour contrer la haine sexiste dans ses pages", par Women, Action & the Media

Mis en ligne sur Sisyphe, le 27 mai 2013


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