| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

  Hébergé par                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       Éditions Sisyphe






samedi 19 novembre 2011

Tunisie - "Mon devoir est de parler". Lettre ouverte aux dirigeants d’Ennahdha

par Monia Mouakhar Kallel, professeure à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis



Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texte Imprimer ce texte


Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Femmes algériennes - Quand les traditions l’emportent sur la raison
Algérie - De quelle démocratie nous parlent-ils ?
Appel international - Agissons pour soutenir les démocrates en Tunisie !
Algérie - Pour Katia assassinée à cause de son refus de porter le voile
Soutenez la séparation de la religion et de l’État, non l’islam politique
Kiosque arabe - Voix féminines avant l’extinction
"Même pas mal", un film de Nadia El Fani et Alina Isabel Pérez
Le printemps est une saison féminine
Les principaux partis égyptiens refusent de s’engager à garantir l’égalité des droits entre hommes et femmes
Un an déjà, et nous attendons toujours la mobilisation des féministes égyptiennes
Tunisie, Egypte, etc. : les femmes toujours trahies en 2011 !
Révoltes arabes sur fond de religion, de virilité et de pouvoir
Égypte - Faire pression sur les partis égyptiens afin que les aspirations de la "Révolution du 25 janvier" deviennent réalité (Amnesty International)
Tunisie : l’histoire est en marche - Entrevue avec Wassyla Tamzali
Manifeste pour la laïcité au Moyen Orient et en Afrique du Nord - Signez
Élection en Tunisie - Islam modéré ?
Les Tunisiennes envoilées : liberté retrouvée ou nouvel asservissement ?
Le Printemps arabe apporte peu aux femmes marocaines
Égypte - L’aveu concernant les "tests de virginité" forcés doit donner lieu à une procédure judiciaire
Au premier plan pendant la révolution, les femmes égyptiennes disparaissent dans l’Ordre nouveau
Révolution arabe - De la libération à la liberté
Hommage aux femmes révolutionnaires égyptiennes
Égypte - Des manifestantes de la place Tahrir torturées et forcées de subir des "tests de virginité"
Lettre à mes Amies du Maghreb et à celles du Machrek
Égypte 2011 - La révolution exclut-elle les femmes ?
Le soulèvement du monde arabe doit s’accompagner du respect des droits des femmes
Égypte - Des centaines d’hommes agressent des femmes Place Tahrir lors de la Journée internationale des femmes
La Révolution arabe en marche - Femmes, nous sommes à vos côtés !
Égypte - Une soixantaine d’organisations dénoncent l’exclusion des femmes juristes du Comité constitutionnel
L’Association des Tunisiens en France dit NON à l’extrémisme en Tunisie
Algérie - Réforme d’un système corrompu ou avancée vers la démocratie ?
Tunisie - « Pas de démocratie sans l’égalité totale entre les hommes et les femmes »
Algérie - J’ai marché le 12 février à Alger et marcherai encore et encore
La révolte des peuples en Orient face au silence et au mépris assourdissant des pouvoirs occidentaux
Égypte - Le cercle vicieux de la répression politique et économique
Égypte - L’ordre ancien change
Droits des femmes en Tunisie et en Égypte - Le cœur et la pensée ailleurs
ElBaradei, l’opposant estimé le plus démocrate, ne participe pas aux discussions sur la transition en Égypte
Tunisie - Démocratie ou islamisme ?
Tunisie - Une citoyenne témoigne du harcèlement d’extrémistes religieux lors de la marche des femmes pour la citoyenneté et l’égalité
Le mouvement des femmes en Algérie de 1962 à 1991




Une lettre ouverte aux vainqueurs des élections du 23 octobre, les dirigeants du parti islamiste Ennahdha, qui dispose de 89 sièges sur les 216 de la Constituante.

Je vous félicite, messieurs, d’avoir gagné les premières élections démocratiques et (moyennement) transparentes de la deuxième république tunisienne.

Je vous félicite d’avoir donné à tous les Tunisiens, y compris vos adversaires politiques, une leçon de travail, d’application, de détermination et de solidarité. En dépit de vos discordances internes, vous êtes restés unis et centrés sur vos objectifs.

Je vous félicite d’avoir su fédérer autant de voix autour de votre parti au nom-programme, Ennahdha (Renaissance), qui répond aux attentes des Tunisiens et de l’ensemble du monde arabo-musulman malade de ses dictatures, en quête d’une gouvernance et d’un souffle nouveaux.

Ce que l’Histoire retiendra

Mais, vous n’êtes pas encore dans l’arène politique que notre quotidien est sérieusement perturbé. Vous n’êtes pas sans savoir que votre campagne électorale a laissé un arrière-goût amer ressenti par vos électeurs eux-mêmes ; ressenti, mais toléré, ni vu ni connu, (se) disent-ils, car il faut « donner une chance » à ce parti différent (dans son discours et son idéologie), et à ses promoteurs : les ennemis de leur ennemi qui ont souffert de la dictature et donc ne peuvent plus faire souffrir leur peuple…

« Mon devoir est de parler », je fais mienne cette phrase par laquelle Zola ouvre son célèbre « J’accuse ». Comme lui, je vous dis, à vous messieurs, la vérité telle que je la perçois autour de moi, je la crierai de toutes mes forces de citoyenne indignée par la « fracture sociale » (Jacques Chirac) qui s’aiguise jour après jour.
L’Histoire retiendra, messieurs, que le peuple tunisien subit une dictature pire que celle qu’il a subie sous le règne de Ben Ali : celle-ci est instituée et pratiquée par l’appareil d’État, celle-là émane d’individus, qui, au nom de Dieu et de la Charia, imposent leurs lois, jugent, chassent, punissent en toute impunité...

L’Histoire retiendra, messieurs, que des « tribunaux de l’opinion » (Sand) sillonnent le pays et quadrillent les rues semant le désordre et terrorisant la population, notamment les jeunes femmes. Quotidiennement, les étudiantes, qui s’absentent massivement, viennent nous expliquer les raisons de leur effacement et nous raconter les pressions dont elles sont victimes.

Dérive « normale » dans une période de transition ? Actes isolés effectués par des fous de Dieu ? Écart entre la base et le sommet qui appelle au calme et à la tolérance ? Le phénomène est complexe et difficile à élucider. Mais je tiens Ennahdha pour responsable, en grande partie du moins. Et ne me demandez pas une pièce justificative, ou une preuve matérielle, comme vous le faites chaque fois qu’on vous parle d’une réalité sensible, parce que la vie n’est pas un tribunal à ciel ouvert et parce que le social se tient par des fils invisibles, forts et fragiles à la fois.

La deuxième mort de Haddad et Bourguiba

J’accuse Ennahdha d’avoir ignoré notre « tunisianité », froissé notre mémoire, détourné la marche de la révolution. Et je l’accuse de vouloir agir selon le fameux diktat napoléonien : « Diviser pour régner ».

Vous affirmez volontiers, messieurs, que les années d’exil, et de prison (ici ou ailleurs) vous ont permis de repenser votre projet, de peaufiner vos stratégies, et de structurer vos rangs. Force est de constater qu’elles vous ont aussi coupés de la réalité. « Un abîme sépare » (Hugo) les opinions de Rached Ghannouchi et l’imaginaire du Tunisien marqué par un référentiel que votre cheikh ne partage ni tolère. Il cite Al-Afghani, Al-Baghdadi, Sayyed Qotb, nous nous référons aux textes des Ben Achour (Fadhil et Tahar), Tahar Haddad, Mohamed Charfi, Abdelwaheb Meddeb. Il évite de nommer Bourguiba même lorsqu’il est contraint de parler du Code du statut personnel (Csp), nous sommes nourris de lui.

Quelle rage et quelle colère j’ai ressenties, le soir du 13 août 2011, dans un somptueux meeting organisé par Ennahdha à l’occasion de la première fête de la femme après la révolution. Non seulement le chant national a été amputé des deux vers d’Abou Al-Kacem Chebbi où le poète soumet le destin à la volonté du peuple (visiblement incompatible avec l’idéologie du parti), mais les conférencières, dociles porte-voix, effectuent, devant un auditoire compartimenté (côté hommes, côté femmes), une grotesque acrobatie historico-idéologique et nous racontent que le Csp est l’œuvre d’un Zitounien « digne de foi », Abdelaziz Djaït. Les noms de Bourguiba, et de Tahar Haddad furent ainsi habilement éludés. Instinctivement, le refrain « vive Bourguiba ! » a jailli puis s’est écrasé dans un silence assourdissant. Je n’oublierai jamais le regard noir et les lèvres serrées des deux jeunes hommes qui me barrent la route à la sortie et me disent en joignant le mot au geste : « Bourguiba, non !!! »

Fille de Zitouniens (sur deux générations), nièce d’un militant actif pour l’indépendance, et parente proche du père du nationalisme arabe, j’ai, très jeune, été avertie de l’écart entre ces différents courants de pensée. L’enfant écouteuse a assisté à des polémiques, très aiguës parfois, sur des questions fondamentales (culture, identité, rapports entre religion et politique, Orient-Occident), mais sans haine, ni déni. On reconnaissait en Bourguiba le grand homme, et en ses orientations politiques, la voie vers l’émancipation. Non par suivisme ou oubli de ses origines, comme je l’entends actuellement autour de moi, mais parce que, disait-on, « le savoir est lumière » et que la lumière venait de l’Occident, plus exactement du côté de chez Voltaire et Hugo. En témoignent les vibrantes lettres d’Abou Al Kacem Chebbi où le poète sollicite ses amis francophones de l’aider à traduire et à saisir le sens des textes fondateurs de la littérature française.

S’instruire et s’ouvrir à la modernité étaient la priorité pour mon grand-père et mon père. Le premier cheikh a fondé l’une des premières écoles « franco-arabes » (comme on appelait l’institution scolaire à l’époque) où sa fille a été, durant quelques années, l’unique apprenante. Le second a encouragé ses enfants à faire des études de sciences et de langues étrangères.

Du martyr au bourreau ?

Le parcours de cheikh Ghannouchi est bien différent. Il a eu affaire à l’autre Bourguiba, le dictateur qui a écrasé ses adversaires politiques de la pire manière, et généré un disciple aussi tyrannique que lui, l’intelligence en moins.
On peut comprendre l’histoire de Ghannouchi (non sans quelques réserves pour l’idée du martyr qui peut se transformer en bourreau), mais je ne suis pas sûre qu’il respecte la nôtre, ou qu’il s’emploie à la réinventer. Ses propositions postélectorales l’attestent. Sur un ton provocateur à force de vouloir paraître serein, il laisse entrevoir son projet sociétal qui traverse tous ses livres.

L’éloignement (géographique et mental) a créé entre vous et nous une distance bien réelle qui se donne à lire dans vos regards, vos gestes et vos déclarations.
Pris dans la cacophonie médiatique, et le maillage électoral vous n’avez eu ni le temps ni la possibilité de sonder le Tunisien : ses goûts, ses attentes, ses appréhensions. Et son déchirement : être lui-même ou chercher une identité qui, lui dit-on, est perdue et qu’on vient l’aider à reconquérir. Vous ne cessez de nous « rassurer » sur le Csp qui, dites-vous, ne sera pas touché.

À mon tour de vous rassurer, messieurs, les enfants de Bourguiba n’ont pas peur de perdre leurs acquis. Ils savent que la Tunisie surnommée « la Verte » (rimant avec ouverte) est profondément moderniste, que les mouvements protestataires (‘Laïcité Inchallah’’, cinéma l’Africa, ‘‘Persepolis’’, Nessma TV) sont des épiphénomènes et que la majorité des Tunisiens y ont vu des actes prémédités, et orientés.

Nous ne tremblons pas pour la « sauvegarde » juridique du Csp, mais nous voyons que notre quotidien change et que notre « tunisianité » est sérieusement menacée. En sortant d’une station (de radio ou de télévision), pour se rendre à une autre, circulez, messieurs, dans les rues, visitez les souks, entrez dans les universités et vous allez observer les drames qui s’y déroulent.

N’est-ce pas un drame que des concitoyens s’entredéchirent pour ce qui est censé être des libertés individuelles, que des femmes se fassent agressées parce qu’elles refusent de mettre un morceau de tissu sur la tête ou de se draper dans un habit venu d’ailleurs, que des étudiant-es viennent à croire que l’habit fait la musulmane, que le « dégage » qui a chassé le dictateur devienne le mot de l’exclusion proféré contre la collègue, la voisine, la sœur et même le professeur ?
Il ne s’agit pas d’un simple retour de manivelle des voilées qui ont subi les pires traitements sous la dictature benalienne. Mais d’un travail effectué par des groupes bien organisés qui, forts de votre idéologie simplificatrice, s’instituent moralisateurs et se croient tout permis.

Une inquiétante inquisition sociale

Messieurs-dames les député-es, et madame Abderrahim, la blonde tête de la liste de Tunis2 d’Ennahdha, la postérité dira que c’est avec votre arrivée au pouvoir qu’un tel effondrement social et familial s’est produit, que c’est la première fois, dans la Tunisie bourguibienne, que les femmes sont persécutées, et les enseignantes traînées dans la boue. Pour un parti qui a fondé toute sa légitimité sur le moralisme et qui, d’entrée de jeu, nous assène des leçons de vivre ensemble, de tels agissements signent déjà son échec et l’étroitesse de sa « vision », un autre mot qui, selon Bourguiba (encore lui !), définit l’homme politique.

Cette inquisition sociale inquiète mais ne surprend pas. Elle est l’aboutissement logique d’un processus électoral basé sur deux démarches complémentaires : la dévitalisation de notre référentiel (politique et culturel) et la cristallisation des débats autour de questions périphériques et n’ayant pas de rapports directs avec la révolution.

Par naïveté ou amateurisme, vos adversaires politiques vous ont suivis, se sont embourbés et en ont payé les frais. Les urnes ont parlé, et montré que pour le Tunisien et la Tunisienne, la foi, la mémoire, l’identité sont une chasse-gardée. Mais la leçon est valable pour les vaincus et pour vous aussi les vainqueurs. Et bien que vous disiez le contraire, vous avez confectionné un projet sociétal à votre mesure ; pour le faire passer, vous avez tablé sur la mise en scène et joué sur l’affectif : des débarquements à l’aéroport de Tunis au lendemain du 14 janvier, aux effets d’attente qui précèdent l’entrée spectaculaire de Ghannouchi dans les rassemblements populaires, en passant par le geste trivial de l’un de vos chefs qui brandit le Coran en pleine campagne électorale.

Je vous accuse d’avoir utilisé la religion et dans le pur style populiste de Ben Ali. Avec une rhétorique ambigüe, mais parfaitement huilée, et des discours dogmatiques mais recyclés, vous avez réduit le message islamique à sa dimension légaliste, prescriptive et punitive, et négligé son essence et l’esprit de sa lettre. Vous l’avez présenté en termes de moralisme local et étroit au lieu de propager son apport éthique et ses valeurs universelles.

La chaîne des pré-jugements

J’ai assisté à vos rencontres, entendu vos discours, surfé sur vos sites électroniques (officiels et semi-officiels), circulé entre les niveaux de sens (dit et non dit) et j’ai toujours pensé (et écrit) qu’ils relèvent de la même fibre et qu’ils devaient générer cette fracture sociale sans précédent. Car « le disciple va toujours plus loin que le maître », comme dit l’adage. Le double lien (entre Ennahdha et l’Islam, moralisme et religiosité) que vous avez créé et exploité représente, en termes de rhétorique, l’induction qui appelle la conclusion : les autres sont des mécréants. C’est ainsi que se lance la chaîne des pré-jugements et que se mettent en place les cases différentielles calquées sur le binarisme du bien VS mal (ou halal/haram) : les Nahdaouis VS les modernistes, les valeurs musulmanes VS les idées occidentales, les croyants VS les laïcs (associés à athées, malfrats, vendus, voleurs, homosexuels pour les hommes et dépravées, prostituées pour les femmes).

Et pour ceux qui ne savent pas lire l’implicite, ou tirer eux-mêmes les conclusions, il existe d’autres relais de parole et d’autres supports médiatiques où les « ennemis de Dieu » sont répertoriés, nommés, et traités de tous les noms.
A deux reprises je me suis présentée à vos hommes et femmes chargés de « convertir » les citoyens et citoyennes, comme une électrice encore hésitante, et à chaque fois, j’ai entendu à peu de mots près la même idée (Ennahdha est le parti de Dieu), les mêmes arguments (la déperdition du Tunisien, l’alcool, la drogue, la délinquance, parce qu’il y a « ignorance de sa religion », et la déculturation voire la mécréance de l’élite soumise à l’Occident) et les mêmes noms donnés en exemples. Ces noms (que vous devinez, j’imagine) sont la fine fleur de l’université tunisienne et les initiateurs d’une nouvelle école d’islamologie mondialement connue et reconnue.

La stratégie a été payante. Et vous êtes maintenant les maîtres du paysage politique. Dans vos quotidiennes interventions, vous tentez de rassurer les investisseurs (banquiers, hôteliers) et les citoyennes et citoyens tunisiens. Mais « plus ils rassurent plus ils inquiètent », écrit un internaute. Le divisionnisme se précise, il y aura des hôtels « halal » et d’autres, « haram » (idem pour les banques). Chacun choisira la « case » qui lui convient (comme si l’être humain était un monobloc), et si on est entre amis ou dans une famille ayant des convictions différentes ? « Je passerai une semaine avec mon épouse dans un hôtel ‘halal’ et une semaine avec ma (ou mes) maîtresse(s) dans un hôtel ‘haram’ », ironise quelqu’un. Le rire, on le sait, est un détour, une façon de dédramatiser une profonde souffrance, et de réintégrer le réel dont on a été exclu.

Le projet de l’arabisation et de l’islamisation par le bas est lancé. Quant au portefeuille de l’éducation, vous l’avez réclamé bien avant les élections. Mais avant d’entamer votre grand chantier, il ne serait pas inutile de tirer les leçons de cette fissuration sociale et de réexaminer l’utopique lien entre État islamique et bonne mœurs, lien dont on voit déjà les risques et les fâcheuses conséquences.

Parce qu’il n’a de problème ni avec son identité, ni avec sa spiritualité (en dépit de tout le tapage propagandiste), parce que vous l’avez bercé de promesses et avez déconsidéré ses symboles, parce qu’il ne connaît pas d’exemple de démocratie islamiste et qu’il a un rejet instinctif pour le pays musulman qui héberge son dictateur, le peuple tunisien sera particulièrement vigilant. Il aura les yeux rivés sur vous, et sur lui-même pour se refaire une santé, réaliser les objectifs de sa révolution, travail-dignité-justice et paix sociale, et poursuivre la marche du siècle vers la constitution d’États autonomes, et civiques. J’évite le vocable « laïc », je sais qu’il provoquera l’ire du cheikh qui s’est référé à loisir (avant le 23 octobre) au modèle turc. La « nahdha » (renaissance) de la Tunisie sera économique et moderniste ou ne sera pas.

Excusez, messieurs, la fermeté de ma lettre et l’ampleur de mon indignation. J’ai appris de Husserl que l’indignation est une façon de recouvrer sa dignité et d’Abou Al-Kacem Chebbi que la volonté forge le Destin des peuples.

Source originale : http://www.kapitalis.com/

Reproduction sur Sisyphe autorisée par l’auteure.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 18 novembre 2011

Commenter ce texte                         Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer         Nous suivre sur Twitter       Nous suivre sur Facebook

Monia Mouakhar Kallel, professeure à l’Institut supérieur des sciences humaines de Tunis



Plan-Liens Forum

  • Tunisie - "Mon devoir est de parler". Lettre ouverte aux dirigeants d’Ennahdha
    (1/1) 9 janvier 2012 , par Internaute





  • Tunisie - "Mon devoir est de parler". Lettre ouverte aux dirigeants d’Ennahdha
    9 janvier 2012 , par Internaute   [retour au début des forums]

    mon devoir a moi est d’etre realiste ! il faut savoir cher professeur(d’ailleurs , francisante et francophone que vous etes,je ne sais pas ou vous etes vous trouvee un "E" a la fin du mot professeur , car ,les illustres "personnages" que vous avez cités lors de votre article ,auraient étè tout a fait contre ! votre probléme est que vos pensées et votre reçit n’allait pas de paire et qu’il y’avait quelqu’un de caché entre vos lignes bien maquillées !occidentalisée jusqu’a la moelle comme vous etes ,et,dents et crocs dehors , suspiçieuse et mauvaise perdante,vous auriez pu eviter çette leçon de morale , envenimée et deplaçée ,en laissant les gens accomplir leur devoir ( et dire que leurs jours sont comptés et que leur mission est loin d’etre perpétuelle !).il faut,chère madame"monia" savoir peser ses mots et ne point les divulguer qu’aprés mure reflexion . il nous faut parfois prendre du recul ,observer, et s’il le faut garder "soigneusement"le silence , car nous sommes jugés d’aprés nos dires et nos "sorties hasardeuses et saugrenues" ; un proverbe dit :" il y’a dix commandements pour un sage , neuf disent ne parles pas et un dit parles trés peu !"


        Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

    © SISYPHE 2002-2011
    http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2011 | |Retour à la page d'accueil |Admin