">
Hébergé par
Sisyphe.org
Éditions Sisyphe
   
L’Agenda Poésie Arts & Lettres Gynécides Polytechnique 6 décembre 1989 Politique Les Carnets de Sisyphe Pacifisme Femmes du monde Publisexisme Sociétés  





jeudi 29 janvier 2009

Un premier recueil de haïkus par des femmes francophones

par Élaine Audet Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer



Chercher dans ce site

DANS LA MEME RUBRIQUE :
Haïti au cœur
La peau profonde de l’amour
Des ailes et du soleil
La poésie en français dans le monde et son rapport au monde
Rebelles
Place du marché
Le fil de l’eau
France Bonneau : un souffle puissant
Funambules
La plénitude et la limite, poèmes d’Élaine Audet
Incandescence
La poète québécoise Hélène Dorion reçoit le prix Mallarmé
L’essence des jours
Dworkin - L’envers de la nuit
Mots d’urgence
Aqua Viva
Maladie d’amour
Marcheuse de l’impossible !
La complainte de Salomon
Un nom d’amazone
Le cycle de l’éclair
La saison de l’appartenance
Pour Nadine Trintignant
Variations sur un Andantino de Franz Schubert
Louky Bersianik, poète et féministe
L’Embellie
Nicole Brossard et Lisette Girouard : nouvelle anthologie de la poésie des femmes au Québec
Fossiles
Poème pour la paix
À nul autre pareil
Louky Bersianik et les valeurs maternatives
Petites sépultures et autres berceaux
Naître du mauvais bord de la langue
Madeleine Gagnon, poète engagée
Une poésie ouverte au monde
Point de rupture
La poésie prend le métro


Pour fêter son cinquième anniversaire, l’Association française de haïkus a choisi de publier, pour la première fois, un recueil de haïkus écrits par des femmes de la francophonie, Regards de femmes. Les auteures vivent sur quatre continents, dont la moitié au Québec. Le haïku a été créé au XVIIe siècle par le poète japonais Bashô qui le définit comme "simplement ce qui arrive en tel lieu, à tel moment". Sa forme classique est très réglementée. Il doit comprendre 17 syllabes (5-7-5), ou dans sa version moderne un vers court-un vers long-un vers court sans compter les pieds, une référence à la saison (kigo) ou à un moment de la journée (petit kigo), faire mention d’un lieu spécifique et contenir une coupure dans le texte (kireji), donnant ainsi deux mouvements, deux images. Ces courts poèmes visent à saisir l’instant, à s’adresser aux sens plutôt qu’à l’intellect et privilégient la nature. Ils n’en portent pas moins une forte charge philosophique, nous invitant à nous arrêter et à intérioriser dans un souffle profond la plus infime parcelle de vie qui passe.

Janick Belleau, une haïkiste québécoise, a dirigé ce recueil et rédigé l’excellente étude sur le haïku et les femmes francophones qui tient lieu de préface. Six encres de Chantal Peresan-Roudil et de Catherine Belkkodja illustrent les poèmes. Ce livre est une nouveauté à plus d’un titre puisque, jusqu’à tout récemment, des hommes surtout ont pratiqué cette forme de poésie. J. Belleau montre comment le haïku, où le "je" ne devrait pas figurer, constitue une ouverture sur l’androgynie. Elle cite Virginia Woolf : "C’est quand cette fusion (des parts féminine et masculine d’une personne) a lieu que l’esprit est pleinement fertilisé et peut faire usage de toutes ses facultés."

Les auteures qui ont soumis des poèmes devaient traiter deux des thèmes imposés – l’amitié, les générations, les passages de la vie, la société, la planète – avant de proposer un thème de leur choix. Voici quelques haïkus que j’ai choisis parmi les 283 qui composent ce recueil.

dans la baie vitrée
le soleil dans l’océan
je mange une orange
Séverine Denis

fraîcheur des étoiles
les horloges de la vie
entrouvent les ruines
Chantal Viart

bougies entre elles
les grandes ombres de la soirée
s’illuminent
Micheline Beaudry

bruit de neige et d’encre
frôlement d’âmes et d’ailes
deux papillons s’aiment
Clochelune

à l’horizon
le chemin tombe dans l’eau
peur d’enfant
Monique Lévesque

devant la glace
se retourner vite
la vie devant soi
Christine Dumond-Fillon

sur un banc de parc
une femme au sein nu
plein de lait
Lyne Richard

perle oubliée
dans un dé à coudre
au grenier de l’enfance
Nora Attala

dans le bidonville
des toits de tôle
et des nerfs d’acier
Carole Morelli

le regard d’une femme
flambe en braises silencieuses
derrière sa burqa
Lise Gaboury-Diallo

pleine lune
un mirage sur l’étang
un aveugle fixe le ciel
Nicole Gagné

Pour en savoir plus, on peut consulter la bibliographie bien documentée de Janick Belleau. Un livre à lire, comme une goutte de fraîcheur, un instant de cohérence cardiaque, un éclat de beauté, dans la course frénétique contre la montre qui caractérise notre époque.

Janick Belleau (dir.)
Regards de femmes
Haïkus francophones
Éditions Adage, 2008

Mis en ligne sur Sisyphe, le 22 janvier 2009

© Sisyphe 2002-2010

Imprimer cet article |


Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).

On peut lire ce qu’en pensent les critiques et se procurer les livres d’Élaine Audet ICI.


   Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

Sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe | |Retour à la page d'accueil |Admin