| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






jeudi 19 août 2004


Le Vatican et les femmes
Vieux démons

par Stéphane Renard, journaliste






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


La place et le rôle de la femme dans l’islam, le christianisme, le judaïsme et le bouddhisme
Pakistan - La gauche occidentale doit reconnaître le réel problème de l’islam extrémiste
Lettre ouverte au monde musulman
Mahomet, les discours haineux et l’islamophobie
Le pape se bat pour l’égalité des sexes dans l’imaginaire
L’Arabie saoudite à la tête d’un panel du Conseil des Droits de l’Homme à l’ONU - Sommes-nous gouvernés par des pleutres ?
Islamisme et société – Les loups sont dans la bergerie (Tarek Fatah)
Tarek Fatah s’insurge contre les progrès du lobby islamiste au Canada
Le Canada doit cesser de flirter avec l’islam politique et renoncer au relativisme culturel
La burqa/niqab est contraire à l’interaction humaine en société
Le multiculturalisme au Canada, une grande muraille face à l’intégration
Grande-Bretagne - Conférence sur la Charia, l’apostasie et la laïcité
"Blasphémateur ! Les prisons d’Allah" ou la critique de l’islam en pays musulman
L’infiltration des principes de la Charia au Royaume-Uni
La masculinité au temps du djihad électronique
Stratégie islamiste : d’une pierre trois coups
Pour le lobby de Dieu, la femme est un ventre, rien qu’un ventre !
Je me tiens aux côtés des femmes
Renoncer à sa religion au nom de l’égalité
Pape Benoît XVI - Traduire M. Ratzinger en justice ?
Le féminisme islamique : nouveau concept ou leurre efficace ?
Le mystère de la pédophilie échappe au Vatican
La religion et les femmes
L’ONU adopte une résolution islamiste contre le dénigrement des religions
Excuses du cardinal Ouellet : l’Église doit encore cheminer, dit la ministre St-Pierre
Féminisme et Vatican : l’inconciliable
"Y aurait-il des femmes plus aptes à la liberté que d’autres ?" Réponse à Françoise David
Religions, femmes et fondamentalismes
La religion et les droits humains des femmes
Question du voile islamique - un dossier
Débat sur les droits des femmes et les pratiques religieuses : un bon début
Femmes, féminisme et philosophie - les enjeux actuels
"Vous me faites mal deux fois"
Être vue
Françoise Gange et la mémoire ensevelie des femmes
Benoit XVI renouvelle sa croisade antilaïque
L’action diplomatique de Jean-Paul II contre les femmes
La modernisation du Vatican s’est arrêtée avec Jean-Paul II
Des islamistes aux évangéliques : Dieu et la politique
L’islamisme contre les femmes partout dans le monde
L’Église catholique et la rhétorique féministe
Les femmes refusent le statu quo dans l’Église
Les femmes, le féminisme et la religion
Le Vatican veut contrôler la sexualité des réfugiées
Des prêtres violent des religieuses







Entre le Vatican et la femme, décidément, les choses ne s’arrangent pas. Publiée par le cardinal Joseph Ratzinger, la dernière lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi se penche sur « la collaboration de l’homme et de la femme dans l’Eglise » - ce qui ne concernerait que les catholiques ? « dans le monde ». Ce qui interpelle donc chacun.
La lettre, qui a reçu l’aval de Jean-Paul II, paraît à la veille de l’Assomption, que le pape fêtera à Lourdes. Le culte marial fournit donc une toile de fond idéale : Rome a, en effet, décidé de s’attaquer de front aux « effets mortels » du féminisme et à la « confusion délétère » des rôles de l’homme et de la femme. Bigre.

Le féminisme, affirme le Vatican, souligne « la condition de subordination de la femme », obligeant celle-ci à s’ériger « en rivale de l’homme ». Dès lors, « pour éviter toute suprématie de l’un ou l’autre sexe, on tend à gommer leurs différences ». Or cette occultation de la dualité des sexes « entend favoriser des visées égalitaires pour la femme en la libérant de tout déterminisme biologique ». Cette libération « a inspiré des idéologies qui promeuvent la mise en cause de la famille, de sa nature bi-parentale » et débouche sur « un nouveau modèle de sexualité polymorphe ».

Rien d’original sous le soleil romain ? Même si l’Eglise des premiers temps a pu avoir quelques accents égalitaristes ? l’Eglise de Paul ne voyait dans le Christ ni homme ni femme ?, la doctrine s’est vite enfermée dans une vision réductrice. Le péché originel ? merci, saint-Augustin - sera du pain bénit pour cantonner les Eve dans des rôles non pas anodins ?la maternité ne l’est pas- mais de sujétion, le ventre de la femme n’étant jamais que le réceptacle de la semence vitale de l’homme. Les découvertes de la science prouvant que tout être humain doit autant de gènes à sa mère qu’à son père n’ont pas ébranlé les vieux schémas. En parallèle, l’exaltation de la mère de Dieu permettait à l’Eglise de transformer une autre femme, Marie, en « un produit de marketing, un produit d’appel », comme le souligne l’écrivain catholique Jacques Duquesne, avec d’autant plus de facilité que « le besoin de vénérer une déesse mère est un besoin éternel de l’humanité » (1). Ode à la maternité d’une part, à la virginité d’autre part. Et, toujours, cette ambiguïté dans le discours, sanctifiant la femme idéale, diabolisant la femme vipère ?

Le plus désespérant n’est pas que l’Eglise de Rome ait véhiculé pendant deux mille ans un tel antiféminisme. En cela, elle n’a jamais fait que s’appuyer sur l’histoire ? les femmes ont été quasi exclues de la vie publique de l’Antiquité à l’époque moderne ? pour asseoir la domination masculine en la justifiant par l’infériorité « naturelle » de la femme. Ne fut-elle pas créée, dit la Genèse, au départ d’une côte d’Adam ?
A sa décharge, le catholicisme n’a certes pas été la seule religion monothéiste à infantiliser la moitié de l’humanité ? Mais qu’elle est éreintante, en revanche, cette incapacité de l’Eglise contemporaine à regarder le monde tel qu’il est. En tentant désespérément de compenser sa perte d’influence par un fondamentalisme de plus en plus coupé de la société, la charge papale contre le féminisme devient dérisoire. Affirmer que la féminité, c’est « la capacité fondamentalement humaine de vivre pour l’autre et grâce à lui » est une caricature. Prétendre que la femme se caractérise « par sa disponibilité à l’écoute, à l’accueil, à l’humilité, à la fidélité, à la louange et à l’attente » en est une autre !

On rétorquera que la nouvelle diatribe du Vatican ne concerne que ceux qui l’écoutent. Elle vise d’ailleurs très clairement les chrétiens progressistes, notamment américains et allemands, qui réclament de plus en plus bruyamment l’accès des femmes au sacerdoce et au diaconat. Jean-Paul II le refuse, une fois de plus.
Dans une Eglise désertée par les vocations et empoisonnée par trop de scandales de pédophilie, notamment aux Etats-Unis, une approche moins crispée des rapports entre l’homme et la femme serait pourtant salutaire. Les anglicans et nombre d’autres églises de la Réforme y ont bien survécu, sans que leur foi ait perdu en vigueur ou en légitimité ?
Mais en continuant à présenter un visage aussi machiste du catholicisme, Rome ne sert que son aile conservatrice et affaiblit l’ensemble de son message. Or, insister sur la complémentarité des deux sexes n’a rien d’inconvenant. Réclamer - c’est aussi dans le texte - davantage de considération pour la femme au foyer est légitime. Et il n’est pas besoin d’être croyant pour partager l’idée selon laquelle la famille est un lieu essentiel de l’épanouissement.

A l’heure où la défense de certaines valeurs de tolérance et de respect des choix individuels, attaquées de toutes parts, devrait rapprocher les humanistes de tout poil ? chrétiens, agnostiques ou athées -, le discours du Vatican creuse des fossés qu’il serait urgent de combler.

(1) L’Express du 9 août 2004

Merci à l’auteur d’avoir autorisé Sisyphe à reproduire cet article paru le 13 août 2004, dans le magazine Le Vif/L’Express.

Source : http://www.levif.be/CMArticles/ShowArticle.asp?articleID=822&sectionID=3


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Stéphane Renard, journaliste



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2004
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin