| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






samedi 13 novembre 2010

Jugement Himel - Poursuivre les proxénètes et les clients, pas les prostituées
Une décision judiciaire malavisée et potentiellement dangereuse

par Sarah M. Mah, chroniqueure invitée au Vancouver Courier






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Consultation sur la prostitution – Soutenir les personnes prostituées et pénaliser prostitueurs et proxénètes
Prostitution - Fille de survivantEs et hétérosexuelle, j’emmerde la décision de la Cour suprême du Canada !
Des groupes de femmes en quête d’égalité continuent de revendiquer une réforme des lois sur la prostitution
La CSN souligne que la prostitution est une forme de violence et d’exploitation
Décision de la Cour suprême sur la prostitution : il est urgent de criminaliser l’achat d’actes sexuels
L’AFAC est grandement préoccupée par la décision de la Cour suprême dans l’affaire Bedford c. Canada
Lois sur la prostitution invalidées : « une déception » pour le chef du SPVM, Marc Parent
Cour suprême et prostitution - Un jugement qui fait fi des conventions internationales
Bedford c. Canada - Libéraliser les lois sur la prostitution ne protègera pas les femmes
La légalisation de la prostitution, une violence sociétale
Un patron de bordel américain prêt à « bondir au Canada » si la Cour suprême invalide la loi sur la prostitution
La prostitution en Cour suprême ce jeudi 13 juin. "Pénalisons les clients et les proxénètes, décriminalisons les prostituées"
Affaire Bedford sur la prostitution - Des « choix », c’est concret
Cour d’appel de l’Ontario sur la prostitution - Adopter le rôle d’une "dominatrice", acte de subversion ou revanche ?
Ciblez la demande de prostitution
Légaliser les bordels équivaut à légaliser une forme de violence contre les femmes
Après les jugements ontariens dans l’affaire Bedford sur la prostitution, j’ai envie de me vider le cœur 
Prostitution - L’Institut Simone-de-Beauvoir de Montréal a une vision tordue et manipulée de la libération des femmes
Prostitution - La décision de la Cour d’appel de l’Ontario oublie les victimes
Prostitution – La décision de la Cour d’appel de l’Ontario confirme l’attitude d’autruche de la société
Décision de la Cour d’appel de l’Ontario - Une fois de plus, l’appareil judiciaire rate la cible en matière de prostitution
Des femmes ex-prostituées dénoncent la décision Himel
Les contre-vérités de l’affaire Bedford c. Canada : pourquoi décriminaliser la prostitution n’est pas une solution
Bedford c. Canada - Les effets prévisibles de la décriminalisation du proxénétisme
"Droits" des proxénètes contre droits des femmes : des arguments contestables
Des femmes autrefois prostituées et des survivantes de la traite témoignent : la prostitution n’est ni un choix ni une façon d’acquérir du pouvoir
L’atteinte à la sécurité des femmes, au cœur de la prostitution - La solution : décriminaliser les femmes, criminaliser la demande
Résumé de l’intervention en Cour d’appel de l’Ontario de la Coalition féministe pan-canadienne pour l’abolition de la prostitution
Une coalition féministe soutiendra en Cour d’appel que la Charte n’assure pas aux hommes un droit à la prostitution des femmes
Prostitution - Message de l’Ontario aux trafiquants : "Nous sommes à votre entière disposition"
Pour la protection des personnes prostituées : pénaliser "clients" et proxénètes
Prostitution - Déshabiller Jacqueline pour habiller Jeannette
Ouverte à la sexualité, mais contre la prostitution
Pourquoi on aurait tort de légaliser la prostitution
Jugement Himel sur la prostitution - Mettre fin à l’exploitation est la meilleure voie à suivre
Au Canada, plusieurs groupes s’unissent pour dire NON à la prostitution
La décriminalisation de la prostitution n’est pas une solution à la violence envers les femmes
Un triste jugement qui va à l’encontre de l’égalité entre les hommes et les femmes
L’Association des femmes autochtones du Canada s’inquiète du jugement Himel sur la prostitution
Dumont acquitté, Nadia Caron demeure une victime de l’exploitation sexuelle 
Jugement Himel - L’impunité pour les proxénètes et les clients
La Cour supérieure de l’Ontario, la prostitution et la démocratie
La décision de la Cour supérieure de l’Ontario abandonne aux "pimps" les femmes autochtones et les femmes de couleur
La prostitution, un travail pour la juge Susan Himel - Le Cercle de silence le 7 octobre
Prostitution - Rien de banal
Prostitution - Le jugement de la Cour supérieure de l’Ontario vu par Pierre Foglia
Des groupes de femmes outrés que la Cour supérieure de l’Ontario donne aux hommes le droit constitutionnel de prostituer des femmes
Prostitution et démocratie - Cause devant la Cour supérieure de l’Ontario







À la lumière de la décision de la juge Himel d’abroger les lois interdisant la prostitution en Ontario, ce ne serait qu’une question de temps avant que ce différend ne refasse surface en Colombie-Britannique.

Dans son texte d’opinion du 20 octobre, "Laws against prostitution lead to death and misery", Tom Sandborn salue la décision récente de la Cour d’appel de la Colombie-Britannique d’accepter d’entendre la contestation du Code criminel, déposée par un groupe représentant les femmes prostituées. Comme de nombreux partisans de la dépénalisation, il affirme que les lois mettent en danger la vie des femmes prostituées et que la décriminalisation du commerce rendrait les conditions de "travail" plus sécuritaires pour les femmes.

Au crédit de Sandborn, il cite l’argument féministe reconnaissant en la prostitution un phénomène intrinsèquement sexiste, raciste et classiste, et convient que nous devrions mettre fin à l’oppression des femmes. Bien qu’il semble d’accord avec cette analyse féministe, il poursuit en alléguant l’existence de lieux de rapports sexuels prétendument « consensuels » entre adultes, et abandonne tout appel au respect des lois au profit d’une priorité aux approches de réduction des méfaits.

Malheureusement, il fait une interprétation complètement fausse de ce que réclament les abolitionnistes féministes.

Le Canada fonctionne selon un modèle prohibitionniste, une expression de jargon qui signifie « criminaliser tout le monde », y compris les proxénètes, les clients et les prostituées. Les féministes ont toujours été en désaccord avec cette loi. Criminaliser les femmes pour leur engagement en prostitution est inacceptable.

Les lois canadiennes sont inadéquates, et il est vrai qu’elles mettent la vie des femmes en danger. Nous sommes aussi en plein accord avec le mouvement visant à décriminaliser les femmes impliquées dans l’industrie du sexe. Ce à quoi nous nous opposons, c’est la décriminalisation des hommes qui achètent et vendent des femmes – oui, nous parlons des proxénètes et des prostitueurs (ou « clients »).

Abolition, non prohibition

Sandborn a fait l’erreur séculaire de confondre prohibition et abolition. Pire, il n’est pas le seul. Une foule de Canadiens et de Canadiennes ignorent la différence ou même l’existence d’une autre solution. En essence, l’approche abolitionniste consiste à décriminaliser les personnes prostituées (qui sont généralement des femmes), à sanctionner les proxénètes et les clients (qui sont généralement des hommes), et à fournir des services de sortie du milieu aux personnes prostituées. Ces services doivent inclure une forme de revenu de subsistance, du logement, de la formation et des possibilités d’emploi.

La prostitution est une forme de violence contre les femmes. N’oublions pas que ce sont généralement les plus pauvres et les plus « racisées » des femmes qui sont prostituées. En outre, la plupart des femmes sont amenées à cette industrie à l’adolescence. Par conséquent, nous ne voyons aucune possibilité pour que la prostitution soit consensuelle ou sécuritaire tant que les hommes auront droit au corps des femmes sur demande.

Malheureusement, plusieurs groupes de pression prétendent parler au nom de toutes les femmes prostituées, mais ne représentent en fait que la minorité des femmes qui déclarent que la prostitution est un « choix », et continuent à le prétendre même après avoir témoigné de leurs propres antécédents de maltraitance d’enfants, d’agressions sexuelles et de prostitution en bas âge.

Sandborn soutient que la nécessité d’une réduction des méfaits l’emporte sur la nécessité d’un changement social radical, mais ne parvient pas à comprendre que l’abolition peut à la fois protéger les femmes à court terme et mettre fin à leur oppression à long terme. Il nous faut mettre fin aux sanctions imposées aux femmes prostituées, mais c’est une erreur de donner le feu vert aux proxénètes et aux clients pour étendre leurs activités et contrôler et violenter les femmes. Des endroits comme les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande ont fait cette erreur et sont maintenant aux prises avec l’expansion massive de la prostitution dans ces territoires, ainsi que du crime organisé et de la traite des personnes.

La décision de réformer les lois interdisant la prostitution n’est pas de type binaire. Au lieu d’interdire ou de décriminaliser la prostitution, le Canada peut adopter un modèle abolitionniste. Décriminaliser seulement les femmes prostituées. Appuyer leur liberté, leur sécurité, et leur accès aux ressources dont elles ont besoin. Ne criminaliser que les proxénètes et les clients. Les rendre redevables de leurs actes.

Sarah M. Mah est une diplômée récente de la Faculté des sciences de l’université de la Colombie-Britannique. Elle est membre de l’Asian Women Coalition Ending Prostitution (AWCEP).

Traduction autorisée par l’auteure.

© Copyright (c) Vancouver Courier

- Original : "Prosecute pimps and johns, not prostitutes. Court decision misguided and potentially dangerous", Vancouver Courier, 3 novembre 2010.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 7 novembre 2010


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Sarah M. Mah, chroniqueure invitée au Vancouver Courier



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2010
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin