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samedi 31 mars 2012

Prostitution - L’Institut Simone-de-Beauvoir de Montréal a une vision tordue et manipulée de la libération des femmes
Décision de la Cour d’appel de l’Ontario dans l’affaire Bedford c. Canada

par Meghan Murphy






Écrits d'Élaine Audet



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L’Institut Simone-de Beauvoir à Montréal est "un collège de l’Université Concordia dédié à l’étude des féminismes et des questions de justice sociale". Il s’agit essentiellement du département d’Études féministes de l’Université Concordia. Après la publication de la décision de la Cour d’appel de l’Ontario dans la cause Bedford v. Canada, l’Institut a publié une déclaration où il disait « se réjouir » du jugement. Voici la réponse que je lui ai adressée plus tôt aujourd’hui. Décision de la Cour d’appel de l’Ontario dans l’affaire Bedford c. Canada

Je suis plus que consternée de voir un département universitaire d’études féministes prendre une position publique sur cet enjeu, pour ne rien dire du caractère antiféministe de cette position*.

L’université est un lieu qui sert à apprendre, à critiquer, à faire progresser le discours. Vous êtes en mesure d’influencer de nombreuses jeunes femmes, qui ne font peut-être qu’amorcer leur parcours dans la théorie féministe, et il est de votre devoir de les soutenir dans le développement des compétences et des bases qui leur permettront d’en venir à leurs propres conclusions sur des questions comme celles-ci. Il ne vous revient pas de leur dire quelle position adopter. En tant qu’universitaires, j’aurais pensé que vous compreniez cela.

Publier une telle déclaration est plus qu’inapproprié et tout à fait contraire à l’éthique.

Non seulement cela, mais vous perpétuez des conceptions erronées sur la façon dont ces lois affecteront réellement les femmes. Le fait de repousser des femmes prostituées à l’intérieur ne rend pas la prostitution plus sûre. Cet argument a été réfuté maintes et maintes fois.

Vous avez raison : il ne s’agit pas d’une question de moralité. Il s’agit d’une question d’égalité et de droits de la personne.

La prostitution existe en tant que résultat du patriarcat et non en dépit de celui-ci. L’idée que la violence exercée contre les femmes prostituées est, en quelque façon, le fait de « normes morales » manifeste beaucoup de confusion, pour ne pas dire plus.

Cette violence est le fait d’hommes individuels et du patriarcat. Elle est le fait de l’objectification et de la déshumanisation des femmes. Elle tient à la conviction des hommes de pouvoir échapper à toute sanction pour cette violence.

Comment pouvez-vous en venir à la conclusion qu’une solution à ce problème est d’enchâsser davantage l’accès des hommes à des corps de femmes ? Cela me dépasse.
Vous traitez la prostitution comme si c’était en quelque sorte la voie vers la libération des femmes, la comparant au port de pantalons et à la liberté d’avoir des enfants en dehors du mariage. Quelle vision tordue et manipulée de la libération des femmes !

L’opposition à une décriminalisation complète de cette industrie vient de féministes et d’hommes progressistes qui croient en l’égalité, la libération et le respect véritables pour les femmes. Nous ne sommes pas moralistes, nous ne sommes pas l’Église, nous ne sommes pas la droite religieuse.

Cette affaire n’en est pas une de moralité, mais d’égalité des femmes.

Vous prétendez que « la décision protège les droits garantis par la Charte des individus
marginalisés et stigmatisés par leur travail dans le commerce du sexe ».

Dans les faits, cette décision** a jeté aux loups les femmes les plus marginalisées. Rien n’a été fait pour protéger ou soutenir les femmes qui font le trottoir. RIEN n’a été fait pour s’attaquer à la violence ou aux agresseurs qui l’exercent.

Ce n’est pas la responsabilité des femmes de se protéger contre le viol, le meurtre et les agressions. Votre position est le meilleur exemple de la façon dont on blâme les victimes de ces violences.

Vous écrivez aussi : « La décision signifie que les femmes qui travaillent dans le commerce du sexe seront en mesure de se protéger contre la violence dans le cadre de leur travail. Elle signifie également que les femmes peuvent travailler en groupe afin d’accroître leur sécurité. Ainsi, cette décision encourage les efforts collectifs et la solidarité entre femmes. Nous applaudissons toute décision judiciaire venant supprimer des obstacles juridiques à l’organisation collective des femmes. »

La façon dont l’on propose de protéger les femmes contre la violence est de mettre en place des systèmes qui veilleront à ce que les hommes ne puissent pas violenter les femmes, ne soient pas encouragés et protégés lorsqu’ils le font. Quel aspect de votre déclaration s’adresse aux agresseurs ? J’y cherche le principe que ce que nous pourrions peut-être faire face à la violence anti-femmes est de criminaliser ceux qui la commettent…

Si vous appuyez réellement « toute décision judiciaire venant supprimer des obstacles juridiques à l’organisation collective des femmes », alors pourquoi avez-vous si facilement abandonné les femmes ainsi que les principes fondateurs et les objectifs du mouvement féministe ? Le féminisme vise à mettre fin au patriarcat. Pas à normaliser la misogynie. Pas à perpétuer l’idée que les femmes existent pour fournir aux hommes des gratifications sexuelles.

Au-delà de la déclaration très problématique que vous venez de diffuser, il est de votre responsabilité, en tant qu’universitaires et en tant que département d’études féministes d’ouvrir le débat, et non de le clore.

Sincèrement,

Meghan Murphy, candidate à la maîtrise, Département Genre, sexualité et études des femmes, Université Simon Fraser, Vancouver.

Version anglaise.

Traduction : Martin Dufresne.

* Texte de la prise de position de l’Institut Simone de Beauvoir.

** Texte (en anglais seulement) de la décision de la Cour d’appel de l’Ontario dans Bedford v. Canada.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 30 mars 2012


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Meghan Murphy



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