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mardi 27 mars 2012

Décision de la Cour d’appel de l’Ontario - Une fois de plus, l’appareil judiciaire rate la cible en matière de prostitution

par Women Against Violence Against Women Rape Crisis Centre






Écrits d'Élaine Audet



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Vancouver, Colombie-Britannique, le 26 mars 2012 - En tant qu’organisation féministe anti-violence, le Women Against Violence Against Women (WAVAW) Rape Crisis Centre ne peut en aucune façon donner son aval à l’industrie de la prostitution et se doit de contester tout projet appuyant la perpétuation de ces activités, comme la décision prise aujourd’hui par la Cour d’appel de l’Ontario de légaliser les bordels.

L’industrie de la prostitution s’enrichit directement par l’objectification sexuelle, l’exploitation sexuelle et la violence contre les femmes. Dans cette industrie, les femmes sont contrôlées par les exigences des acheteurs, par les personnes qui agissent en proxénètes de leur corps et par les forces de l’impérialisme et du colonialisme qui les poussent vers cette condition. La plupart des femmes qui sont en prostitution ont été agressées ou maltraitées dans ce contexte. Nous continuons à voir les tribunaux, les discussions et la société en général éviter de répondre au véritable problème sous-jacent à cette industrie : la demande masculine pour l’achat de sexe auprès des femmes. Les changements qu’entraînera la décision rendue par la Cour d’appel de l’Ontario n’assureront pas plus de respect pour les femmes prostituées.

« Une fois de plus, l’appareil judiciaire rate la cible en matière de prostitution. Des femmes vont continuer à disparaître et à être assassinées tant que l’on ne travaillera pas réellement à les aider. Ce qu’il faut, ce sont des programmes sociaux et un financement social des services accessibles aux femmes. La solution n’est pas de dissimuler les femmes pour créer un faux sentiment de sécurité dans la communauté. La violence n’est pas le fait des femmes qui se livrent au commerce du sexe, elle est le fait des hommes qui cherchent à exploiter le corps des femmes. Ces hommes proviennent des quartiers mêmes où les juges disent vouloir créer la sécurité, en éliminant les conséquences sociales indésirables de la prostitution. Mais la clé du problème est la capacité masculine d’exploiter les femmes marginalisées et à risque au Canada », a expliqué Darla Goodwin, coordonnatrice des services aux femmes autochtones du Centre WAVAW.

« Si nous voulons mettre fin à la violence infligée aux femmes prostituées, nous devons nous concentrer sur les causes profondes de la violence exercée contre toutes les femmes : la violence masculine et le droit actuel donné aux hommes d’acheter le corps des femmes. Tant que nous continuons à assigner la responsabilité de leur propre sécurité aux femmes elles-mêmes, plutôt qu’aux auteurs de cette violence, nous n’arrivons pas à combattre une culture du viol où aucune femme n’est en sécurité. La décision d’aujourd’hui n’est pas une étape vers la fin de la violence contre les femmes en prostitution ; elle ne fait que renforcer la croyance sexiste que les femmes sont à vendre », ajoute Carissa Ropponen, coordonnatrice du programme Raise It Up ! de WAVAW destiné aux jeunes.

Notre société a besoin de consacrer suffisamment de ressources et d’attention à mettre fin à la demande masculine pour l’achat de sexe et à s’assurer que les femmes soient en sécurité, respectées et appréciées dans notre société, au lieu de faciliter aux hommes l’achat des femmes. La décision prise aujourd’hui par le tribunal va promouvoir l’industrie de la prostitution, accroître les bénéfices qu’elle tire de l’exploitation des femmes et des enfants et objectifier encore plus les femmes dans notre société.

. Version originale : Once again the Legal System is Missing the Mark on Prostitution.

Traduction : Martin Dufresne

Pour plus d’information :

Lire le mémoire de WAVAW consacré à la prostitution :  "Les groupes de femmes en quête d’égalité vont continuer à exiger une réforme des lois sur la prostitution", par La Coalition pan-canadienne des femmes pour l’abolition de la prostitution

- Prostitution - Le Conseil du statut de la femme réagit au jugement de la Cour d’appel de l’Ontario : les prostituées à la merci des proxénètes

- "Une décision naïve", par Yves Boisvert, La Presse : "On n’éradiquera pas la prostitution de rue ni l’exploitation des femmes avec des mesures comme ça."

- Des femmes autrefois prostituées et des survivantes de la traite témoignent : la prostitution n’est ni un choix ni une façon d’acquérir du pouvoir

- Prostitution - Déshabiller Jacqueline pour habiller Jeannette

- Les chroniques de Rebecca Mott, survivante de la prostitution

Mis en ligne sur Sisyphe, le 26 mars 2012


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