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samedi 4 juillet 2009

Les Iraniennes à l’avant-garde du combat pour la liberté

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



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Après des jours de manifestations monstre réclamant le respect du vote populaire en faveur de Mir-Hossein Moussavi, Khamenei, détenteur de tous les pouvoirs politiques, policiers, médiatiques et du contrôle sur les ressources pétrolières, confirmait à la prière du vendredi 19 juin l’élection incontestable d’Ahmadinejad et déclarait que toute personne qui participerait à des manifestations illégales devrait en subir les conséquences. La menace était claire et, dès le lendemain, les forces policières armées de carabines, de grenades lacrymogène, de canons à eau ont tenté d’empêcher les contestataires d’accéder pacifiquement aux principales places de Téhéran pour y faire entendre leur voix.

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Grand-mère et petite-fille manifestent ensemble en Iran. Photo : Payvand.com

Avec une brutalité évidente, les gardiens de la révolution et les milices bassijis, directement sous les ordres du guide suprême, ont matraqué indistinctement hommes, femmes et enfants, tiré sur la foule, faisant "entre 19 et 150 morts", selon diverses sources. Les journalistes locaux sont bâillonnés, les journalistes étrangers expulsés de l’Iran, certains même arrêtés et battus, comme deux journalistes canadiens du Globe and Mail et de Newsweek. En dépit de ses efforts pour couper tous les moyens de communication avec l’étranger, le pouvoir islamique a échoué dans sa tentative de cacher au monde son coup de force.

Les photos, les vidéos et les témoignages n’ont jamais cessé de parvenir aux médias internationaux. Les arrestations se poursuivent tard la nuit, les miliciens saccageant les domiciles et tirant les gens du lit pour les amener au ministère de l’Intérieur (et non à la prison d’Evin) où hommes et femmes sont gardés incommunicado et torturés, sans que personne ne puisse connaître leur sort. Cependant, on rapporte que, peu à peu, les contestataires mettent au point des stratégies pour faire reculer les forces policières en leur retournant les canettes de gaz lacrymogène, en identifiant à la peinture les maisons des miliciens islamiques bassijis, en dénonçant leurs actes de violence. Pendant ce temps, le pouvoir des mollahs se fissure de plus en plus, à mesure que se multiplient les critiques à l’intérieur de ses rangs.

Samedi, le 20 juin, les forces policières ont abattu une jeune manifestante de 27 ans du nom de Neda d’une balle en plein cœur et ce meurtre a été filmé par un téléphone portable avant de faire le tour du monde. Les contestataires ont scandé "Moussavi", "à bas le dictateur" (Khamenei) et clament "je suis Neda", en mémoire de la jeune martyre, désormais symbole de la lutte héroïque pour la liberté. Non seulement on réclame le respect du vote populaire, mais on exige maintenant haut et fort la destitution de Khamenei, responsable d’avoir souillé l’image de la république en entérinant la fraude électorale et d’avoir donné le feu vert à la répression contre son peuple.

Le rôle prépondérant des Iraniennes à travers l’histoire

Tous les commentaires sur les événements actuels en Iran soulignent le rôle prépondérant joué par les femmes dans la quête de justice et de liberté. Elles ont été à l’avant-garde des luttes démocratiques depuis le début du XIXe siècle, que ce soit lors de la Révolution constitutionnelle de 1905 à 1911 ou des grandes manifestations contre le régime du Chah, mis en place par la CIA et soutenu par les États-Unis jusqu’à sa chute en 1979. Elles étaient au premier rang en 1978 lors de la manifestation du vendredi noir où l’armée du Shah a tiré sur les manifestant-es faisant des milliers de victimes. Elles ont été les premières, quelques mois après le retour de Khomeiny en Iran, à l’occasion de la célébration du 8 mars, à révéler la nature du nouveau régime quand des miliciens islamiques leur ont lancé de l’acide au visage et les ont attaquées avec des barres de fer. La République islamique, qui n’a pas grand-chose de républicain, leur a, dès le début de sa dictature, imposé le port du voile et la soumission absolue à l’ordre patriarcal.

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Photo : www.payvand.com

Les Iraniennes ne possèdent aucune autonomie juridique, même si elles forment 60% des effectifs universitaires. Elles doivent demander à leur père ou à leur mari l’autorisation d’étudier, de travailler, de voyager. Si elles entrent sur le marché du travail, peu d’entre elles voient leurs compétences reconnues. On a évincé Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix, de son poste à la Cour suprême et refusé toutes les candidatures féminines à la présidence. Parvin Ardalan, récipiendaire du prix Olof Palme, a été empêchée de se rendre en Suède pour y recevoir son prix par la République islamique d’Iran à qui elle a répliqué : "Je suis fière d’être une femme séculière et d’appartenir à un mouvement féministe dont l’histoire témoigne d’une centaine d’années de lutte et de résistance pour que nous, les femmes, accédions à nos droits (1)."

La polygamie est autorisée et le divorce est difficile sinon impossible pour beaucoup de femmes, alors que leur mari n’a qu’à répéter trois fois "je te répudie" pour qu’elles le soient. Leur témoignage vaut la moitié de celui d’un homme et, en cas de viol, elles ont peu de chance d’être crues et s’exposent à être condamnées à la lapidation pour adultère ou violation de la charia. Elles subissent quotidiennement les violences des brigades de la moralité qui les forcent à respecter la tenue vestimentaire islamique, à porter le voile pour dissimuler le moindre cheveu et à se couvrir des pieds à la tête d’une longue veste beige ou noire.

En 2006, elles ont lancé la pétition Un million de signatures pour le changement des lois discriminatoires envers les femmes (2) en y formulant les conditions nécessaires pour créer une véritable égalité des droits. La campagne Un million de signatures, récipiendaire du Prix Simone de Beauvoir en 2009 (3), que le régime islamique cherche à bloquer dans tous les sites qui l’hébergent à travers le monde, a valu à nombre de celles qui la propagent et la défendent d’être fouettées et emprisonnées. Comme des millions d’Iraniens , les femmes qui luttent pour la démocratisation du régime ont passé le cap de la peur en voyant l’État intégriste nier aussi brutalement leur vote et leurs droits. Plus rien ne saurait les faire reculer, elles ont tout à gagner du changement.

Appel à la solidarité

Dans un communiqué non signé qui m’a été adressé par une amie de Téhéran, on affirme ne vouloir ni le renversement du gouvernement, ni le rétablissement de la monarchie, ni la prise de pouvoir par d’autres intégristes tels que les Moudjaheddines. Préconisant une stratégie étapiste, on appelle à l’unité des forces derrière Moussavi, considéré comme le seul leader capable d’amener un changement à l’heure actuelle, même s’il fait partie intégrante du système.

Moussavi appellerait mercredi, le 24 juin, à la grève générale dans tout le pays. Une information, comme bien d’autres, impossible à vérifier. On termine en demandant de faire circuler cet appel sur Twitter, Facebook et par tous les moyens à notre disposition. Le droit à la liberté et à l’égalité n’est pas, comme le prétendent les intégristes, un droit occidental, bourgeois ou impérialiste. Il fait partie des droits universels.

Notes

1. Lire ici.
2. La pétition.
3. Lire ici.

Mis en ligne dans Sisyphe, le 23 juin 2009.


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Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
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