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novembre 2003

Les difficultés scolaires des garçons : débat sur l’école ou charge contre le féminisme ?

par Michèle Asselin et Gisèle Bourret






Écrits d'Élaine Audet



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Des expériences comme le « gars show » organisé récemment par une école secondaire de Magog ravivent le débat sur le décrochage scolaire des garçons et la non-mixité des classes ou des écoles comme éventuel remède à ce problème. Chaque fois qu’il ressurgit, ce débat donne lieu à la même levée de boucliers contre le féminisme et les féministes. Nous assistons alors à un amalgame d’affirmations qui se présentent comme des causes au décrochage scolaire des garçons : il y a trop de profs féminins, l’école véhicule des valeurs féminines, le féminisme a détruit l’estime de soi des garçons et des hommes, etc.

Plutôt que de stimuler une recherche de solutions judicieuses pour contrer le problème réel du décrochage, ce discours nous éloigne du coeur de la question. Petit tour d’horizon pour tenter de mieux comprendre les éléments en jeu.

La réussite scolaire

Disons d’abord que la majorité des filles et des garçons qui fréquentent l’école y réussissent. Soulignons également que la concurrence actuelle entre les écoles, entretenue notamment par la publication annuelle du palmarès de classement des établissements, exerce une réelle pression sur le milieu scolaire. Dans ce contexte, l’obligation de résultats devient impérative et doit être remplie à court terme. Elle ne permet pas de se questionner bien longtemps sur les moyens à mettre en oeuvre pour favoriser la véritable réussite de toutes et de tous, sur ce qu’implique la réussite scolaire en dehors de l’acquisition d’un diplôme, ni, non plus, sur le rôle que l’école devrait jouer dans la société. Est-il nécessaire de rappeler que la réussite scolaire n’est pas seulement quantitative. Il est important de garder cela à l’esprit lorsque nous parlons de décrochage scolaire.

Le phénomène du décrochage scolaire des garçons est loin d’être nouveau. Cependant, un coup d’oeil sur les statistiques nous permet de voir que les garçons décrochent en moins grande proportion aujourd’hui qu’il y a 10 ans. Par exemple, en 2001, en formation générale, ils étaient 69 % à accéder à la 5e secondaire comparativement à 54 %, en 1982 (source : ministère de l’Éducation). Les chiffres nous montrent aussi que le décrochage, pour les garçons et les filles, commence au cours de la 3e secondaire.

Si on regarde le taux de décrochage au secondaire selon l’âge et le sexe, on peut s’apercevoir que l’écart entre filles et garçons varie : il atteint un sommet à 19 ans avec 10 % d’écart comparativement à 5 % à 17 ans. On constate, de façon générale, que les jeunes femmes ont mieux réussi que les garçons à corriger leur situation par rapport au décrochage. (Notons d’ailleurs ici que plus le niveau d’études augmente, chez les femmes, plus se rétrécit l’écart qui existe avec le salaire des hommes.)

Tout en nous donnant un portrait général, ces données ne nous permettent pas, évidemment, de rendre compte de toute la réalité. Par exemple, les statistiques de bon nombre d’écoles ou de commissions scolaires ne montrent pas d’écarts sensibles entre les résultats moyens des garçons et ceux des filles. Ces données ne nous renseignent pas, non plus, sur les causes diversifiées du décrochage chez les filles et chez les garçons. L’analyse est complexe et reste en bonne partie à faire. Plusieurs hypothèses pourraient être avancées, et certaines d’entre elles seraient fort utiles à la recherche de solutions au problème de décrochage des garçons. Ne devrait-on pas, entre autres, comparer les garçons qui réussissent et ceux qui échouent pour mieux saisir ce qui se passe ? Cette piste de solution mériterait sans aucun doute d’être considérée.

Cependant, plutôt que de s’attarder à poursuivre l’analyse afin de trouver des moyens d’action adéquats, le discours entendu actuellement se replie, trop souvent, sur des arguments qui ne tiennent pas la route. En voici deux.

1. « Il y a trop de femmes dans l’enseignement ! »

Mettons les choses au clair. S’il est vrai que les femmes sont nettement prédominantes dans l’enseignement primaire, cela est beaucoup moins vrai au secondaire où les femmes représentent environ 54 % du corps enseignant et sont en minorité à la direction des écoles. Chacun sait également que les femmes sont minoritaires au sein du corps professoral collégial et universitaire, niveaux où le décrochage continue de se manifester.

Élément important : la prédominance des femmes au primaire n’est pas une réalité nouvelle, alors comment se fait-il qu’on lui accorde, depuis quelques années, autant d’importance ? On peut se demander, également, pourquoi les jeunes hommes ne s’orientent pas en plus grand nombre vers l’enseignement primaire ? Serait-ce parce que ce travail ne les intéresse pas à cause, notamment, du manque de valorisation qui lui est accordé, du salaire octroyé et de l’aura de « maternage » qui continue d’entourer cette profession ?

Des études réalisées ici et dans plusieurs pays montrent qu’il n’y a pas de liens entre le sexe du personnel enseignant et la réussite scolaire, à la fois des filles et des garçons (« Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles », rapport du Conseil supérieur de l’éducation, 1999, et « La non-mixité à l’école : quels enjeux », Pierrette Bouchard et Jean-Claude St-Amant, Options, CSQ, automne 2003). Ce qui compte avant tout, c’est la qualité de la relation entre le professeur et l’élève.

Pourquoi donc subsiste-t-il encore cette interprétation ou plutôt ce préjugé visant à attribuer l’échec scolaire des garçons à la prédominance des femmes dans l’enseignement et aux valeurs prétenduement féminines que véhicule l’école ? Sur quels faits et analyses reposent ces affirmations ? Selon nous, ce discours ne fait qu’engendrer peur et confusion par rapport aux acquis du féminisme et à la place qu’occupent les femmes dans la société.

Par ailleurs, des recherches conduites par l’équipe du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (Université Laval) ont montré que les filles et les garçons qui ont le plus de difficulté à l’école sont les jeunes qui sont les plus attachés aux stéréotypes sexuels traditionnels et qui proviennent d’un milieu socio-économique défavorisé. Une fois de plus, pourquoi ne pas s’attarder à ces faits dans notre recherche de solutions ? Il nous faut questionner l’État et l’école sur les ressources qu’ils mettent à la disposition des jeunes issus de milieux défavorisés et examiner les moyens retenus pour les aider à persévérer.

Plus largement, si nous nous plaçons dans une perspective de prévention, il faut aussi se demander si les ressources professionnelles et de soutien dont dispose le milieu scolaire sont réellement suffisantes. Il y a lieu, également, de remettre en question l’image, encore bien souvent figée, des rôles masculins et féminins que véhiculent l’école et la société. Enfin, nous devrions pouvoir mieux cerner les conséquences de l’absence, trop souvent constatée, des pères dans l’éducation de leurs enfants.

2. « On devrait séparer les gars des filles ! »

La non-mixité des classes ou des écoles comme solution éventuelle au décrochage scolaire repose sur une analyse à courte vue. En effet, dans l’article mentionné plus haut, Bouchard et St-Amant examinent cette question à partir de différentes études ou interventions. Il en ressort, entre autres, que la non-mixité pourrait être plus avantageuse pour les filles, étant donné que ces dernières n’auraient plus à supporter les comportements « dérangeants » de certains garçons, de même que le harcèlement sexuel. Mais surtout, il est démontré que les écoles qui ont obtenu les plus grandes améliorations quant au rendement scolaire des garçons sont celles qui ont axé leurs interventions vers les garçons et les filles ayant des besoins particuliers.

Pour notre part, nous croyons que l’école représente un lieu où garçons et filles doivent apprendre à vivre ensemble dans le respect et l’égalité et nous savons que plusieurs éducatrices et éducateurs mettent en oeuvre divers moyens pour favoriser ce vivre-ensemble, pour développer la coopération, la solidarité, l’ouverture à la diversité.

Le féminisme au-delà des préjugés

Les éléments que nous avons esquissés ici permettent, selon nous, de désamorcer un tant soit peu le « discours » anti-féministe qui alimente trop souvent les débats sur les difficultés scolaires des garçons et apportent certains éléments d’analyse qui mériteraient d’être étudiés sérieusement. Voir la cause principale du décrochage scolaire des garçons dans la sur-représentation des femmes dans l’enseignement, c’est non seulement escamoter le débat, mais c’est le déplacer vers une autre cible, le féminisme que l’on assimile à une « guerre des sexes ». Comme si les batailles que les femmes ont gagnées ne faisaient pas partie des acquis sociaux (toujours fragilisés d’ailleurs) !

Le féminisme s’est développé dans des mouvements qui ont revendiqué des changements au niveau de la société concernant, notamment, la pleine reconnaissance du travail des femmes, le respect de leur liberté et de leur intégrité, la création de garderies, l’établissement de droits égaux dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et dans l’accès véritable aux différentes institutions de la société.

Malgré leur scolarisation, les femmes ont encore, à l’heure actuelle, un salaire inférieur à celui des hommes pour des emplois équivalents et sont encore sur-représentées dans les emplois précaires et à temps partiel, y compris dans l’enseignement. Les femmes continuent toujours à assumer, dans la société, une très grande partie du travail non rémunéré. Et les discriminations et violences sexuelles ne sont pas, non plus, enrayées.

Les luttes menées par le mouvement des femmes ont contribué à améliorer aussi le sort des hommes. Par exemple, les hommes bénéficient des congés parentaux et ceux qui oeuvrent dans les emplois à prédominance féminine bénéficieront également de la correction des salaires effectuée à l’occasion de la loi sur l’équité salariale. De même, nous croyons que la remise en question des rôles sexuels traditionnels a permis aux hommes de se rapprocher davantage aujourd’hui de leurs enfants, et aux enseignants de développer de meilleures relations avec leurs élèves, basées sur l’écoute et le respect.

Oui, nous nous soucions du rapport difficile que certains garçons entretiennent avec l’école et nous tenons à souligner ici les efforts faits dans plusieurs écoles pour trouver des solutions appropriées à ce problème. Nous sommes préoccupé-e-s par la façon dont se mène trop souvent le débat et souhaitons l’élargir en une réflexion, non seulement sur la mission de l’école, mais aussi sur le genre de société que nous voulons pour nos filles et nos garçons.

En cessant de jeter la pierre aux féministes, en portant une attention particulière aux besoins et difficultés des garçons et des filles, en remettant le sens de l’effort et le plaisir d’apprendre au goût du jour, en redonnant à l’éducation le mérite qui lui revient, en faisant de l’école un lieu réel d’apprentissage de la coopération, de la diversité et de la citoyenneté, nous croyons que nous parviendrons, toutes et tous, à ouvrir la voie de la réussite des jeunes Québécois et Québécoises.

Ont cosigné ce texte :

Normand Baillargeon, professeur, Département d’éducation et pédagogie, Université du Québec à Montréal ; Sophie Bissonnette, cinéaste ; Alain Dion, président, Fédération autonome du collégial (FAC) ; Johanne Fortier, présidente, Fédération des syndicats de l’enseignement (CSQ) ; Danielle Fournier, présidente, Relais-femmes, École de service social de l’Université de Montréal ; Diane Lavallée, présidente, Conseil du statut de la femme ; Pierre Patry, président, Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (CSN) ; Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal ; Céline Saint-Pierre, sociologue, Chaire Fernand-Dumond sur la culture, INRS ; Réginald Sorel, président, Fédération des enseignantes et des enseignants de collèges (CSQ)

Publié également dans Le Devoir, 3 novembre 2003

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FFQ

Fédération des femmes du Québec (FFQ)

Il sera question de ce sujet, entre autres, lors d’un débat organisé par la FFQ le 7 novembre 2003. Voir communiqué ici.

Mis en ligne sur Sisyphe le 3 novembre 2003

Michèle Asselin est présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et Gisèle Bourret est formatrice à la FFQ.


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Michèle Asselin et Gisèle Bourret

Michèle Asselin est présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et Gisèle Bourret est formatrice à la FFQ.



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