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vendredi 11 novembre 2016

Présidence américaine - Les États-Unis haïssent vraiment les femmes

par Meghan Murphy, journaliste et écrivaine, Feminist Current






Écrits d'Élaine Audet



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J’ai un rire comme celui de Hillary (1) - un rire bruyant, à gorge déployée, peu féminin et insolent, qui amène parfois certaines gens à me dévisager. Mon rire n’est pas un rire attrayant, mignon ou puéril. Le monde, apparemment, déteste cela.

Le monde déteste les femmes bruyantes, peu portées aux excuses, qui persévèrent malgré les efforts inlassables pour leur boucler la gueule. Il déteste surtout celles qui arrivent à continuer à rire en avançant, refusant d’être réduites au silence et étouffées par la haine qu’alimente le patriarcat.

En effet, lorsqu’on apprend la féminité (2), on nous apprend à réduire nos rires à un gloussement poli, à se couvrir la bouche ou à garder la bouche entièrement fermée... Ceux qui apprennent la masculinité, d’autre part, sont encouragés à rire bruyamment, la bouche grande ouverte, sans avoir à s’en excuser. Autrement dit, les hommes peuvent rire librement et de façon authentique, tandis que les femmes doivent aspirer à l’invisibilité et au silence, en étouffant toute impulsion naturelle qu’elles ressentent.

Hillary Rodham, comme l’a souligné Samantha Bee (3), a été contrainte de devenir Hillary Clinton afin de mettre les patriarches plus à l’aise. L’Amérique a essayé de pilonner son authenticité – la véritable Hillary – pour ensuite l’accuser de se comporter en « robot-faux politicien » dès que l’authenticité est soudainement devenue « cool ».

Bien sûr, la réalité est que rien de ce que font les femmes n’est vraiment correct. Parce qu’elles sont des femmes. Elles font toujours tout de travers : elles sont trop salopes ou trop pudiques, trop gentilles ou trop méchantes… Ce sont des Marie-couche-toi-là ou des harpies, trop artificielles ou trop réelles, trop jeunes ou trop vieilles, trop bruyantes, trop ambitieuses, trop intelligentes, trop connes…

Indépendamment des détails, le problème revient toujours à trop de vagin (4). Les femmes qui sont réelles, qui disent ce qu’elles pensent et qui ne reculent pas, sont qualifiées de « nasty » (méchantes, comme Clinton a été qualifiée par Trump) (5), de menteuses, hystériques, de « délirer » (6). LOL ! Une femme ?! Qui ose ne pas plier face aux pressions sociales pour la forcer à se taire et la fermer ? Vous devez être folle. Nous sommes censées pleurer en silence, effondrées sur le plancher de la cuisine, plutôt que de ricaner avec joie. Nous n’avons pas le droit de survivre. Pas le droit de persévérer, de lutter plus fort, de gagner.

Hillary peut bien ne pas avoir correspondu à votre idéal de féministe (7), mais ne nous y trompons pas ; la répugnance (8) aussi largement exprimée à son égard ne tenait pas à ses positions politiques (qui ne différaient pas, politiquement, de celles de ce chouchou d’Obama), mais cette répugnance tenait au fait qu’elle est une femme. Elle a été haïe de façons spécifiquement sexistes (9).

Cette femme solide et inébranlable a été non seulement forcée de monter sur scène et de débattre avec un violeur sociopathe, agressif, raciste, puéril et lunatique (qui était probablement consterné, lui-même, d’avoir à partager cette tribune avec une femme – qu’il considère, en outre, comme imbaisable) ; elle a non seulement été forcée de prendre conscience du fait que des gens pourraient voter pour un tel homme contre elle, mais elle a perdu face à cet homme. Des Étasuniens ont voté pour un bouffon nazi adepte de la suprématie blanche (10), plutôt que pour une candidate qualifiée et intelligente.

C’était la première fois que les femmes américaines étaient en mesure de voter pour une présidente (11).

C’était un moment historique (12). Et j’ai tellement le cœur brisé pour mes sœurs américaines. Mais au-delà de cela, j’ai le cœur brisé pour toutes les femmes. Cette élection nous a appris que la plupart des gens ne se soucient pas vraiment de l’agression sexuelle, de la violence conjugale, de la violence masculine et de la déshumanisation. Ils sont prêts à envoyer à la Maison Blanche des hommes qui traitent les femmes de « grosses truies », de « salopes » et de « chiennes », des hommes qui se vantent de leurs agressions sexuelles. Parce qu’ils s’en foutent totalement. Nous ne sommes que des femmes, après tout. Et soyons honnêtes : nous sommes habituées à ce traitement merdique. Si habituées que nous ne le voyons même pas comme si grave que cela.

Hillary a perdu, non en tant que candidate déficiente, mais en tant que femme. Les hommes blancs ont remporté cette élection. C’est la peur (13) qui a gagné cette élection : la peur de « l’autre » (14), la peur de perdre du pouvoir, des emplois, de l’argent, des armes à feu, des biens et des privilèges. La haine a gagné aussi : celle des minorités, des réfugié.e.s, des personnes de couleur, et, bien sûr, la haine des femmes. L’élection a été remportée par la réticence absolue, des Étasuniens blancs, à envisager une femme comme présidente. Il y a même des femmes qui ont voté contre elles-mêmes et pour un homme qui ne les voit pas comme égales, voire comme des êtres humains. Un homme qui, franchement, les déteste.

Dan Sinker : "I just keep looking at this and feeling deep sorrow for the people of color who showed up and we white folk let down so completely."

La misogynie déferle sur nous de toutes parts : de la gauche, de la droite et du centre. Elle vient de gens qui devraient être à nos côtés. Ce n’est pas seulement le sexisme manifeste qui a remporté cette élection, le genre de choses qui sortent de la bouche de Donald Trump, mais ce sont également les attitudes de nos « frères » de gauche qui ne pouvaient pas supporter la voix d’Hillary, son visage, son sourire... Qui pouvaient pontifier sur sa nature maléfique sans avoir la moindre critique pour leurs amis qui la qualifiaient de « stridente », de « désagréable » ou de « bitch ».

Des hommes qui ont peu à dire quand leur groupe nous gratifie de ces insultes codées que les frères d’armes savent pouvoir lancer impunément. Qui ont moins à redire à propos de Trump que de « cette femme-là ». La misogynie fleurit d’un pôle à l’autre du spectre politique. Les hommes préfèrent voter pour un violeur que pour une femme. Et des femmes pensent encore pouvoir gagner un peu de puissance et de sécurité en marchant sur le cou d’autres femmes. Je me demande si elles aussi ont peur ...

Je peux seulement espérer que ce cauchemar inspirera plus de solidarité. Que nous lutterons ensemble. Que nous chercherons force et solidarité parmi nos sœurs, et non auprès d’hommes qui nous abandonnent, nous agressent, nous violent, nous injurient et nous haïssent. Que nous choisirons de nous battre, de ne pas paniquer et nous accrocher à nos maris, nos copains ou à dieu, que nous ne nous enterrerons pas dans des rituels complaisants et des livres de développement personnel, que nous ne choisirons pas le déni comme mécanisme de survie. Que nous nous mettrons enfin en colère. Il nous faut devenir vraiment, vraiment en colère.

Cette fois-ci, la misogynie a gagné. Et nous devons le reconnaître avant d’aller de l’avant. En cessant de lui fournir de nouvelles excuses.

Notes

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Version originale : "America really, really hates women", Feminist Current, le 9 novembre 2016.

Traduction : Martin Dufresne pour TRADFEM.

Mis en ligne sur Sisyphe, le 11 novembre 2016


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Meghan Murphy, journaliste et écrivaine, Feminist Current

Meghan Murphy est écrivaine et journaliste indépendante, secrétaire de rédaction du soir pour le site rabble.ca, et fondatrice et directrice du site Feminist Current. Elle a obtenu une maîtrise au département d’Études sur les femmes, le genre et la sexualité de l’Université Simon Fraser en 2012.

Meghan a commencé sa carrière radiophonique en 2007, dans une caravane installée au milieu d’un champ de moutons. Son émission s’appelait « The F Word » et était diffusée à partir d’une toute petite île au large des côtes de la Colombie-Britannique. Elle a pleinement profité de la liberté que lui laissait cette radio pirate : buvant de la bière à l’antenne, lisant des passages d’Andrea Dworkin, et passant du Biggie Smalls. Elle est revenue à Vancouver, où elle a rejoint l’émission de radio nommée, coïncidence, elle aussi « The F Word », qu’elle a produite et animée jusqu’en 2012. Le podcast de Feminist Current est le projet « radio » actuel de Meghan, une façon de communiquer une analyse critique féministe progressiste à quiconque s’y intéresse. Feminist Current est une émission syndiquée à Pacifica Radio et hébergée par le réseau de podcasts Rabble.

Meghan blogue sur le féminisme depuis 2010. Elle n’hésite pas à penser à contre-courant et a été la première à publier une critique des défilés Slutwalk, en 2011. C’est l’une des rares blogueuses populaires à développer en public une critique à la fois féministe radicale et socialiste de l’industrie du sexe. Les critiques adressées par Meghan au #twitterfeminism, à la mode du burlesque, à l’auto-objectivation des selfies, et au féminisme du libre choix lui ont valu une foule d’éloges et d’attaques, mais surtout une reconnaissance comme écrivaine qui n’a pas peur de dire quelque chose de différent, en dépit de ce que le féminisme populaire et les grands médias décrètent comme ligne du parti.

Vous pouvez trouver ses écrits en version originale dans les médias Truthdig, The Globe and Mail, Georgia Straight, Al Jazeera,Ms. Magazine, AlterNet, Herizons, The Tyee, Megaphone Magazine, Good, National Post, Verily Magazine, Ravishly, rabble.ca,xoJane, Vice, The Vancouver Observer et New Statesman. Meghan a également participé à l’anthologie Freedom Fallacy : The Limits of Liberal Feminism.

Meghan a été interviewée par Radio-Canada, Sun News, The Big Picture avec Thom Hartmann, BBC Radio 5, et Al Jazeera, ainsi que dans de nombreux autres médias.

Isabelle Alonso a publié une interview d’elle sur son blog.


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