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lundi 12 janvier 2004


Bas les voiles ! de C. Djavann
Un vibrant appel à la conscience

par Élaine Audet






Écrits d'Élaine Audet



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Dans un témoignage passionné, Chahdorff Djavann, romancière et anthropologue iranienne de trente-cinq ans, vivant en France depuis douze ans, s’attaque au relativisme culturel qui sévit dans ce pays à propos du port du voile. Elle sait de quoi elle parle parce qu’elle a vécu en Iran, de l’âge de treize ans à vingt-trois ans, dans la « prison ambulante » du voile. L’originalité de son argumentation tient au fait qu’elle ne situe pas le débat sur le terrain de la laïcité mais sur celui des droits humains, de la maltraitance des mineures. Le port du voile devrait être interdit et sanctionnés les parents ou les adultes qui incitent à le porter parce que, dit-elle, il est la cause d’un déni de soi et « la marque » de l’asservissement sexuel et politique des femmes.

Armée d’un courage à toute épreuve et d’une saine colère, Djavann expose, avec un amour évident et une parfaite maîtrise de sa langue d’adoption, les conséquences du port du voile pour des fillettes à qui on inculque dès l’enfance la honte de leur corps parce qu’il est féminin. « Le port du voile met l’enfant ou la jeune adolescente sur le marché du sexe et du mariage, la définit essentiellement par et pour le regard des hommes, par et pour le sexe et le mariage. » Elle stigmatise le port du voile parce qu’il n’est pas seulement un signe religieux mais « l’étoile jaune » de la condition féminine.

Quant aux jeunes musulmanes adultes et aux Françaises converties, ces « midinettes minaudantes » qui revendiquent le port du voile comme une liberté, Djavann les traite de kapos et de traîtres face à leurs sœurs qui tentent d’échapper à l’emprise totalitaire du hijab au risque de leur vie. Elle rappelle qu’il y a quatre millions de musulman-es en France et que la majorité d’entre eux se déclarent religieusement indifférents, beaucoup ayant d’ailleurs quitté leur pays pour fuir l’islam. Des dizaines d’associations de femmes d’origine maghrébine disent qu’il « ne faut pas accepter le voile à l’école, sinon on ne pourra plus ne pas le porter », comme le démontre la réalité des banlieues où les jeunes musulmanes sont sommées de choisir entre « le voile ou le viol ». Reconnaître la légitimité du voile revient à renforcer le pouvoir de ceux qui veulent maintenir les femmes dans la soumission. Pour l’auteure iranienne, « le temps du marchandage des conditions de l’existence féminine a sonné ».

Une charge accablante contre le relativisme culturel

L’auteure qualifie les intellectuels français de « Ponce-Pilate de la pensée ». Au nom de la différence culturelle, ils abandonnent les émigrées à la loi religieuse de leur communauté. Dans la même lancée, pourquoi, demande-t-elle, ne pas accepter la lapidation et l’excision, ou les mariages de jeunes mineures avec des « vieux messieurs », même si en France la pédophilie constitue un délit ?

Djavann bondit quand on amène l’argument de la « liberté individuelle » pour justifier le port du voile : « Si aujourd’hui, des jeunes juifs commençaient à porter l’étoile jaune, en clamant « c’est ma liberté » ; si des jeunes Noirs décidaient de porter des chaînes au cou et aux pieds, en disant « c’est ma liberté », la société ne réagirait-elle pas ? On ne peut s’empêcher de penser aux arguments pour la libéralisation de la prostitution selon lesquels il faut respecter le libre choix des prostituées d’être transformées en marchandises.

L’auteure conclut en s’adressant « au bon sens et à la responsabilité » des Français pour refuser que « la culture soit l’alibi de la religion et la religion l’alibi de la discrimination sexiste ». Un moyen efficace pour lutter contre la marginalisation des immigrés consisterait, selon elle, à mettre à leur disposition des institutions gratuites et obligatoires d’apprentissage de la langue, des traditions républicaines, des valeurs essentielles de la démocratie et de l’histoire de France depuis la révolution.

Un petit livre convaincant de 50 pages, écrit d’une seule traite, d’une plume inspirée, dont pas un mot n’est de trop. Par la force et la clarté de son argumentation qui coule de source, le témoignage de Chahdortt Djavann à la commission Stasi a certainement dû contribuer à la décision du président Chirac de légiférer contre le port du voile. À lire absolument alors qu’au Québec une nouvelle affaire du voile est en arbitrage et que des dignitaires musulmans tentent d’imposer au Canada des tribunaux islamiques soumis à la loi coranique.

Chahdortt Djavann, Bas les voiles !, Paris, Gallimard, 2003.

Mis en ligne sur Sisyphe le 12 janvier 2004.


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Élaine Audet

Élaine Audet a publié, au Québec et en Europe, des recueils de poésie et des essais, et elle a collaboré à plusieurs ouvrages collectifs. Depuis 2002, elle est l’une des deux éditrices de Sisyphe.
Ses plus récentes publications sont :
- Prostitution - perspectives féministes, (éditions Sisyphe, 2005).
- La plénitude et la limite, poésie, (éditions Sisyphe, 2006).
- Prostitution, Feminist Perspectives, (éditions Sisyphe, 2009).
- Sel et sang de la mémoire, Polytechnique, 6 décembre 1989, poésie, (éditions Sisyphe, 2009).
- L’épreuve du coeur, poésie, (papier & pdf num., éditions Sisyphe, 2014).
- Au fil de l’impossible, poésie, pdf num., (éditions Sisyphe, 2015).

On peut lire ce qu’en pensent
les critiques et se procurer les livres d’Élaine Audet
ICI.



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  • > Un appel vibrant à la conscience
    (1/2) 27 janvier 2004 , par Internaute

  • > Un appel vibrant à la conscience
    (2/2) 16 janvier 2004 , par catherine albertini





  • > Un appel vibrant à la conscience
    27 janvier 2004 , par Internaute   [retour au début des forums]

    Chahdorff Djavann confond l’Iran et la France.
    Elle a été oblige de porter son voile, c’est condamnable.j’ai coisie de porter mon voile et m’obliger à l’enlever est aussi condamnable.
    Le foulard est toujours décrit comme le signe de la soumission de la femme à l’homme.je porte un foulard et je ne me considère pas dut tout inferieur a l’homme.le foulard est un signe , ou plus exactement un acte de piété à son CREATEUR.le foulard n’est pas une prison ambulante, mais une sacralité portatif. le foulard pour celles qui le portent sur la tête, dans la tête et dans la coeur est un acte de pudeur.Il suffit de regarder la femme la plus célèbre du monde entier et de tout temps,une femme hors du temps, MARIE MERE DE JESUE et elle porte un voile.

    > Un appel vibrant à la conscience
    16 janvier 2004 , par catherine albertini   [retour au début des forums]

    La question de la liberté du port du voile ne se pose même pas.

    La loi me gêne en ce qu’elle punit des victimes, celles qui prétendent porter librement le voile pourront le retirer pour rester à l’école, pas celles qui y sont contraintes et qui seront donc exclues et enfermées dans un ghetto étanche.

    La loi ne m’aurait pas gênée si elle s’était adressée aux prescripteurs du voile (prédicateurs et caïds).


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