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jeudi 23 octobre 2003

Laïcité : une loi pour la cohésion

par Gisèle Halimi, avocate, écrivaine et présidente de Choisir la cause des femmes






Écrits d'Élaine Audet



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À la complexité du problème - le port d’insignes religieux à l’école publique, notamment le voile - s’ajoutent le désordre et la confusion de nombreux commentaires. Désordre né de l’absence de toute hiérarchisation des données, des valeurs en cause et des conséquences de décisions prises au cas par cas.

Car il s’agit bien - hélas ! - du cas par cas d’une jurisprudence hésitante, contradictoire, éparpillée en confettis d’exclusion ou de maintien des contrevenant(e)s.

La vraie question - les signes religieux à l’école sont-ils compatibles, dans certaines conditions, avec nos principes constitutionnels ? -, noyée dans le flou de certaines approches, divise.

Sont en cause le principe de la laïcité de l’Etat (art. 2 de la Constitution), qui constitue à la fois un principe politique et un mode d’emploi juridique, et son corollaire direct dans l’enseignement public, la liberté de conscience, d’opinion et d’expression (art. 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen). L’égalité des sexes (préambules des Constitutions de 1946 et 1958) est un autre principe de même valeur que le précédent. Il convient d’y insister pour contrer une certaine mollesse à le défendre, dans cette problématique.

Théoriquement, la laïcité, dont le fondement même est né de la loi de 1905 (séparation de l’Eglise et de l’Etat), garantit aux citoyen(ne)s la neutralité du service public, conséquence de l’indépendance du politique à l’égard du religieux.

Et assure à tous la liberté de conscience et d’expression. Qui mérite d’être définie. Et limitée. La foi, la pensée, la conscience, justement - domaine du subjectif -, peuvent se dire. Les comportements, les "prescriptions" religieuses, donc les signes et insignes, bref la pratique - domaine de l’objectif -, devraient être interdits. Car ils entreraient en conflit ouvert avec la neutralité laïque dans une acception rigoureuse. Et l’égalité des sexes ? Parente pauvre de l’argumentation, presque oubliée dans ce foisonnement des débats, elle ne semble pas officiellement "listée" dans les valeurs républicaines. Alors qu’elle met inexorablement en cause le port d’un des signes les plus visibles, les plus voyants, le voile, dit "foulard islamique".

Le voile est un terrible signe d’infériorisation de la femme. Je n’extrapole point. C’est le sens même de la prescription du Coran. Définie par rapport à l’homme, à ses désirs, à ses pulsions, la femme se doit de cacher tout ce qui pourrait séduire, appeler à la transgression sexuelle.

Eve dans le jardin de l’Eden, ou Tertullien au VIe siècle : "La femme est le sexe du diable." Marquée de manière infamante par le judaïsme ou le catholicisme d’antan, le rejet aujourd’hui s’exprime par la religion islamique, à quelques exceptions près. Séparation d’avec l’autre, d’avec le reste du monde par l’étanchéité du voile. Enfermement pour se marquer du sceau infériorisant de la charia (polygamie, répudiation, incapacité civile et minorité à vie...). Infériorisation atavique que le voile aide, dans ses plis, à intérioriser. Destin alors tracé, parallèle à celui de l’homme, ne se confondant jamais avec lui. Mais éternellement dépendant de son autorité, de son pouvoir, de sa sexualité. Par le voile, la femme est reléguée dans un véritable apartheid sexuel.

Que devient dans ces conditions l’égalité entre les sexes, principe constitutionnel, valeur républicaine ? Que reste-t-il de la dignité de la femme, asphyxiée sous le voile, bâillon et symbole à la fois ?

L’irréductibilité de ce signe religieux à notre loi suprême devrait suffire à bannir définitivement le voile islamique de nos écoles. La Convention internationale de New York du 18 décembre 1979, dite antisexiste, entrée en vigueur en France le 3 septembre 1981, oblige les Etats signataires à "modifier les schémas et modèles de comportements socioculturels de l’homme et de la femme en vue de parvenir à l’élimination des préjugés et des pratiques coutumières ou de tout autre type, qui sont fondés sur l’idée de l’infériorité ou de la supériorité de l’un ou de l’autre sexe ou d’un rôle stéréotypé des hommes et des femmes".

Le Conseil d’Etat, dans son fameux avis du 27 novembre 1989, a laissé à chaque établissement la responsabilité de ses définitions et de ses décisions. S’abstenant ainsi de tracer une ligne entre le permis et l’interdit, il a dessiné un nouveau (et pauvre) visage de la laïcité. Un patchwork d’où toute rigueur est absente. Laisser aux choix, opinions, humeurs, phobies des chefs d’établissement l’appréciation du "caractère ostentatoire ou revendicatif" du signe religieux, de l’interprétation d’un "acte de pression, de revendication, de prosélytisme ou de propagande", c’était du même coup instaurer le cas par cas, le jugement à l’aune variable de chaque conseil de discipline.

La chance a voulu, pour le cas d’Aubervilliers, que l’attitude des deux lycéennes voilées, friandes de médiatisation, ne laissât aucun doute. Alma n’a-t-elle pas déclaré publiquement : "Je me bats pour que toutes les filles qui veulent porter le voile puissent le faire" ? La décision de son expulsion et de celle de sa sœur, juste et courageuse, a été prise après des mois de dialogue. Un dialogue et un échange qui ont convaincu la douzaine d’autres filles voilées à leur arrivée.

Mais, ailleurs, quand l’"ostentation", le "prosélytisme" se font intermittents, se diluent dans les cours et le temps, s’avancent masqués, que faire ? Où est la règle, le droit, la loi qui protège ou punit dans la totale égalité tous les citoyens ? Des décisions disparates, aux fondements quelquefois inattendus pour éviter le débat piégé, des motivations bigarrées mettent en danger, à la longue, nos principes républicains. Erosion, interprétation minorées ou majorées font de ce problème de société un dangereux "marronnier". Alors ? Alors, besoin de dire le droit. De rappeler qu’il est le même pour tous et que toute licence irrespectueuse à l’égard de ses règles doit être bannie. Que la loi peut pacifier, réunifier, intégrer. Et, faute de définitions précises, interdire tous les signes religieux à l’école (voile, kippa, croix).

Une loi, ou toute autre disposition générale ayant force exécutoire, pour rappeler avec rigueur que la liberté de conscience religieuse ne se confond pas avec la liberté de pratiquer à l’école une religion. Une loi prescrivant un dialogue obligatoire, des délais de réflexion en préalable à toute décision. Et l’exclusion à défaut de compromis pour que force reste aux principes (humanistes) républicains. Laïcité, égalité et dignité des femmes, liberté d’expression. Il y va de notre cohésion nationale.

Reste le plus grave : l’affaire du voile n’est qu’un épiphénomène. Le révélateur de l’échec de toutes les politiques d’intégration de nos communautés, et parmi elles, la plus importante, la communauté musulmane.

Article paru dans la rubrique Point de vue du quotidien Le Monde, 23 octobre 2003. Reproduction sur Sisyphe autorisée par l’auteure.

Information complémentaire :L’égalité entre les hommes et les femmes au centre de la dernière audience publique de la Commission Stasi, dans Le Monde, 15 novembre 2003.

Mise en ligne sur Sisyphe, le 29 octobre 2003

Tous les articles de ce dossier

Derrière le voile... un tout autre combat, par Cinquième zone
Un sentiment de trahison, par Michèle Tribalat
Des croisades de droite au foulard islamique, par Élaine Audet
La résurgence du foulard, un besoin de retour sur soi, par Faïza Skandrani
Le voile - Le courage de dire non !, par Wassila Tamzali
Laïcardes, puisque féministes !, par Anne Zelensky et Anne Vigerie
Être féministe, ce n’est pas exclure, par Femmes publiques
La pointe de l’iceberg intégriste visible sur la scène altermondialiste, par Chantal Melliès, Salima Deramchi, Bernice Dubois
Pétition pour une loi contre le port du voile en France, par le C.E.R.F.
L’affaire du foulard : non à l’exclusion, par Christine Delphy
Laïcité : une loi pour la cohésion, par Gisèle Halimi

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Gisèle Halimi, avocate, écrivaine et présidente de Choisir la cause des femmes


Avocate, présidente de Choisir la cause des femmes , auteure notamment de La Nouvelle Cause des femmes, Seuil, 1997, et de L’Avocate irrespectueuse, Plon, 2002.



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