| Arts & Lettres | Poésie | Démocratie, laïcité, droits | Politique | Féminisme, rapports hommes-femmes | Femmes du monde | Polytechnique 6 décembre 1989 | Prostitution & pornographie | Syndrome d'aliénation parentale (SAP) | Voile islamique | Violences | Sociétés | Santé & Sciences | Textes anglais  

                   Sisyphe.org    Accueil                                   Plan du site                       






jeudi 23 octobre 2003

La résurgence du foulard, un besoin de retour sur soi

par Faïza Skandrani, écrivaine, fondatrice et présidente du groupe Égalité et parité






Écrits d'Élaine Audet



Chercher dans ce site


AUTRES ARTICLES
DANS LA MEME RUBRIQUE


Derrière chaque voile, 3000 ans de haine envers la femme qui nous regarde
Elles dénoncent le voile, l’assujettissement et le néo-communautarisme
Niqab, burqa et tchador sont des signes d’infériorisation des femmes, non des symboles religieux
Combattre le foulardisme
Voile et islam - Flora Tristan n’a jamais prôné le voile intégral
Le voile est-il islamique ou non ?
Pouvons-nous accepter le foulard contre la burqa ?
Lettre ouverte à une femme voilée
La burqa, symbole
Colloque universitaire sur le voile associé à la pudeur, à la foi et à la mode
Hidjab et politique - Le courage des uns et des autres
Eloge de l’asservissement des femmes par le Monde 2 ?
Les illusions dangereuses
Moi, fille d’immigrés, pour l’égalité et la laïcité
L’islamisme contre les femmes partout dans le monde
Le rapport Stasi sous l’oeil du Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal
Pour l’égalité dans la citoyenneté
Droit à la différence et non pas différence des droits
Un vibrant appel à la conscience
Etrange alliance. Toujours à propos du voile
Contre l’intégrisme religieux et pour la loi sur le voile
Les Islamistes mettent les femmes sur le trottoir
La laïcité a beaucoup d’ennemis
Le port du voile n’est pas une affaire de culture
Que d’hommes dans la rue pour défendre ma liberté !
La solidarité politique à l’épreuve des divisions
Quand la peur des femmes mène le monde
Tous voiles dehors
Non au voile mais non à l’exclusion des mineures de l’école laïque !
L’affaire du foulard : non à l’exclusion
Derrière le voile... un tout autre combat
Un sentiment de trahison
Des croisades de la droite au foulard islamique
Laïcardes, puisque féministes
Être féministe, ce n’est pas exclure !
Laïcité : une loi pour la cohésion
La pointe de l’iceberg intégriste visible sur la scène altermondialiste
Le voile - Le courage de dire non !
Pétition pour une loi contre le port du voile en France
"Le" voile : Éléments pour un débat
République turque : la question du foulard assombrit le 80e anniversaire
Un voile peut en cacher un autre







La résurgence du foulard islamique angoisse non seulement les pays occidentaux mais l’ensemble des pays arabes, dont les pays maghrébins.

Il y a quelques années, vers 1975, nous avions vu apparaître ces foulards à l’Université de Tunis. Au début, on n’y prêta pas attention puisque l’une des premières à le porter fut une arabisante ou une étudiante en théologie islamique. Le port du foulard s’amplifia avec le développement du fondamentalisme mais régressa avec une interdiction de le porter dans les lieux publics (administrations, lycées, écoles et universités). Le foulard alors était considéré comme un signe de ralliement politique à des forces islamiques qui pouvaient constituer une régression des acquis réalisés par la Tunisie sur tous les plans (éducation, démographie, droits des femmes, économie...)

Aujourd’hui, après les guerres contre l’Afghanistan et contre l’Irak, cette interdiction a été tolérée peut-être d’une manière intelligente par l’Etat de Tunisie. En effet, la résurgence des foulards à l’Université où j’enseigne a été telle depuis l’année dernière que personne ne pouvait contraindre une étudiante à ne pas le porter.

Le sentiment de frustration, de "haine impuissante" contre des puissances qui assistent les bras liés et les bouches muettes au spectacle du massacre des musulmans dans le monde, que ce soit par le biais des bombes américaines ou par les tanks israéliens, a suscité ce retour sur soi par l’adoption du foulard comme seule quête possible, comme seul espoir pour continuer à vivre. Le plus dangereux, pour les femmes progressistes vivant sous les lois musulmanes ou dans des pays où la religion d’Etat est l’Islam, c’est que la question du foulard est beaucoup plus complexe qu’elle ne le paraît à première vue.

Nos grands-mères et nos mères ne portaient pas ce foulard islamique mais elles se sont battues pour ne plus porter le "sefsari", comme un grand drap dans lequel elles s’enveloppaient avant de sortir et qui leur donnait quand même une grande liberté de mouvement. Nos aînées étaient HOSTILES au voile comme le sont aujourd’hui beaucoup de femmes (celles qui sont agées entre 40 et 55 ans) qui ont dû lutter pour se libérer du carcan patriarcal et de la liberté surveillée qu’elles ont vécue jusqu’à leur mariage ou jusqu’à l’accès à l’autonomie financière.

Aujourd’hui, je m’étonne car les jeunes étudiantes, souvent belles et sérieuses, bien faites comme celles que montrent en photo l’Observateur, portent ce foulard ! Le font-elles sous la contrainte patriarcale ? Je ne le pense pas !!! Car il s’agit d’étudiantes qui vivent à Tunis loin de leurs parents et qui choisissent de "se distinguer" des Autres, celles qui n’ont plus de pudeur, qui flirtent dans les cours, qui ne sont pas respectées par leurs camarades ...

Je verrais cette question du port du foulard islamique aujourd’hui, que ce soit dans les pays où vivent des immigrants musulmans ou dans les pays musulmans eux-mêmes comme une quête spirituelle, comme une tentative de retour sur soi, une réflexion de soi sur soi et de soi par rapport aux autres, un besoin de se situer dans un monde où le matériel l’emporte sur le spirituel, où l’on ne parle plus que de sexualité, de délinquance, de viol, d’alcoolisme, de drogue, de sida, où le langage devient de plus en plus vulgaire, où les valeurs s’effritent.

Quelle stratégie peut-on mettre en place pour aider ces jeunes adolescentes en désarroi comme pour réduire la montée de la droite en Europe ? En fait la quête des valeurs perdues (honneur, vertu, bonté, générosité, vérité, droiture) qui sont des valeurs inspirées de l’Islam ainsi que du judaïsme et du christianisme n’ont plus cours dans ce XXIième siècle où dominent les violences/GUERRES qui sont des viols collectifs de populations humiliées et qui ne voient pas venir l’aube de l’espoir.

Que faire ? Interdire le port du voile ? Je serais tentée de dire oui mais n’y-a-t-il pas une autre manière de réagir, une façon plus intelligente en offrant un meilleur encadrement culturel aux jeunes à divers niveaux, politique, juridique, social, éducatif ...? des perspectives de réussite sociale ? A-t-on interdit dans les pays européens l’homosexualité ? Non, il y eu le PACS. A-t-on interdit l’adultère, non les Européens ont vu se légaliser le concubinage.... Les musulmans qui vivent en Occident ne savent plus sur quel pied danser !!! Nous, nous défendons la monogamie et les Occidentaux pratiquent une polygamie à l’Occidentale !!!

Les femmes militantes pour les droits des femmes à l’égalité entendent ces discours et doivent agir avec les femmes attachées à la démocratie en Occident pour apporter les solutions requises qui sont à trouver. (Revalorisation des Droits de l’Homme et réflexion sur le respect que leur vouent les puissances).

Il faudrait agir vite pour plus de justice mondiale et revaloriser la culture de la paix sur celle de la guerre, montrer que les principes d’une âme "religieuse" ne peuvent être que "beaux" et s’éloigner de la guerre, de la violence, du viol, du terrorisme suicidaire et meurtrier, actes d’êtres humains qui se servent des autres êtres humains ou qui les considèrent comme des objets de consommation qu’on peut vouer au feu si ces objets réduisent leur importance ou constituent un sujet d’embarras à un désir expansionniste ou impérialiste.

Texte écrit le 23 mai 2003

Mis en ligne sur Sisyphe, octobre 2003

Tous les articles de ce dossier

Derrière le voile... un tout autre combat, par Cinquième zone
Un sentiment de trahison, par Michèle Tribalat
Des croisades de droite au foulard islamique, par Élaine Audet
La résurgence du foulard, un besoin de retour sur soi, par Faïza Skandrani
Le voile - Le courage de dire non !, par Wassila Tamzali
Laïcardes, puisque féministes !, par Anne Zelensky et Anne Vigerie
Être féministe, ce n’est pas exclure, par Femmes publiques
La pointe de l’iceberg intégriste visible sur la scène altermondialiste, par Chantal Melliès, Salima Deramchi, Bernice Dubois
Pétition pour une loi contre le port du voile en France, par le C.E.R.F.
L’affaire du foulard : non à l’exclusion, par Christine Delphy
Laïcité : une loi pour la cohésion, par Gisèle Halimi

Raccourci du Dossier intégral


Partagez cette page.
Share


Format Noir & Blanc pour mieux imprimer ce texteImprimer ce texte   Nous suivre sur Twitter   Nous suivre sur Facebook
   Commenter cet article plus bas.

Faïza Skandrani, écrivaine, fondatrice et présidente du groupe Égalité et parité

Faïza Skandrani est écrivaine et poète. Elle enseigne la littérature française à Faculté des Sciences Humaines et Sociales de l’Université de Tunis. Membre du Bureau directeur de l’Association des femmes tunisiennes pour la recherche sur le développement (AFTURD), elle est chargée des communications pour cet organisme.



    Pour afficher en permanence les plus récents titres et le logo de Sisyphe.org sur votre site, visitez la brève À propos de Sisyphe.

© SISYPHE 2002-2003
http://sisyphe.org | Archives | Plan du site | Copyright Sisyphe 2002-2016 | |Retour à la page d'accueil |Admin